Audiovisuel, Louvre... Rachida Dati à la Culture, deux années sous tension
La ministre française de la Culture Rachida Dati quitte le palais de l’Élysée à Paris, à l’issue du Conseil des ministres hebdomadaire, le 28 janvier 2026. ©Ludovic Marin / AFP

En janvier 2024, peu après son arrivée à la Culture, Rachida Dati s'était félicitée d'avoir mis fin à une grève au Centre Pompidou. Deux ans après, elle a annoncé mercredi son départ du ministère sans avoir éteint la crise et le conflit social qui grippent le Louvre.

Ce parallèle résume son bail mouvementé rue de Valois, où elle a joué de son poids politique pour limiter les coupes dans la culture sans parvenir à faire adopter sa réforme phare de l'audiovisuel public.

Un style en question

Proches et détracteurs en conviennent: avec son franc-parler et son aura médiatique, l'ex-ministre sarkozyste de 60 ans a redonné de la visibilité à un ministère confié, sous Emmanuel Macron, à des personnalités plus effacées.

Au gouvernement, elle est d'ailleurs l'une des très rares à avoir survécu à tous les remaniements depuis janvier 2024, malgré des poursuites pour corruption dont elle répondra au tribunal à l'automne.

«Chacun sait que j'aime me battre», avait-elle dit en prenant ses fonctions.

Malgré les restrictions, elle assure avoir réussi à limiter la casse dans la culture, même si les crédits de son ministère accusent cette année une baisse de 173,4 millions sur 3,7 milliards d'euros de budget (hors audiovisuel).

«Elle a mouillé sa chemise sur le budget», dit à l'AFP Alexis Fritche, secrétaire général de la CFDT Culture, jugeant pourtant son bilan «mitigé». Le secteur du spectacle vivant subventionné, directement impacté par les coupes budgétaires, est plus alarmiste et alerte sur les risques de «chômage massif» en 2026.

Proverbiale, son goût du combat l'a parfois conduite en terrain glissant, quand elle menace de poursuites l'éditorialiste Patrick Cohen sur France 5 ou accuse, sous serment, le magazine de France 2 Complément d'enquête d'avoir soudoyé un proche.

À chaque fois, la ministre assume mais clive.

Dénonçant ses «agressions verbales», la CGT Spectacle avait appelé à sa démission en 2025.

Réforme phare dans le brouillard

Dès sa prise de fonctions, Rachida Dati fait de la réforme de l'audiovisuel public sa priorité, estimant que France Télévisions, Radio France et l'INA doivent s'unir face aux plateformes. «Il y a un impératif», a-t-elle encore déclaré début février.

Percuté par la dissolution ratée de 2024, ce projet de holding a été ballotté au gré de l'instabilité politique.

Son adoption chaotique au Sénat à l'été 2025 laissait entrevoir une éclaircie mais le gouvernement ne l'a pas inscrit au prochain ordre du jour de l'Assemblée et le texte est aujourd'hui dans les limbes.

«S'il y a un échec en la matière, c'est celui de l'Assemblée», affirme à l'AFP le président LR de la commission culture de l'Assemblée, Alexandre Portier, qui défend une ministre ayant «toujours refusé le statu quo».

Son entourage met à son actif des mesures moins médiatisées, comme le plan ruralité, mais ses adversaires sont féroces. «Elle a été une non-ministre de la Culture», persifle la socialiste Aurélie Filippetti, sa lointaine prédécesseure rue de Valois. «Son bilan est nul dans le sens où elle n'a rien fait parce que ça ne l'intéresse pas».

L'épine du Louvre

Le 19 octobre au matin, Rachida Dati est la première à faire état d'un «braquage» au Louvre. Quatre malfaiteurs s'emparent de huit bijoux de la Couronne française, provoquant une onde de choc mondiale.

Ministre de tutelle, elle refuse la démission de la présidente du musée Laurence des Cars, lance une enquête administrative aux conclusions accablantes et ordonne des mesures d'urgence.

Mais la crise persiste, bientôt doublée d'une grève des personnels qui a débuté mi-décembre et perturbe l'accès au musée le plus visité au monde.

«Il y a une chose regrettable dans son action, c'est de ne pas avoir tranché le dossier du Louvre en évinçant plus vite sa présidente», estime une source proche des affaires culturelles.

Appelée à reprendre la main, la ministre a fini par lâcher Laurence des Cars, contrainte à la démission, mais la mission de réorganisation du musée qu'elle avait elle-même annoncée a fait pschitt, abandonnée avant même d'avoir commencé.

Résultat: la difficile réforme de la gouvernance du musée reste un chantier en friche qu'elle lègue à son successeur.

AFP

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