Émigration record: 180.033 Libanais quittent le pays en 2023
©Ici Beyrouth

Entre 2012 et fin septembre 2025, le Liban a connu une hémorragie sans précédent de sa population active. Selon le bureau de recherche « Information International », 798.911 personnes (environ 800.000) ont quitté le pays sur cette période.

En 2012, les départs étaient encore modestes, avec 49.000 Libanais enregistrés hors du pays. La crise économique et sociale a progressivement intensifié l’exode: 79.134 départs en 2021, puis un pic historique en 2023 avec 180.033 Libanais partant en un seul an, suivi de 172.728 départs en 2024.

Entre 2021 et fin septembre 2025, près de 471.895 Libanais ont quitté le pays. Depuis le début de 2025 jusqu’à fin septembre, environ 40.000 départs supplémentaires ont été enregistrés.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène et constituent un signal d’alarme tant sur le plan démographique qu’économique, marquant une fuite massive de capital humain au moment où le pays a besoin de ses forces vives pour relancer sa productivité et son économie.

Les quatre moteurs de l’exode
Quatre facteurs principaux expliquent cette fuite massive:

1. Une tradition historique d’ouverture sur le monde, facilitant l’intégration à l’international.

2. L’effondrement économique et social : perte de pouvoir d’achat, chômage élevé et contraction des opportunités professionnelles.

3. L’instabilité sécuritaire et les guerres, qui fragilisent l’investissement et les affaires.

4. La recherche d’un revenu stable, d’une monnaie forte et de perspectives de carrière durables.

Lorsque ces quatre facteurs se combinent, le flux migratoire s’accélère, transformant l’émigration en stratégie économique pour de nombreux jeunes actifs.

Plus de 70% des émigrants ont entre 25 et 35 ans, et beaucoup sont hautement qualifiés. Résultat: le Liban perd sa force vive, ce qui réduit sa capacité à relancer l’investissement, la productivité et l’innovation. La fuite des cerveaux a un coût stratégique pour l’économie.

Un exutoire économique paradoxal

À court terme, cette fuite massive soutient néanmoins l’économie: les transferts de la diaspora alimentent près d’un million de foyers libanais. Officiellement, les transferts bancaires atteignent 6 à 7 milliards de dollars par an, mais en réalité, ils frôlent les 18 milliards, dont plus de 10 milliards circulent en espèces depuis l’Afrique, l’Europe, l’Amérique et le Golfe. Ces flux agissent comme un «oxygène financier» vital pour les familles restées au pays.

L’ombre au tableau: un défi structurel pour l’avenir
À long terme, le revers de la médaille est net: la population qui reste vieillit, avec une capacité de production limitée et un besoin croissant de main-d’œuvre étrangère. Les émigrés partis jeunes reviendront, tôt ou tard, dépendants de soins et de services. L’émigration, si elle protège aujourd’hui l’économie libanaise, crée un défi structurel majeur pour demain.

Dans ce contexte, un point reste à souligner: «Information International» estime à près de 10.000.000 le nombre de personnes d’origine libanaise à travers le monde. Toutefois, ceux qui résident encore à l’étranger tout en conservant la nationalité libanaise sont environ 1,8 million. 

 
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