Des robes d’opéra aux créations fantaisistes: une vente exceptionnelle au Grand-Théâtre de Genève
Responsable du tri, de l’exposition et de la vente à l’Opéra de Genève, Marianne Perreau présente un costume du créateur roumain Miruna Boruzescu dans un entrepôt près de Genève, le 5 février 2026, avant que le Grand Théâtre ne mette en vente environ 15 .000 costumes, accessoires et chaussures. ©Harold CUNNINGHAM / AFP

Le Grand-Théâtre de Genève met en vente une partie de son riche patrimoine vestimentaire: près de 15 000 costumes, accessoires et chaussures utilisés dans des productions lyriques et chorégraphiques depuis les années 1980. Du costume historique au tutu contemporain, en passant par des pièces fantasques inspirées des Années folles ou de grands opéras, la vente, prévue les 14 et 15 février, offrira des articles à des prix allant de 5 à près de 1 000 francs suisses, accessibles aux professionnels comme au grand public. Une occasion rare de découvrir des trésors de création, souvent uniques et réalisés par des costumiers de renom.

Sandra Delpierre, cheffe des ateliers costumes du Grand-Théâtre de Genève, effleure de la main une longue cape bleue et blanche en fourrure, des ailes d'ange, des robes dorées… en se faufilant entre des portants chargés de milliers d'habits de scène.

À l'heure où les fêtes et soirées costumées ambiance inspirée de la série télévisée Bridgerton font fureur, l'opéra de Genève, le Grand-Théâtre, se sépare de la moitié de son stock: quelque 15.000 costumes, accessoires et chaussures, issus de grandes productions lyriques et chorégraphiques.

«Il y a vraiment des trésors à trouver», assure Sandra Delpierre, qui s'extasie devant les milliers de vêtements, tutus, liquettes, fraises, robes, justaucorps… alignés sur des dizaines de portants dans un grand entrepôt situé dans les environs de Genève.

Elle montre ici et là de grosses têtes d'animaux, une robe faite pour l'opéra Alcina de Haendel agrémentée de broderie et d'un ruché sur le bas de la jupe, ou encore un costume qui s'inspire des crinolines mais qui les reprend de façon fantaisiste avec du néoprène.

Costumes historiques, populaires et ultra-modernes se côtoient. Du valet de chambre à la duchesse, du costume trois-pièces aux Années folles, «il y en a pour tous les goûts», assure le Grand-Théâtre.

Les ventes auront lieu les 14 et 15 février, avec une plage horaire destinée aux professionnels.

Moins de 10 euros

Les prix vont de 5 à 500 francs suisses (de 5,45 euros à 545 euros). Le clou de la vente grimpe à 995 francs suisses car le travail de Miruna Boruzescu, une costumière roumaine de renom, est «monumental», explique à l'AFP Marianne Perreau, responsable du tri, de la mise en place et de la vente.

Le costume, décliné en plusieurs exemplaires mais dont un seul est mis en vente, était porté par des danseurs de l'opéra «JJR (citoyen de Genève)», consacré à la vie et l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau et mis en scène par le Canadien Robert Carsen.

«On cumule vraiment tout ce qui peut faire les caractéristiques d'un costume remarquable», dit-elle, en montrant un très lourd costume vert évoquant une luxueuse créature végétale, entièrement composé de feuilles vertes en tissu superposées, brodées d'un fil doré et ornées de plumes de paon.

«Chaque pétale est réalisé dans un tissu différent» et «surpiqué pour donner l'impression de nervure», poursuit Mme Perreau.

Ce costume est composé d'un corsage posé sur une jupe baleinée, sur laquelle un vertugadin (sorte de boudin) a été rajouté pour donner du volume au niveau des hanches.

Un peu plus loin, Mme Perreau dévoile un costume vert pâle, réalisé par Ezio Toffolutti pour l'une des petites fées du Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare. Plusieurs modèles sont en vente pour les enfants, en jaune ou gris.

«Ce sont des costumes Renaissance», avec «hauts-de-chausses» et «petit pourpoint», que le costumier a «retravaillés en patine» pour les faire vieillir artificiellement, montre Mme Perreau.

Des mois de tri

Après des mois de tri et de préparation, chaque costume dispose de son étiquette qui référence la production, le rôle et le nom de l'interprète qui l'a porté. Les costumes les plus anciens datent des années 1980.

«Un stock a besoin de tourner, de se renouveler, d'être remis au goût du jour. Donc on est dans l'obligation de se défaire d'une partie de notre patrimoine pour pouvoir accueillir les autres productions», explique Sandra Delpierre.

Elle regrette que le Grand-Théâtre se sépare de certaines pièces en raison d'un espace de stockage limité: «On est obligé de faire un choix cornélien».

Peu portés, certains costumes sont en très bon état. D'autres ont un peu vieilli.

Mais cette vente aura de quoi ravir les potentiels acheteurs, qu'il s'agisse de compagnies indépendantes ou d'institutions du spectacle vivant, mais aussi de collectionneurs, de particuliers à l'affût d'un déguisement ou de «personnes qui s'habillent de façon plus excentrique et désirent trouver une pièce assez exceptionnelle pour leur garde-robe», glisse-t-elle.

À l'image d'extravagants oiseaux en costume queue-de-pie du metteur en scène et costumier grec Yannis Kokkos, avec un faux corps arrondi orné de vraies plumes, colorées en rose.

Agnès PEDRERO / AFP

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