Première réunion décisive pour le Conseil de la paix de Trump
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (3e à gauche), la présidente du Kosovo Vjosa Osmani (au centre à droite) et le président argentin Javier Milei (à droite) applaudissent tandis que le président américain Donald Trump (au centre) tient une charte fondatrice lors de la réunion du « Conseil de la paix » pendant la réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le 22 janvier 2026. ©Fabrice Coffrini / AFP

Pensé à l’origine pour superviser la reconstruction de Gaza, le «Conseil de la paix» voulu par le président américain Donald Trump tiendra jeudi sa toute première réunion dans la capitale fédérale. L’initiative, officiellement adossée à la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU (novembre 2025), ambitionne désormais d’intervenir dans d’autres conflits armés au-delà du seul théâtre gazaoui. Un élargissement qui suscite autant d’attentes que de critiques.

Ce qu’est le Conseil de la paix

Signée en janvier lors du Forum économique mondial de Davos, la charte fondatrice crée une nouvelle organisation internationale dotée d’une présidence permanente assurée par Donald Trump. Le Conseil repose sur un modèle dit de «coalition des volontaires», avec un statut de membre permanent conditionné à une contribution d’un milliard de dollars.

À l’origine centré sur la reconstruction de la bande de Gaza, l’organe supervise sur le terrain un Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), entité technocratique palestinienne chargée des affaires courantes, sous coordination internationale. Selon la Maison Blanche, le Conseil doit conjuguer reconstruction, sécurité et gouvernance transitoire.

Cette architecture, selon l'Atlantic Council, rappelle plusieurs précédents historiques d’administrations internationales, comme la Mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo ou l’Autorité provisoire de la coalition en Irak, souvent critiquées pour leur gouvernance trop verticale et leur faible ancrage local.

Ce qui doit se passer pendant la réunion

La Maison Blanche présente cette session inaugurale comme un moment fondateur.

Selon les déclarations de Donald Trump au New York Post lundi, les États membres devraient annoncer plus de 5 milliards de dollars d’engagements immédiats pour la reconstruction et l’aide humanitaire à Gaza — un “acompte” sur un programme estimé à 70 milliards de dollars.

Le président américain a également évoqué:

  • le déploiement d’une force internationale de stabilisation 

  • la formation de forces de police locales 

  • un projet de transformation économique de Gaza, comparée par Jared Kushner – gendre de Trump qui siège au Conseil exécutif de Gaza –  à Dubaï ou Doha.

Toutefois, la composition exacte de cette force et la liste des contributeurs financiers restent floues à la veille de la réunion.

Qui sera présent ?

À ce stade, 27 États sont présentés comme «membres fondateurs», selon France 24.

Parmi les dirigeants ayant confirmé leur présence :

  • Viktor Orban (Hongrie)

  • Javier Milei (Argentine)

  • Edi Rama (Albanie)

  • Prabowo Subianto (Indonésie)

  • To Lam (Vietnam)

  • Hun Manet (Cambodge)

Côté Moyen-Orient, des délégations d’Égypte, de Turquie et du Qatar sont attendues. Les Émirats arabes unis, le Maroc et le Bahreïn figurent parmi les premiers signataires de la charte.

Pour Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahou ne fera pas le déplacement. Le pays sera représenté par son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar (France 24).

Les observateurs

Sans adhérer formellement, plusieurs pays occidentaux enverront des représentants :

  • L’Union européenne, via la commissaire Dubravka Suica

  • L’Italie, représentée par son ministre des Affaires étrangères

  • La Roumanie

  • La Grèce

  • La République tchèque

  • Chypre

Ces États souhaitent suivre les travaux sans cautionner la structure financière et institutionnelle du Conseil.

Les absents notables

La liste des absences est tout aussi scrutée.

La France a décliné l’invitation. Son ministre des Affaires étrangères a estimé que l’initiative était incompatible avec les engagements de Paris au sein des Nations unies (France 24).

Ont également refusé ou décliné :

  • l’Espagne

  • la Pologne

  • la Croatie

  • la Nouvelle-Zélande

  • la Norvège

Le Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva n’a pas donné suite, accusant Trump de vouloir se poser en chef d’une «nouvelle ONU».

Autre absence symbolique: le Canada. Selon France 24, l’invitation adressée au Premier ministre Mark Carney aurait été retirée à la suite de tensions diplomatiques récentes. Le Vatican a aussi annoncé mercredi ne pas participer.

Un contexte explosif

La réunion intervient alors que la deuxième phase du plan de cessez-le-feu à Gaza peine à se concrétiser. Israël contrôle toujours une partie importante du territoire, tandis que le Hamas rejette les conditions de désarmement exigées par Tel-Aviv.

Le Conseil de la paix se retrouve ainsi placé au cœur d’un environnement instable, avec un double défi :

  1. Assurer la reconstruction et la stabilisation de Gaza.

  2. Éviter de fragiliser davantage le cadre multilatéral traditionnel incarné par l’ONU.

Selon l’analyse publiée par l’Atlantic Council, le modèle du Conseil — rapide, orienté résultats, financé par un noyau dur de contributeurs — pourrait contourner les lenteurs du système onusien. Mais il comporte aussi des risques: déficit de légitimité locale, ambiguïtés juridiques, exclusion d’acteurs politiques majeurs comme le Hamas ou l’Autorité palestinienne, et tension avec les principes du droit international.

Une alternative au multilatéralisme classique?

En centralisant les décisions autour de Donald Trump et d’un comité exécutif restreint, le Conseil de la paix s’éloigne des mécanismes traditionnels fondés sur le consensus universel.

Pour ses soutiens, il s’agit d’un outil pragmatique capable de mobiliser rapidement des fonds et d’imposer une dynamique politique.

Pour ses détracteurs, il s’apparente à un «Conseil de sécurité parallèle, réservé aux États disposés à payer leur entrée et à s’aligner sur la vision stratégique américaine.

La réunion de Washington doit donc à la fois lancer un programme de reconstruction massif et tester la viabilité politique d’un modèle diplomatique inédit.

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