«Arsenal»: négocier à l’ombre des armes
©Ici Beyrouth

Alors que l’Iran et les États-Unis renouent prudemment le fil des négociations à Oman, la perspective d’une désescalade reste indissociable d’un rapport de force militaire. Au cœur de cette tension entre parole diplomatique et puissance armée, un mot s’impose: «arsenal».

Après des mois où l’hypothèse d’un affrontement militaire entre les États-Unis et l’Iran dominait le paysage, des négociations indirectes se sont tenues vendredi à Oman. Le président américain Donald Trump a salué de «très bonnes» discussions avec Téhéran, affirmant que les négociations allaient se poursuivre dès le début de la semaine prochaine. De son côté, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a évoqué une «atmosphère très positive».

Cependant, l’ombre de l’arsenal militaire plane sur la diplomatie balbutiante.

D’une part, Washington maintient la pression par de nouvelles sanctions et déploie une force navale conséquente dans le Golfe. D’autre part, l’arsenal iranien – nucléaire potentiel et capacités balistiques – continue de faire face à l’arsenal américain et israélien, déployé ou tenu en réserve.

Entre langage de négociation et démonstration de force, le mot «arsenal» reste au cœur d’un rapport de puissance non résolu.

Un mot né de la guerre… et de la mer

Le terme «arsenal» est né sur les rivages de la Méditerranée. Il entre en français au tournant du Moyen Âge, par l’intermédiaire de l’italien – notamment le vénitien arzana – lui-même issu de l’arabe dār aṣ-ṣināʿa, littéralement «la maison de la fabrication».

À l’origine, l’arsenal désigne un lieu: un espace organisé où l’on construit, répare et entrepose les instruments de guerre, en particulier les navires. Cette dimension matérielle et industrielle est essentielle. L’arsenal n’est pas l’arme isolée, mais le système qui la rend possible: infrastructures, savoir-faire, stocks, logistique.

La langue exprime ainsi une observation notable: la puissance ne réside pas seulement dans l’usage de la force, mais dans l’accumulation organisée des moyens.

Dès le XVIᵉ siècle, le mot s’enrichit d’un sens métaphorique: arsenal d’arguments, arsenal d’idées.


 

L’arsenal comme ligne rouge: Washington contre Téhéran

Dans le bras de fer actuel, le mot «arsenal» cristallise deux visions irréconciliables de la sécurité. Du point de vue américain, l’arsenal iranien forme un tout indissociable: nucléaire, missiles balistiques, capacités régionales. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher l’accès à la bombe, mais de neutraliser ce que Washington perçoit comme un système global de menace. L’arsenal devient ici un problème stratégique total, que seule une réduction drastique – voire un démantèlement – pourrait résoudre.

À Téhéran, la lecture est inverse. Pour les Gardiens de la révolution, l’arsenal n’est pas un outil d’expansion, mais un rempart existentiel. Le programme balistique, en particulier, est présenté comme la dernière garantie crédible de dissuasion, surtout après l’affaiblissement relatif du réseau régional iranien et les frappes répétées contre ses infrastructures. Toucher à cet arsenal reviendrait, dans cette logique, à désarmer l’État face à des adversaires technologiquement supérieurs.

Ainsi, le mot «arsenal» devient le symbole d’une souveraineté disputée. Pour les États-Unis, limiter l’arsenal iranien est une condition de stabilité régionale. Pour l’Iran, le préserver est une question de survie politique et sécuritaire.

Le sort de la région suspendu aux négociations

«Nos idées ont été échangées et les points de vue de l'autre partie nous ont été présentés», a déclaré vendredi M. Araghchi à la télévision d'État iranienne.

«La marche à suivre dépendra de nos consultations avec nos capitales», a-t-il ajouté. Il a également exprimé le souhait que «Washington» s’abstienne de «menaces et de pressions» afin que «les pourparlers puissent se poursuivre», les modalités et le calendrier n’ayant pas encore été fixés.

L’asymétrie des attentes demeure: les États-Unis entendent élargir le débat à l’ensemble de l’arsenal iranien alors que Téhéran s’en tient à une approche strictement nucléaire, conditionnée à la levée des sanctions économiques.

Dans cet entre-deux diplomatique, l’arsenal de chaque partie agit comme un levier de négociation, un langage implicite de la puissance.

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