La guerre de Troie n’aura pas lieu
©Ici Beyrouth

La pièce théâtrale prémonitoire de Jean Giraudoux signalait déjà en 1935 l’insignifiance de toutes démarches diplomatiques et l’inévitable guerre avec le régime nazi. Cela fait des années de négociations futiles entre le régime iranien et les États-Unis pour arriver à l’évidence d’une guerre impérative. L’impératif de guerre découle cette fois-ci de la volonté du peuple iranien, qui refuse tout arrangement avec cette dystopie meurtrière, laquelle doit sa survie à 47 ans de violence et de terreur d’État. 

L’hypothèse d’un ralliement entre le régime islamiste et un soi-disant élan nationaliste en vue de contrer une agression extérieure relève désormais du fantasme. Il n’y a plus rien qui puisse relier l’ensemble du peuple iranien à la dystopie islamique qui a non seulement entamé la crédibilité de l’islamisme mais celle de l’islam. C’est tout le récit islamique qui est remis en question. Nous sommes là devant une étape charnière dans l’histoire régionale et celle de l’islam contemporain ainsi que devant une coupure épistémologique entre l’idée et l’histoire, il y a désormais un avant et un après. La violence n’est pas accidentelle et les dérives totalitaires s’inscrivent dans un continuum qui les relie à une lecture non historique et critique des sources scripturaires. 

Le point de départ du conflit en cours est endogène et bénéficie d’un concours de circonstances. Il se recoupe avec le discrédit de l'idéologie. Il est également en résonance avec des mutations géostratégiques qui remettent en cause des équilibres systémiques fragilisés, des récits politiques périmés, une gouvernance désastreuse, et des dynamiques politiques en état d’usure inspirées par les autocraties de l’arabisme et de l’islamisme. Toutes les recettes idéologiques du centenaire éculé ont duré longtemps et n’ont plus aucun effet d’entraînement. 

Les nouvelles dynamiques géostratégiques se structurent au croisement d’une modernité islamique entièrement faillie, d’un imaginaire politique psychotique et délirant, et d’une géopolitique en miettes. Les nouvelles dynamiques politiques s’inscrivent dans des trajectoires ethnonationalistes longuement réprimées, des alliances atypiques, multiculturelles, transcontinentales et entièrement émancipées des ancrages qui ont servi de supports aux dictatures arabes et islamiques et à leurs verrouillages idéologiques. 

La caducité de l’agenda de négociation est loin d’être arbitraire, elle prend sa source dans la contre-offensive israélienne qui a détruit les plateformes opérationnelles intégrées et ses mandataires, dans la destruction des infrastructures nucléaires iraniennes et dans les rébellions civiles cumulées qui ont invalidé les mythes fondateurs de la révolution islamique de 1979. Cela explique la spécificité de cet épisode révolutionnaire exceptionnel, qui mettra fin à la carrière indûment prolongée d'un régime dont la survie repose sur la terreur prévalant à l'intérieur de l’Iran et sur la politique de subversion opérée au niveau régional. C'est grâce à la mystification idéologique, à la terreur d'État et aux politiques de déstabilisation à géométrie variable que ce régime a pu asseoir sa longévité. La fin du régime islamique arrive à échéance et il est impératif de la mettre en exécution. Toute tergiversation en la matière aurait des conséquences néfastes, surtout que la conjonction stratégique est sans failles.

Tous les éléments d’une guerre juste sont réunis pour assurer les chances d'une transition réussie. Ainsi, les négociations et les alliances transversales peuvent lancer une dynamique de changement avec des impondérables contrôlés, d'autant plus que la dictature a perdu tous ses leviers. La conjonction du travail militaire et du renseignement s’avère d’une utilité opérationnelle capitale à un stade où toutes les conditions de réussite sont agrégées. 

Les paris du régime aux abois s’avèrent de plus en plus illusoires. En effet, les leviers de déstabilisation, la gouvernance en faillite et son bilan désastreux à tous les niveaux politiques, économiques, financiers, sociaux et écologiques renvoient le régime à des verrouillages hermétiques. Dès lors, la défaite de ce régime relève d’une logique darwinienne où il s’agit de défaire ce système meurtrier sans états d’âme. Cela nécessite donc le rassemblement de cet armada exceptionnel et, surtout, un acte de dépassement pour surmonter la pesanteur des calculs stratégiques et adopter le courage moral requis par une guerre juste.

Ce conflit, qui présente des coordonnées multiples, suppose la mise en œuvre d'une topographie aux enchevêtrements multiples et des séquences minutieusement calibrées. Par où commencer : par les lignes de défense défaite ou par les infrastructures détruites, ou par les frontières imaginaires d'un ordre impérial pulvérisé, ou faudra-t-il avancer de manière simultanée pour achever un régime en fin de parcours ? 

Les chances de pouvoir galvaniser des supports tant internes qu’externes relèvent désormais pour le régime iranien de conjectures hasardeuses. Une nouvelle architecture stratégique se dessine et elle est en voie de reconfigurer le nouvel ordre géopolitique. D'où les réserves du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie qui, selon toute vraisemblance, gagneraient à la défaite du régime islamiste en Iran. Or, la fin de l'islamisme iranien pourrait avoir des conséquences significatives sur la reconfiguration du nouvel ordre géopolitique, qui va remettre en question la légitimité idéologique de ces régimes, leur capacité de chantage, leur emprise géopolitique et les trajectoires de l'impérialisme islamique. Nous faisons face à des dynamiques inchoatives et des mutations géopolitiques doublées de changements de paradigmes.

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