Cinéma: «Le Gâteau du président», entre enfance et terreur dans l’Irak de Saddam Hussein
Le réalisateur irakien Hasan Hadi salue après avoir remporté la Caméra d'Or pour le film «The President's Cake» lors de la cérémonie de clôture de la 78ᵉ édition du Festival de Cannes, à Cannes, dans le sud de la France, le 24 mai 2025. ©Sameer AL-DOUMY / AFP

Le cinéaste irakien Hasan Hadi, âgé de 37 ans, fait sensation avec Le Gâteau du président, son premier long-métrage qui lui a valu la Caméra d’or et le prix du public de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. S’inspirant de ses souvenirs d’enfance sous la dictature de Saddam Hussein, le film suit le parcours d’une écolière contrainte de préparer un gâteau pour le dictateur, illustrant les absurdités et les violences d’un régime qui a durablement marqué le pays. Produit avec le soutien du réalisateur américain Chris Columbus, le film ouvre un nouvel espoir pour le cinéma irakien, encore fragile après des décennies de guerre et de sanctions.

Avec Le Gâteau du président, Caméra d'or et prix du public de la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le jeune cinéaste irakien Hasan Hadi se place à hauteur d'enfant pour autopsier la dictature de Saddam Hussein, «un cancer» qui a, selon lui, «laissé le pays en ruines».

Pour son premier film, le réalisateur âgé de 37 ans a puisé dans ses propres souvenirs d'enfance, quand l'Irak, sous sanctions internationales après son invasion du Koweït en 1990, manquait de tout mais devait célébrer avec faste chaque anniversaire du dictateur.

«C'était une des nombreuses contradictions avec lesquelles il fallait vivre», se rappelle Hasan Hadi dans un entretien à l'AFP.

Le rituel forcé s'immisçait jusque dans les salles d'école où un tirage au sort désignait chaque année celui ou celle qui devait préparer un gâteau d'anniversaire en l'honneur du dictateur, quitte à mettre sa vie en danger pour dénicher farine, levure ou sucre.

Dans Le Gâteau du président, cette mission impossible incombe à Lamia (Baneen Ahmed Nayyef, bluffante non-professionnelle), une écolière de 9 ans qui va braver les dangers de la ville pour tenter de réunir les précieux ingrédients et échapper au châtiment qui attend ceux qui échouent.

«On avait des stratagèmes pour éviter d'être désigné: se réfugier aux toilettes pendant le tirage au sort, prétendre être malade et rester chez soi, corrompre le professeur», énumère Hasan Hadi.

Le cinéaste y a lui-même échappé mais a gardé en mémoire le sort tragique d'un de ses camarades qui n'avait pas réussi à préparer le fameux gâteau: exclu de l'école, il avait été enrôlé, enfant, dans l'armée irakienne et était mort quelques années plus tard.

«Signaux d'alerte»

«Par le fait du hasard et de l'absurdité, quelque chose d'aussi stupide que le fait d'échouer à préparer un gâteau pouvait changer votre destin à tout jamais!»

Sans occulter l'impact des sanctions et des bombardements américains qui frappaient alors l'Irak, Le Gâteau du président dissèque les effets délétères de la dictature imposée par Saddam Hussein pendant ses années au pouvoir (1979-2003).

«La dictature ne détruit pas simplement la liberté d'expression», expose Hasan Hadi. «Elle attaque les éléments qui font de vous un humain, elle vous fait mentir, vous rend hypocrite, manipulateur et produit ses effets longtemps après sa propre fin», ajoute le cinéaste, qui s'inquiète de «nombreux signaux d'alerte» d'un retour en force des régimes autoritaires.

Avec Le Gâteau du président, Hasan Hadi espère administrer une piqûre de rappel dans son pays où «cette période n'a pas été assez explorée» par les réalisateurs.

Un temps florissant, le cinéma irakien peine encore à se remettre du chaos traversé par le pays, qui a plongé dans la guerre civile après l'invasion américaine de 2003 et la chute de la dictature de Saddam Hussein, période noire pour le 7e art.

Du fait des sanctions, l'exportation de bobines de films vers l'Irak était interdite parce qu'un de ses composants pouvait entrer dans la fabrication d'armes chimiques. «Quelque part, tous les films étaient interdits», observe Hasan Hadi, qui s'est construit sa culture cinéphilique grâce à des cassettes VHS passées sous le manteau.

Dans un pays qui ne compte plus qu'une quarantaine de salles de cinéma, Le Gâteau du président a été très compliqué à produire. Mais Hasan Hadi, qui a été un temps professeur de cinéma à New York, a pu compter sur un soutien inattendu venu des Etats-Unis: le réalisateur Chris Columbus (Gremlins, Harry Potter...) qui a «flashé» sur le film et en est le producteur exécutif.

Le sacre au festival de Cannes du Gâteau du président et sa sortie à l'international lui ont donné raison et sont désormais un motif d'espoir pour Hasan Hadi: «J'espère que les gens seront plus réceptifs aux films irakiens.»

Par Jérémy TORDJMAN / AFP

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