Entre Hariri, le Hezbollah et le CPL: des faits établis
©Ici Beyrouth

Le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) rivalisent d’efforts pour tenter de s’attirer les bonnes grâces du chef du Courant du futur, Saad Hariri. L’exploitation politique a même atteint son paroxysme lorsque les deux formations ont cherché à instrumentaliser le discours prononcé par M. Hariri à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de son père, l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri.

Des partisans du Hezbollah comme du CPL ont tenté d’en détourner la portée, le présentant comme une critique visant certaines figures de la scène sunnite d’un côté, et les Forces libanaises de l’autre. La chaîne Al-Manar, organe du Hezbollah, est allée jusqu’à affirmer dans le titre principal de son journal télévisé que les propos de Saad Hariri visaient tout particulièrement ceux qu’elle a qualifiés de «parasites» et de «délateurs».

En réalité, les atteintes les plus lourdes portées à Saad Hariri proviennent précisément du Hezbollah et du CPL. Le chef du Courant du Futur, même s’il optait pour l’apaisement, ne peut ignorer que des membres du Hezbollah ont été reconnus coupables par le Tribunal spécial pour le Liban dans l’affaire de l’assassinat de son père. Condamnés par contumace, ils demeurent en fuite, tandis que le parti refuse toujours de les livrer à la justice, tout en niant toute implication et en continuant d’accuser Israël.

Saad Hariri ne peut pas davantage passer sous silence l’épisode de janvier 2011, lorsque le CPL a contribué à la chute de son gouvernement alors qu’il se trouvait à la Maison-Blanche, à Washington, pour une réunion avec le président américain de l’époque, Barack Obama. Dans la foulée, le général Michel Aoun avait déclaré sans ambages que le pouvoir de Saad Hariri avait visé à «appauvrir le Liban et paralyser les institutions nationales pour mieux les contrôler», ajoutant que cette période était révolue et que «le ticket aller simple» accordé à Hariri signifiait son départ sans retour. Il affirmait alors que son camp était devenu la force décisionnelle dominante du pays — une situation qu’il qualifiait de «victoire historique».

L’humiliation la plus marquante reste toutefois celle subie par Saad Hariri lors de sa dernière tentative de former un gouvernement sous la présidence de Michel Aoun. Jamais un Premier ministre désigné n’avait été traité de la sorte. Pour rappel, le chef de l’État avait fait transmettre, par un simple motard des Forces de sécurité intérieure, une mouture gouvernementale à la Maison du Centre (Bayt al-Wasat), sans même prendre la peine d’un échange direct avec le Premier ministre désigné, comme l’exigent pourtant les usages constitutionnels.

Le discours prononcé par Saad Hariri à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat de son père ne saurait donc être interprété comme un geste d’ouverture envers le Hezbollah ou le CPL, ni comme un blanc-seing effaçant les épisodes passés, du funeste 7 mai 2008, qualifié par le Hezbollah de «jour glorieux», à la publication du document intitulé «Le Livre de l’impossible acquittement» (Kitab al-Ibra’ al-Mustahil), un livre à charge contre les adversaires des deux formations, qui met également en cause pour dérives extrémistes le Courant du Futur et ses partisans.

Plusieurs facteurs ont entouré la décision de Saad Hariri de suspendre son engagement politique. Au cœur de ces considérations figure la manière dont le Hezbollah et le CPL ont gouverné le pays depuis l’accord du 6 février 2006. M. Hariri sait que ces deux forces demeurent attachées à la même logique de gestion, au risque d’entraîner le Liban dans l’impasse, voire dans la confrontation et le chaos.

Son éventuel retour, ainsi que celui de son courant politique, reste tributaire de l’évolution des circonstances — lesquelles, à en croire certains observateurs, pourraient commencer à se préciser.

 

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