Empreintes au ministère, rendez-vous au sommet et maillot floqué « 9 » : la visite éclair du président de la FIFA remet le Liban sur l’écran radar du football international. La Fédération veut transformer l’instant en chantier — et vite.
C’est un événement exceptionnel dans la grisaille d’un pays qui a le don d’accumuler les mauvaises nouvelles. Car Gianni Infantino n’est pas un visiteur comme les autres : il dirige la FIFA, l’instance la plus puissante du football mondial. Et cette séquence résonne d’autant plus fort en 2026, année de Coupe du monde — l’événement planétaire par excellence, celui que rien, sauf une guerre mondiale, ne viendrait reléguer au second plan.
Grands symboles
Il est, dans l’histoire d’un pays, des journées qui dépassent la photo. Celle de lundi, à Beyrouth, avait le parfum des grands symboles… et l’odeur très concrète d’un dossier d’infrastructures qu’on croyait enlisé. En visite officielle d’un jour avec sa famille, le président de la FIFA a bouclé ses démarches administratives au ministère de l’Intérieur et des Municipalités : procédure d’empreintes, présence du ministre Ahmad al-Hajjar, du président de la fédération, Hashem Haidar, et du secrétaire général Jihad al-Shahaf. Au cours de l’entretien, il a également remis au ministre un maillot officiel de la FIFA à son nom, accompagné d’un cadeau commémoratif : une séquence très « protocole », très « message ». Le programme prévoyait ensuite une série de rencontres institutionnelles, notamment avec Joseph Aoun, Nawaf Salam et la ministre Nora Bayrakdarian, avant un retour à l’aéroport dans la nuit.
Empreintes, protocole, rendez-vous au sommet
Une tournée express, mais à haute valeur de signal : le Liban, au moins le temps d’une journée, redevient un point sur la carte du football international. La Fédération, elle, veut que ce passage ne reste pas une parenthèse — mais un levier.
Le maillot floqué « 9 », ou l’art du symbole
À Beyrouth, l’accueil a, lui aussi, parlé le langage du symbole : Hashem Haidar a remis au patron du football mondial un maillot de la sélection libanaise à son nom, floqué du numéro 9, aux côtés de Jihad al-Shahaf et du représentant FIFA basé à Dubaï Issam al-Shuhaibani. Un geste protocolaire, certes, mais une façon claire de dire : « vous êtes chez vous »… et « nous attendons du concret ».
Dans les coulisses, l’émotion est assumée. « Infantino aime le Liban ! », glisse, sourire aux lèvres, Faten Abi Faraj, directrice médias-communication de la Fédération libanaise de football. En exclusivité à Ici Beyrouth, elle met en avant le lien personnel, familial, presque affectif, qui nourrit cette proximité :
« C’est un grand jour pour le Liban. Infantino est amoureux du Liban, son épouse est libanaise, ce qui lui a fait connaître le pays au point d’en tomber amoureux. Il ne rate pas une occasion d’y venir, où il apprécie l’accueil et la gastronomie libanaise ! »
Le stade, ou le passage du « moment » au chantier
La séquence a son versant « cœur », sa part d’image et de récit. Mais au Liban, le football ne peut pas vivre longtemps de symboles : il lui faut des outils, une base, un horizon mesurable. Et c’est là que la phrase qui fait basculer la journée du symbole vers le chantier tombe, nette : « En outre, la FIFA va financer la construction d’un stade. »
Derrière ce mot — « stade » — il y a tout ce que le football libanais réclame depuis des années : une maison pour les sélections, un outil pour les jeunes, un lieu capable de structurer et de bâtir, au lieu de bricoler et survivre. Mais l’annonce ne vaut que si elle s’accompagne d’une méthode. Toujours en exclusivité à Ici Beyrouth, Abi Faraj resserre le cadre et fixe la ligne : « La visite de Gianni Infantino à Beyrouth est un signal fort : la FIFA voit encore le Liban, malgré toutes les difficultés. Notre priorité est claire : des infrastructures dignes de nos sélections et de nos jeunes. Le projet de stade, comme le renforcement des programmes de développement, peut changer l’échelle de notre football — à condition d’aller vite, d’être transparents et de travailler main dans la main avec les autorités concernées », conclut l’architecte de la communication de la maison du football libanais.
Tout est là : l’opportunité, mais aussi les conditions. Parce qu’un stade ne se résume pas à un financement annoncé : il faut un site, un cadre clair, une gouvernance crédible, un calendrier — et la capacité, surtout, de livrer.
Cette visite s’inscrit, enfin, dans une continuité : Gianni Infantino était déjà venu au Liban en novembre 2025, lorsque la promesse de la nationalité libanaise avait été formulée.
Lundi, le symbole a pris corps dans l’administratif. Un passeport ne marque pas un but. Mais il peut ouvrir un vestiaire resté verrouillé trop longtemps — à condition que, derrière la cérémonie, le chantier commence enfin.




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