Sundance conquis par un documentaire mêlant guerre en Syrie, journalisme et histoire d'amour
Amy Redford s’exprime lors de l’événement Everyone Has A Story: Four Decades Of The Sundance Film Festival In Utah pendant le Festival du film de Sundance 2026 au Marquis, le 30 janvier 2026 à Park City, Utah ©Dia Dipasupil/Getty Images/AFP

Même lorsqu'on couvre les horreurs d'une Syrie en ruines, l'amour peut se cacher au tournant: c'est avec ce pitch que «Birds of War», qui chronique la romance d'une journaliste et de sa source locale, a ému le festival de Sundance.

Le documentaire, qui a remporté le prix spécial du jury pour l'impact journalistique, offre une critique sur la manière dont les chaînes d'information modernes couvrent les conflits.

On y suit la relation, au départ strictement professionnelle, entre le caméraman et militant syrien Abd Alkader Habak et la journaliste libanaise Janay Boulos, qui travaillait pour la BBC à Londres lorsque la guerre civile a éclaté en Syrie en 2011.

Comme beaucoup d'activistes, M. Habak était à l'époque une source essentielle pour ce média qui avait du mal à opérer dans le pays, comme le reste de la presse internationale.

«Il s'agit de comprendre qui est cette personne avec laquelle vous travaillez», explique à l'AFP Janay Boulos, en marge du festival, où le documentaire a été présenté en avant-première la semaine dernière.

«Ce n'est pas une source, ce n'est pas un sujet. Ce n'est pas quelqu'un qui m'aide à faire avancer ma carrière», poursuit-elle. «C'est un être humain. Il a des émotions. Il défend une cause.»

À travers 13 ans d'archives vidéo et de SMS, le film retrace le désenchantement croissant de Janay Boulos vis-à-vis du traitement du conflit par la BBC. Car le conflit syrien, tout comme d'autres tragédies, est rapidement oublié en raison du cycle effréné des médias.

Étincelle 

«À un moment donné, nous nous concentrons sur la migration à travers la Méditerranée et les personnes qui meurent. (...) Puis il y a un tsunami en Indonésie», observe Mme Boulos.

«Une semaine plus tard, nous oublions le tsunami. Nous parlons d'autre chose. Et je me dis : Qu'est-il arrivé à ces personnes ? Pourquoi ne parlons-nous plus d'elles ?».

Pour ramener l'attention sur la Syrie, elle demande à Abd Alkader Habak de lui fournir des récits humains, qui n'ont «rien de sanglant».

En plein conflit, le duo arrive ainsi à produire des reportages sur des Syriens qui jardinent sur les toits en zone de guerre.

À mesure que leurs sujets s'adoucissent, une petite étincelle s'introduit dans leur relation. Ils partagent les vidéos de leurs animaux domestiques et commencent à s'appeler «Little Bird».

Puis M. Habak défraie la chronique lorsqu'il est photographié en train de sauver un enfant des décombres d'un convoi civil attaqué, alors qu'il fuyait une ville assiégée.

Virale, la photo fait le tour du monde et le transforme en cible pour le régime de Bachar el-Assad. Le militant est forcé de fuir pour la Turquie, comme des centaines de milliers de ses compatriotes pendant le conflit.

Déterminée à rencontrer l'homme avec qui elle discute depuis des années, Mme Boulos décide d'aller à sa rencontre. Et ce qu'elle pensait être un flirt innocent en ligne se transforme en histoire d'amour.

«Voix propre» 

Après leur mariage, ils s'installent à Londres, pour continuer de couvrir le conflit syrien tout en préservant la sécurité de M. Habak, qui avait commencé à filmer le conflit syrien dès son déclenchement, alors qu'il avait 18 ans.

«Nous vivons à Londres parce qu'à l'époque, nous n'avions pas le choix», reprend Mme Boulos. «Mais cela ne signifie pas que nous ne nous sentons pas coupables.»

«Tout le monde veut être chez soi, mais certaines personnes ne peuvent pas y être», confie-t-elle en référence à la vague migratoire engendrée par le conflit.

La journaliste a désormais quitté la BBC et le duo se consacre à des documentaires indépendants. Une manière de montrer le monde dans toute sa complexité, que les chaînes d'infos traditionnelles échouent selon elle à chroniquer, faute de temps.

«Tout le monde peut être un sujet d'article, mais en même temps, tout le monde est un être humain», rappelle-t-elle.

«Nous aimons tous, nous voulons tous être aimés. Nous luttons tous pour survivre», poursuit-elle. «Une fois que nous aurons compris que les gens ont leur voix propre et que nous leur donnerons la possibilité de s'exprimer, nous aurons un meilleur journalisme.»

AFP

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