Trois mois après le dernier «shutdown», les États-Unis se retrouveront vendredi à minuit de nouveau en situation de paralysie budgétaire, même si un accord conclu jeudi entre la Maison-Blanche et les démocrates devrait permettre d’éviter une crise de longue durée.
Passée l’heure limite, plusieurs ministères verront leur financement à sec et devront mettre au chômage technique une partie de leurs fonctionnaires.
Dans le contexte des opérations de la police de l’immigration (ICE) à Minneapolis, les démocrates refusaient d’adopter un nouveau budget pour le ministère de la Sécurité intérieure, le DHS, et demandaient au gouvernement de Donald Trump d’adopter des réformes pour l’ICE, jugée hors de contrôle.
Mais ce «shutdown» pourrait être de courte durée, puisque Donald Trump a annoncé jeudi soir avoir trouvé un compromis avec les démocrates pour que ceux-ci adoptent cinq des six volets du texte budgétaire, tandis que la partie concernant le ministère de la Sécurité intérieure — et donc l’ICE — fera l’objet de nouvelles négociations au cours des deux prochaines semaines.
«La seule chose qui puisse ralentir notre pays, c’est un autre shutdown long et néfaste de l’État fédéral», a déclaré le président républicain sur sa plateforme Truth Social, en vantant ses accomplissements en matière économique.
Le Sénat devrait à présent voter sur ce nouveau texte dans la journée de vendredi.
Mais puisque cette version est différente de celle approuvée auparavant par la Chambre, la proposition de loi va devoir faire la navette retour.
Un vote à la chambre basse ne pourra pas avoir lieu avant lundi au plus tôt, et l’État fédéral se retrouvera donc bien à minuit vendredi en situation de «shutdown» partiel.
«Brutalité»
Le chef républicain de la Chambre, Mike Johnson, a déclaré que les députés s’attèleraient à la nouvelle version dès leur retour à Washington.
«On s’y mettra tout de suite», a-t-il déclaré à des journalistes à l’avant-première à Washington du film «Melania», produit par la Première dame.
La semaine dernière, le texte semblait se diriger vers une adoption au Sénat avant la date limite du 31 janvier, mais les événements de samedi dernier à Minneapolis ont changé la donne.
Les décès de Renee Good et d’Alex Pretti, tous deux tués par balle par des agents fédéraux à quelques semaines d’intervalle dans cette métropole du nord des États-Unis, ont provoqué un mouvement d’indignation au sein de la classe politique.
De nombreux élus démocrates ont appelé à ce que des garde-fous soient instaurés sur la manière dont l’ICE opère, et ont dit refuser de voter tout budget pour le DHS — son ministère de tutelle — tant que l’administration Trump ne revoit pas sa politique en la matière.
Qualifiant l’action des agents fédéraux de «brutalité soutenue par l’État», le chef des démocrates au Sénat a appelé jeudi à des réformes, notamment à la fin des «patrouilles volantes».
«Ce n’est pas ça l’Amérique», a déclaré Chuck Schumer dans l’hémicycle, qualifiant les agents de l’ICE de «voyous arpentant nos rues».
43 jours
En raison des règles en vigueur au Sénat, 60 voix sur 100 sont nécessaires pour adopter un texte budgétaire, et les républicains, même s’ils disposent de la majorité, ont donc besoin de l’appui de plusieurs élus de l’opposition pour adopter leur proposition de budget.
Si un «shutdown» semble désormais inévitable vendredi soir, les États-Unis ne connaîtront probablement pas une répétition du blocage d’octobre et novembre dernier — le plus long de l’histoire des États-Unis — lorsque républicains et démocrates avaient bataillé pendant 43 jours sur la question de subventions d’assurance santé.
Des centaines de milliers de fonctionnaires avaient alors été mis au chômage technique, tandis que d’autres aux missions considérées comme essentielles (contrôleurs aériens, policiers, militaires…) avaient dû continuer à travailler. Mais tous avaient dû attendre la fin de la paralysie budgétaire pour recevoir leurs salaires.
Le dernier «shutdown» n’avait pris fin qu’avec la décision de quelques sénateurs démocrates de voter pour un texte budgétaire concocté par les républicains, en échange de promesses de concessions sur ces subventions.
Leur décision avait été fortement critiquée à l’époque par de nombreux sympathisants démocrates, qui souhaitent voir une opposition plus vigoureuse face à Donald Trump et aux républicains au Congrès.
Par Robin LEGRAND, AFP



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