Les étudiants iraniens se sont rassemblés dimanche pour une deuxième journée de manifestations pro et antigouvernementales afin de commémorer les personnes tuées lors des récentes manifestations qui ont secoué le pays, au moment où les États-Unis accentuent leur pression militaire malgré des pourparlers.

Les étudiants s'étaient également rassemblés samedi, au début du nouveau semestre universitaire, pour marquer le 40ᵉ jour depuis les décès survenus au plus fort des manifestations les 8 et 9 janvier, conformément à la tradition chiite de deuil, selon des vidéos diffusées par les médias locaux et de la diaspora.

Dimanche, l'agence de presse Fars a publié des vidéos montrant de nouvelles foules de dizaines de personnes brandissant des drapeaux iraniens et portant des photos commémoratives dans les universités de la capitale, Téhéran.

L'une d'elles montrait un rassemblement bruyant à l'université technologique Sharif, où des manifestants scandaient «Mort au Shah» – en référence à la monarchie renversée par la révolution islamique de 1979 – alors qu'ils faisaient face à un autre groupe, avec des hommes en uniforme entre eux.

«Tensions»

Fars a déclaré qu'il y avait eu des «tensions» dans au moins trois universités de Téhéran, où certains étudiants ont scandé des slogans «anti-establishment».

Elle a ajouté qu'à l'université Sharif, une institution d'ingénierie de premier plan, deux étudiants ont brandi des drapeaux verts, blancs et rouges avec un lion et un soleil, l'emblème de la monarchie renversée.

Iran International, un média basé à l'étranger et qualifié d'organisation « terroriste » par Téhéran, a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo montrant des étudiants brandissant le drapeau à l'université Sharif, ainsi que des vidéos de rassemblements dans d'autres établissements d'enseignement supérieur.

Une vidéo géolocalisée par l'AFP, qui semble montrer la même manifestation à l'université Sharif, montre une foule importante autour des étudiants brandissant des drapeaux et scandant «Vive le Shah» et d'autres slogans antigouvernementaux.
Les manifestations déclenchées en décembre par les difficultés économiques dans ce pays frappé par les sanctions se sont transformées en manifestations antigouvernementales de masse, marquées par des chants critiquant les dirigeants religieux et soutenant le retour de la famille royale Pahlavi renversée.

Des vidéos géolocalisées par l'AFP samedi ont montré des affrontements lors d'un rassemblement, et d'autres clips montrant des échauffourées ont également circulé dimanche.

Les autorités reconnaissent plus de 3.000 morts dans les troubles, y compris des membres des forces de sécurité et des passants, mais affirment que les violences ont été causées par des «actes terroristes» alimentés par les ennemis de l'Iran.

L'agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) a toutefois recensé plus de 7.000 morts dans la répression, dont la grande majorité sont des manifestants, mais le bilan pourrait être bien plus lourd.

«Plus grand porte-avions au monde»

Outre la contestation, le pouvoir iranien est sous pression des États-Unis, qui ont déployé dans la région une «armada», selon les termes de Donald Trump.

Vendredi, le plus grand porte-avions au monde, le Gerald Ford, a été photographié en train de traverser le détroit de Gibraltar et d'entrer en mer Méditerranée, selon des clichés pris par l'AFP.

Il est accompagné par trois destroyers, ce qui va porter le total de navires de guerre américains à 17 dans la zone.

Un autre porte-avions était déjà arrivé fin janvier, or il est rare que deux de ces navires soient déployés en même temps par les États-Unis au Moyen-Orient.

L'Iran a de son côté mené cette semaine des exercices militaires en mer d'Oman, avec son allié russe.

Malgré les menaces de part et d'autre, les deux pays ennemis ont repris des pourparlers indirects début février, après l'échec des précédentes discussions, stoppées net en juin 2025 par la guerre déclenchée par Israël contre l'Iran et appuyée par les États-Unis.

Accord «rapide»

L'Iran, en quête d'un allègement des sanctions internationales asphyxiant son économie, a assuré vendredi vouloir un accord «rapide», au lendemain d'un ultimatum lancé par Donald Trump.

Ce dernier a dit se donner «dix» à «quinze jours» pour décider si un accord était possible ou s'il allait au contraire recourir à la force. Interrogé sur l'éventualité d'une frappe si les négociations échouaient, il a répondu : «Tout ce que je peux dire... c'est que je l'envisage».

L'Iran se défend d'avoir des ambitions militaires mais insiste sur son droit au nucléaire civil, notamment pour l'énergie, conformément aux dispositions du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

Donald Trump s'est plusieurs fois prononcé pour une interdiction totale pour l'Iran d'enrichir de l'uranium, une exigence que Téhéran considère comme une ligne rouge, représentant un obstacle majeur à tout accord.

Washington n'a cette fois «pas demandé zéro enrichissement», d'après M. Araghchi.

Selon le site Axios, qui cite un haut responsable américain anonyme, l'administration Trump examine la possibilité d'autoriser «un enrichissement symbolique et limité», qui ne lui permettrait pas de développer l'arme nucléaire.

«Nous ne céderons à aucune épreuve, même si les puissances du monde se dressent devant nous», a averti samedi le président iranien Massoud Pezeshkian, cité par la télévision d'État.

Face au risque de frappes américaines, l'Australie, la Suède, la Serbie et la Pologne ont appelé leurs ressortissants à quitter l'Iran.

AFP

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