Une barre à mine et une pelle pour unique équipement, Ahmed Ibrahim pulvérise, inlassablement, des rochers contenant du lithium. Le Somaliland, qui se dit riche en minerais et en pétrole, se rêve un avenir doré après la reconnaissance de son indépendance par Israël.
L'histoire d'Ahmed Ibrahim rappelle les récits de la ruée vers l'or aux États-Unis, quand tant de corps ont fini épuisés de n'avoir jamais trouvé un trésor.
Ancien géomètre de la mairie d'Hargeisa, cet homme très maigre de 52 ans raconte avoir quitté la capitale somalilandaise en 2015, et avoir découvert beaucoup de diamants au premier jour de sa nouvelle vie.
«Du coup, j'ai complètement oublié la ville», sourit-il depuis une mine artisanale près de Gaeed-Deeble, à 2h30 de route d'Hargeisa. «Depuis lors, poursuit-il toutefois, je cherche à tomber sur autant d'argent, mais je n'en ai plus jamais trouvé.»
Ahmed Ibrahim vit dans une cabane aux parois de tôle dont un panneau solaire constitue l'unique confort. Plusieurs heures de chemin chaotique, dans un paysage vallonné et semi-aride, sont nécessaires pour l'y trouver. Il vit sans eau courante, voit sa famille au mieux tous les six mois. Mais garde un inébranlable espoir.
Car l'endroit où il s'échine est riche en lithium, une matière utilisée notamment pour les téléphones portables et les batteries de véhicules électriques.
Parmi 150 forçats semblant sortis du passé, il casse donc à l'aide d'outils rudimentaires des rochers riches de ce métal d'avenir, aidé de quelques compresseurs comme seule concession à la modernité.
«Vie dure»
Autour d'Ahmed Ibrahim, des dizaines de tas de cailloux beiges constituent leur fortune : 1.800 tonnes de lithium brut prêtes à être vendues, à 500 dollars la tonne, estime-t-il. Soit des milliers de dollars potentiels pour chacun des mineurs, une fortune au Somaliland.
Mais depuis août dernier, les commerçants chinois qui d'habitude leur achètent leur production ne sont pas revenus, alors que le cours du lithium s'est effondré globalement, sur fond de forte production, malgré une demande croissante. Six mois sans argent.
«Nous avons adopté cette vie dure. Mais nous avons besoin de plus de technologie», affirme Ahmed Ibrahim. «Nous espérons qu'Israël va soutenir notre production et nous apporter plus d'équipements.»
Fin décembre, le gouvernement israélien est devenu le premier à reconnaître l'indépendance du Somaliland depuis qu'il a fait sécession de la Somalie en 1991, s'attirant la colère de Mogadiscio, qui affirme encore contrôler ce territoire, quand bien même celui-ci s'administre de manière autonome depuis 35 ans.
L'avancée politique est majeure pour Hargeisa, qui escompte d'importantes retombées économiques, notamment pour ses sols.
«Auparavant, nous avions des problèmes de juridiction (internationale). Certaines entreprises étaient limitées», explique à l'AFP Ahmed Jama Barre, le ministre somalilandais de l'Energie et des Minerais.
La reconnaissance par Israël doit «ouvrir la voie aux investisseurs», affirme-t-il.
Outre le lithium, le Somaliland est riche en tantale et niobium, des minerais stratégiques, mais aussi en or, cuivre, émeraudes, selon son ministère. Des études manquent toutefois pour déterminer en quelles quantités.
«Région sous-explorée»
Le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit «Irro», a ouvertement envisagé ces dernières semaines d'accorder à Israël un accès privilégié à ses ressources minières.
Son ministre de la présidence, Khadar Hussein Abdi, a également affirmé samedi à l'AFP que le Somaliland, en quête de nouvelles reconnaissances internationales, était prêt à «accorder des exclusivités» minières aux États-Unis.
«Nous nous attendons à ce que les minerais changent la donne et deviennent le pilier principal de notre économie», aujourd'hui dépendante à 60% de l'élevage, affirme le ministre Ahmed Jama Barre.
Le responsable espère une production rapidement industrielle des minerais, loin des coups sourds portés à la pierre par Ahmed Ibrahim et ses comparses.
Le Somaliland, qui dit avoir des caractéristiques géologiques similaires à celles des régions riches en hydrocarbures du Yémen, se décrit également comme «l’une des rares régions pétrolières du monde à très fort potentiel mais encore sous-explorée».
Avant la guerre civile sanglante qui aboutit en 1991 à la création du Somaliland, des compagnies américaines comme Chevron et Conoco étaient présentes et ne s'étaient retirées de la région que pour des raisons sécuritaires, observent des cadres du ministère de l'Énergie et des Minerais.
Les sous-sols somalilandais ont un potentiel de plusieurs milliards de barils de pétrole, assurent-ils.
Deux compagnies, la Britannique Genel et la Taïwanaise CPC, doivent creuser un premier puits au premier trimestre 2027, selon les autorités. Aucune d'elles n'a répondu aux questions de l'AFP.
«Si nous découvrons cela, nous serons comme Dubaï», rêve le ministre Barre.
AFP



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