Avec l’Iran, Trump semble s’inspirer du Venezuela, mais les contrastes sont nombreux
Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à bord d'Air Force One, alors qu'il est en route entre Shannon, en Irlande, et la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 22 janvier 2026. ©MANDEL NGAN / AFP

Une «armada» sur zone, un ton belliqueux, un pouvoir ennemi: quelques semaines après avoir renversé Nicolas Maduro, Donald Trump semble s’inspirer avec l’Iran de sa stratégie au Venezuela.

Mais les similitudes s’arrêtent sans doute là, personne n’osant vraiment imaginer la capture du guide suprême iranien Ali Khameini.

Le président américain a lui-même fait le lien entre les deux pays, accusés d’avoir cultivé des liens étroits, alors qu’il vantait l’envoi d’«une armada massive» au Moyen-Orient.

«Comme pour le Venezuela, elle est prête, volontaire et capable de remplir rapidement sa mission, avec rapidité et violence, si nécessaire», a-t-il écrit mercredi sur son réseau Truth Social, sans préciser quelle était, au juste, sa mission.

Cette flotte fait peu ou prou la même taille que celle déployée dans les Caraïbes avant l’opération américaine menée en début d’année pour capturer l’ancien dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro dans le but de le traduire en justice à New York.

Comme à propos du Venezuela, cela fait des semaines que Donald Trump fait monter la pression sur Téhéran, menaçant l’Iran d’une nouvelle attaque américaine après celle en juin, sur fond de la répression des manifestations et pour contraindre Téhéran à un accord sur son programme nucléaire.

Washington cherche aussi à ce que l’Iran cesse son soutien à ses alliés, comme le Venezuela.

De la même manière qu’il avait assuré que les jours de Nicolas Maduro étaient «comptés», le dirigeant républicain a averti l’Iran que «le temps était compté».

L’Iran et le Venezuela sont tous deux producteurs de pétrole et sous le coup de sanctions occidentales sévères. Et tout comme Maduro, les dirigeants religieux de Téhéran ont fait de l’opposition aux États-Unis un principe fondamental.

«Encore plus complexe» 

Richard Haass, ancien président du cercle de réflexion américain Council on Foreign Relations, écrit jeudi que l’exemple du Venezuela montre que pour Donald Trump, «formuler des exigences liées à l’avenir politique du pays serait tout à fait contraire à son caractère» et qu’il serait plus enclin à rechercher un accord avec l’Iran.

Après la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump s’est appuyé sur la vice-présidente Delcy Rodriguez, investie cheffe de l’État par intérim, malgré le fait qu’elle soit sous le coup de sanctions américaines, tout en mettant main basse sur le pétrole vénézuélien.

À Washington, on assure n’avoir pas eu vraiment d’autre choix que de traiter avec les autorités intérimaires.

Toutefois, les signes de fissures au sein de l’État iranien sont moins nombreux qu’ils ne l’étaient au Venezuela, même si le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a pu estimer mercredi devant une commission parlementaire que l’Iran est «plus faible que jamais» depuis le renversement du chah en 1979.

«Je ne pense pas que quiconque puisse vous donner une réponse simple quant à ce qui se passera ensuite en Iran si le guide suprême et le régime venaient à tomber, si ce n’est l’espoir qu’il y ait quelqu’un, au sein de leur système, avec qui vous pourriez travailler», a concédé M. Rubio.

«Je peux imaginer que ce serait encore plus complexe» que le Venezuela, a-t-il ajouté.

«Nouvelle guerre» 

Justifiant l’opération militaire contre Maduro, fruit de mois de préparation et d’une infiltration de la CIA, des responsables américains se sont évertués à dire que le Venezuela n’est pas le Moyen-Orient.

C’est justement ce qui inquiète la communauté internationale.

Le Moyen-Orient n’a pas besoin d’une «nouvelle guerre», a affirmé jeudi la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, interrogée sur l’éventualité de frappes américaines en Iran.

Les monarchies arabes du Golfe, qui entretiennent des relations étroites avec l’Iran, n’ont guère d’affection pour ce pays, mais ont mis en garde Trump contre toute intervention, craignant elles aussi une déstabilisation régionale.

Mona Yacoubian, du Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, relève que «l’Iran est infiniment plus complexe que le Venezuela».

«Les centres de pouvoir en Iran sont plus diffus», dit cette chercheuse à l’AFP. «Entreprendre une opération telle qu’une frappe visant à décapiter le régime finirait en réalité (…) par semer le chaos en Iran».

 

Par Léon BRUNEAU, AFP

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