Carrosses, bateaux et violonistes: Paris transforme la demande en mariage en show
Un couple néerlandais, Shirley Wijgaarts et Sander Castel, s’embrasse devant la tour Eiffel alors qu’ils participent à une demande en mariage, dans le centre de Paris, le 7 février 2026. ©Stephane DE SAKUTIN / AFP

À Paris, la demande en mariage se transforme en spectacle scénarisé, mêlant carrosses de conte de fées, rooftops privatisés et chasses au trésor sur mesure. Porté par une clientèle internationale aisée et amplifié par les réseaux sociaux, ce marché du romantisme met en scène des déclarations toujours plus élaborées, au croisement du luxe, du tourisme et de l’événementiel. Des agences spécialisées orchestrent ces moments clés, dont les budgets peuvent aller de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

À Paris, des demandes en mariage prennent des allures de cinéma, entre carrosse de Cendrillon, terrasses privatisées et scénarios sur mesure. Cette mise en scène de l'amour crée un marché lucratif alimenté par des clients étrangers.

Dans la nuit, un carrosse étincelant tiré par un cheval blanc glisse sur la prestigieuse place Vendôme, dans le quartier des joailliers de luxe. Philippe Delon, le cocher et propriétaire du carrosse, ouvre devant un couple un écrin rose qui dévoile un escarpin de verre: «Je viens chercher une princesse!»

Le couple monte à bord et se laisse conduire à travers les beaux quartiers jusqu'à la Tour Eiffel. Sous les notes d'un violoniste, l'homme, genou à terre, demande la main de sa compagne.

«Nous avons toujours rêvé d'un mariage de conte de fées», explique Sander Castel, homme d'affaires néerlandais de 44 ans. Il a contacté en novembre l'agence ApotéoSurprise qui organise ce scénario «dans le carrosse de Cendrillon».

Sa promise, Shirley Wijgaarts, 40 ans, en robe de bal noire, croyait juste passer un week-end surprise à Paris. «Je ne m'y attendais pas! Et bien sûr j'ai dit oui. C'est mon prince», dit-elle à l'AFP.

Portée par les réseaux sociaux, la demande en mariage «à l'américaine» est devenue un événement en soi et se met en scène dans la ville lumière.

Mise en scène spectaculaire

Sur les bords de Seine, des agences multiplient les décors calibrés pour internet: lettres géantes «Marry Me», fleurs en soie et ballons en cœur. Une prestation photographiée coûte quelque 300 à 700 euros.

«Il y avait trois agences il y a cinq ans, il y en a 25 aujourd'hui, avec des prestations pour tous les budgets», estime Florian Perrault, fondateur de Paris Proposal Agency.  Son créneau: les rooftops et les bateaux privés, pour quelque 1.800 euros.

Les palaces, comme le Shangri-La, réservent à leurs clients des terrasses avec vue sur la Tour Eiffel. «Nous organisons tout pour eux: fleurs, bougies, photographe, dîner avec majordome privé», explique Mélanie Tessier, responsable des relations avec les clients de l'hôtel.

Cette mise en scène spectaculaire fidélise la clientèle, qui revient ensuite pour des anniversaires ou séjours en famille, explique-t-elle.

Pour une clientèle fortunée, certaines agences haut de gamme réalisent des mises en scène entièrement sur mesure: «Nous cherchons à comprendre la personnalité du couple pour créer quelque chose d'unique», explique Chantelle Marie Streete, directrice générale de Kiss Me in Paris.

À la demande d'un futur époux, l'agence a conçu le scénario Mission Impossible pour une jeune femme «aventurière»: un iPad livré le matin donne le départ d'une chasse aux indices à travers Paris, en side-car et en bateau. Puis un hélicoptère transporte le couple jusqu'à un château, privatisé. Budget: quelques dizaines de milliers d'euros.

Moment inoubliable

Les clients sont principalement des hommes d'affaires et entrepreneurs de 35 à 55 ans, venant des États-Unis, d'Australie, d'Angleterre, des pays nordiques, de Singapour ou du Moyen-Orient.

À côté de Paris et New York, ce marché de la romance se développe aussi à Venise et sur la côte amalfitaine près de Naples (Italie), en Cappadoce (Turquie), à Santorin (Grèce) ou en Australie.

«Il n'y a plus besoin de contrat pour vivre ensemble, mais s'ils choisissent de se marier, ils veulent que la demande soit un moment inoubliable», commente Cengiz Ozelsel, qui était banquier à Wall Street comme son épouse Chantelle, avant de fonder Kiss Me in Paris.

À cela s'ajoute une pression sociale: «Dans une certaine tranche de revenus, les attentes sont encore plus élevées. Et ils veulent pouvoir raconter ce moment fièrement à leur entourage», explique Mme Streete.

«Comme la fête de Saint‑Valentin, la demande est devenue un rituel façonné par l'industrie commerciale. Ne pas se conformer à ces mises en scène peut être perçu comme un manque d'amour ou de romantisme», souligne pour sa part Florence Maillochon, sociologue et chercheuse spécialisée dans les relations intimes.

Il est important de montrer que l'on a fait des efforts, selon Chantelle Streete. Dans un autre scénario, un couple visite une galerie d'art. Un tableau est caché sous un voile, que le galeriste accepte de soulever. La promise découvre alors un tableau qui les représente, à l'instant même.

Des semaines à l'avance, le futur mari avait prévu les vêtements qu'ils porteraient, imaginé la scène et fait peindre un tableau. «Elle se retourne, il a mis un genou à terre, elle est très émue», dépeint Mme Streete.

Catherine FAY-DE-LESTRAC / AFP

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