Le tambour parleur Djidji Ayôkwé, emblème sacré de l’ethnie ébrié et disparu depuis plus d’un siècle, retrouve enfin sa terre d’origine. Restitué vendredi à la Côte d’Ivoire lors d’une cérémonie à Paris, cet instrument de 430 kg, utilisé pour transmettre des messages rituels et alerter les villages, quittera prochainement le musée du quai Branly-Jacques Chirac pour rejoindre le musée des civilisations ivoiriennes. Ce retour marque une étape historique dans la restitution des biens culturels saisis pendant la colonisation et symbolise le lien complexe entre mémoire, patrimoine et identité.
Le tambour parleur Djidji Ayôkwé, volé il y a plus d'un siècle par la France, a été officiellement restitué à la Côte d'Ivoire au cours d'une cérémonie rassemblant vendredi à Paris de hauts responsables des deux pays.
Cette cérémonie «est un événement historique» pour «la France comme pour la Côte d'Ivoire», a déclaré la ministre de la Culture, Rachida Dati, devant le majestueux instrument de trois mètres de long présenté au musée du quai Branly-Jacques Chirac.
Elle a signé avec son homologue ivoirienne Françoise Remarck l'acte de transfert de propriété de ce tambour parleur, qui devrait quitter la France prochainement pour être exposé au musée des civilisations de la Côte d'Ivoire, où des travaux sont en cours de finalisation.
«La Côte d'Ivoire entière est prête à l'accueillir», a annoncé Mme Remarck, en se disant «extrêmement émue» du «retour de ce symbole» qui «revient enfin sur sa terre».
Pesant 430 kg, le tambour parleur servait à transmettre des messages rituels et à alerter les villageois, par exemple lors des opérations de recrutement forcé ou d'enrôlement militaire.
Saisi en 1916 par les autorités coloniales auprès de l'ethnie ébrié, l'instrument sacré avait été envoyé en France en 1929.
«Le parcours du tambour parleur témoigne d'un pan de l'histoire que nous partageons. Histoire douloureuse où la domination et l'appropriation coloniale ont infligé une blessure à celles et ceux pour qui ce tambour est l'emblème de leur mémoire et de leur culture», a déclaré Rachida Dati.
La Côte d'Ivoire avait officiellement formulé sa demande en 2019. C'est le premier objet d'une liste de 148 œuvres dont le pays demande la restitution à la France et à d'autres pays.
Emmanuel Macron en avait pris l'engagement en 2021.
La restitution fait suite au feu vert unanime du Parlement français, en avril puis en juillet 2025, permettant de déclasser ce bien culturel en dérogeant au principe d'inaliénabilité des collections publiques.
Dans ce cadre, la France a déjà restitué des biens au Bénin et au Sénégal.
Avec AFP
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