L'État libanais, une charge sans service
©Ici Beyrouth

70 % de postes vacants, un chiffre qui interroge

Le secteur public libanais est au cœur d'un débat accentué par la controverse autour de la nouvelle grille salariale. Un chiffre marquant s'impose : 70 % de postes vacants. Il relance les interrogations sur la taille réelle de la fonction publique et le coût effectif des salaires. Les estimations des hausses oscillent entre 800 millions et 1,1 milliard de dollars, alors que les projections initiales évoquaient un milliard, avant d'être révisées jusqu'à 2,5 milliards de dollars, voire davantage.

Des chiffres flous et des données fragmentées

À l'origine de ces divergences se trouve l'absence de données consolidées. Si chaque administration connaît ses propres effectifs, aucune base centralisée ne recense avec précision l'ensemble des agents des 94 établissements publics, dont 32 hôpitaux gouvernementaux, ni le nombre exact de contractuels, journaliers, salariés à l'heure ou rémunérés pour prestations de service. Ce manque de clarté alimente les interrogations sur le coût réel des augmentations salariales et rend toute évaluation fiable de la masse salariale particulièrement difficile.

Une masse salariale sous tension

Même en retenant l'hypothèse basse de 800 millions de dollars, la charge du secteur public atteindrait 3,2 milliards de dollars, pour atteindre près de 4 milliards après intégration des augmentations. Avec des recettes estimées à 6,8 milliards de dollars, près de 59 % des revenus de l'État seraient absorbés par les salaires et traitements, un ratio particulièrement élevé pour une économie en crise.

70 % de vacance : un indicateur théorique

Le taux de 70 % de postes vacants reste avant tout un indicateur théorique. La question ne concerne pas seulement le nombre de postes inoccupés, mais surtout la pertinence des structures existantes, dont l'architecture remonte à près de 70 ans. Avec la généralisation des procédures électroniques, de nombreuses tâches administratives ont été simplifiées, rendant obsolète une partie des effectifs conçus pour des modes de fonctionnement anciens.

285 000 agents publics : un poids structurel

Le secteur public compterait environ 285 000 employés, dont près de 130 000 au sein des forces de sécurité (armée, Sûreté générale, Sécurité de l'État et forces de sécurité intérieure). Pour certains observateurs, économistes et experts des finances publiques notamment, ces effectifs pourraient être réduits de moitié. Selon eux, le Liban n'a pas besoin d'un appareil administratif et sécuritaire d'une telle ampleur, allant jusqu'à affirmer que «les Libanais travaillent désormais pour financer les salaires de l'État».

Aujourd'hui, les employés publics représentent théoriquement 25 % de la population active, contre 7 à 8 % en moyenne dans les pays développés. Une disproportion qui soulève une question fondamentale : le Liban peut-il se permettre de reporter à nouveau une réforme structurelle de son secteur public?

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