Débauche aux Caraïbes: ces noms arabes, libanais et africains cités dans les dossiers Epstein
Cette photo non datée, fournie par le Département de la Justice des États-Unis le 19 décembre 2025, montre Jeffrey Epstein, un riche financier américain décédé en prison en 2019 alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel de mineures, ainsi que son associée, Ghislaine Maxwell, dans un lieu non identifié. ©US DEPARTMENT OF JUSTICE / AFP

Les plages blanches, les eaux turquoise et les villas isolées des Caraïbes font rêver. Mais sur Little Saint James, aux Îles Vierges des États-Unis, le décor idyllique a longtemps dissimulé la réalité sordide de ce lieu devenu le symbole d’un système d’exploitation sexuelle de mineures, orchestré par le financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.  

Depuis sa mort en détention au Metropolitan Correctional Center, à New York, le 10 août 2019, puis la condamnation de sa complice Ghislaine Maxwell, les déclassifications successives du Department of Justice américain, le ministère de la Justice des États-Unis (DOJ), dévoilent des milliers de pages: e-mails, carnets d’adresses, listes d’invités et tentatives de mise en relation.

Cette propriété que certains ont qualifiée d’«île des orgies» apparaît aujourd’hui comme le centre d’un réseau international où se croisent hommes d’affaires, responsables politiques et figures culturelles. Tous ne sont pas poursuivis, mais leurs noms figurent dans les échanges saisis par les enquêteurs. Et dans cette masse documentaire, des personnalités arabes et africaines émergent.

Émirats arabes unis: correspondances et introductions

Le nom de Sultan Ahmed bin Sulayem, patron du géant portuaire DP World, apparaît dans des échanges d’emails rendus publics. Certains messages datés de 2015 ont été largement relayés par la presse internationale. Son nom avait initialement été expurgé dans des versions antérieures des documents.

Hind Al-Owais, diplomate émiratie, est également citée dans des fichiers comprenant plusieurs centaines d’emails associés à son compte, selon des sources concordantes.

Des courriels révélés par la presse britannique évoquent des tentatives d’introduction d’Epstein auprès de responsables émiratis, dont: Abdullah bin Zayed Al Nahyan, ministre des Affaires étrangères, Mohammed bin Zayed Al Nahyan, alors prince héritier d’Abou Dhabi et aujourd’hui président des Émirats arabes unis, et Mohammed bin Rashid Al Maktoum, vice-président et dirigeant de Dubaï. Les documents évoquent des démarches de mise en relation diplomatique dans le cadre de forums et d’événements internationaux.

Monde arabe: forums et listes d’invités

Un article d’investigation du média égyptien Al-Manassa, s’appuyant sur des échanges liés aux dossiers du DOJ, cite une liste d’invités à un forum international en 2010. On y retrouve notamment: Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, et Nasser Judeh, ancien ministre jordanien des Affaires étrangères. Leur nom apparaît dans un échange relatif à la composition d’un panel diplomatique.

Le nom de Saad Hariri, ancien Premier ministre libanais, circule dans certains e-mails évoquant une possible mise en relation. Aucun document public ne fait état d’échanges directs établis.

Concernant Fahd Hariri, fils cadet du Premier ministre Rafic Hariri (assassiné en 2005), des sources concordantes issues de médias libanais et étrangers rapportent qu’il a formellement nié, par le biais de son avocat, toute interaction avec Epstein en 2019.

Toujours au Liban: designers et proximité avec l’île

Parce que l’affaire touche aussi le monde du design. L’architecte d’intérieur libanais Kifah Laham est mentionné dans plusieurs médias libanais. Il se serait rendu sur l’île dans le cadre d’un projet de décoration pour certaines propriétés appartenant au financier. Des articles évoquent des conseils sur la peinture, les motifs et l’aménagement intérieur.

Le nom de la designer libanaise Karen Chekerdjian est également relayé par la presse. Selon des sources concordantes, elle aurait été recommandée pour un projet décoratif lié à une propriété du financier, sur suggestion de Jack Lang, ancien ministre français de la Culture et ex-président de l’Institut du monde arabe, également cité. Karen Chekerdjian a affirmé ne jamais avoir rencontré Epstein.

Afrique: chefs d’État et intermédiaires

La décoratrice Linda Pinto, d’origine marocaine et dirigeante d’une agence internationale de design, voit son nom apparaître plus d’un millier de fois dans les archives selon plusieurs médias internationaux. Des échanges évoqueraient des discussions liées à des propriétés et à des contacts libanais.

En Afrique du Sud, Jacob Zuma, ancien président, est mentionné dans des e-mails relatifs à l’organisation d’un dîner à Londres. Au Zimbabwe, Robert Mugabe apparaît dans des notes évoquant des discussions financières. Le nom de Karim Wade, homme politique sénégalais et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, figure également dans certaines compilations relayées en ligne.

Plus directement lié aux dossiers techniques figure Daniel Siad, né Daniel Amar Siad, citoyen suédois d’origine algérienne et se décrivant dans un mail comme un «juif Berbère». Identifié comme scout de mannequins, il est mentionné dans des documents déclassifiés comme recruteur pour le réseau d’Epstein. Son nom circule aujourd’hui largement en France comme en Algérie.

Le cas Shaher Abdulhak

Le quotidien britannique The Telegraph cite le milliardaire yéménite Shaher Abdulhak, qui aurait échangé plus de deux cents e-mails avec Epstein selon cette source et plusieurs autres concordantes. Des photographies publiées par des médias étrangers montrent les deux hommes ensemble. Ces échanges évoqueraient notamment une mise en relation avec un avocat pénaliste britannique dans le cadre de l’affaire impliquant son fils Farouk Abdulhak, accusé dans la mort de l’étudiante norvégienne Martine Vik Magnussen.

Correspondances privées, invitations diplomatiques et tentatives d’introduction à haut niveau… Les Epstein files dessinent le portrait d’un homme obsédé par l’influence et la proximité avec les puissants. Chaque nouvelle déclassification élargit la carte du scandale. Et derrière la liste des noms, la même question persiste: qui savait quoi et à quel moment?

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