Les États-Unis et l'Iran sont désormais engagés dans une confrontation militaire ouverte après les frappes coordonnées menées par Washington et Israël contre des cibles iraniennes ce samedi. Le président américain, Donald Trump, a affirmé que les forces américaines avaient lancé des «opérations de combat majeures», présentant l'offensive comme une action préventive contre des menaces imminentes.
Les autorités iraniennes avaient averti depuis plusieurs jours que toute attaque serait suivie d'une riposte visant les bases américaines au Moyen-Orient. Dans les heures qui ont suivi les frappes, l'Iran a lancé une première vague de missiles et de drones, faisant craindre une extension rapide du conflit.
Selon l'agence iranienne Fars, affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), quatre bases américaines auraient été visées simultanément par des missiles balistiques : la base aérienne d'Al-Udeid au Qatar, la base d'As-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Dhafra aux Émirats arabes unis et le quartier général de la Cinquième flotte américaine à Bahreïn.
Pour comprendre l'ampleur du dispositif exposé, il faut rappeler que le Pentagone gère ou opère au moins 128 bases à l'étranger dans au moins 51 pays, selon un rapport du Congressional Research Service (CRS) de juillet 2024. Dans la seule région du Moyen-Orient, le CRS a recensé huit bases permanentes et onze autres sites militaires accessibles au département de la Défense, tous placés sous l'autorité du Commandement central américain (CENTCOM). En mars 2024, le commandant du CENTCOM avait d'ailleurs identifié la dissuasion de l'Iran comme sa première priorité opérationnelle.
Qatar
La base aérienne d'Al-Udeid, installée dans le désert à la périphérie de Doha sur une superficie de 24 hectares, constitue le quartier général avancé du CENTCOM et le principal hub aérien américain au Moyen-Orient. Elle accueille entre 8 000 et 10 000 militaires américains. Le Qatar a investi plus de 8 milliards de dollars depuis 2003 pour développer l'installation, et a récemment prolongé l'accord autorisant Washington à l'utiliser pour dix ans supplémentaires.
La base héberge des appareils de surveillance, des avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker, des avions de transport militaire C-17A Globemaster et CH-130H Hercules, ainsi que des systèmes de défense antimissile Patriot et des radars AN/TPY-2 à bande X.
L'agence Fars affirme que la base a été attaquée dans une salve iranienne. Plusieurs missiles visant le Qatar auraient toutefois été interceptés, sans confirmation de dégâts significatifs à ce stade.
Bahreïn
Le petit royaume du Golfe abrite la Naval Support Activity Bahrain, qui accueille la Cinquième flotte de la marine américaine – dont la zone de responsabilité couvre le Golfe Persique, la mer Rouge, la mer d'Arabie et une partie de l'océan Indien – ainsi que le quartier général des Forces navales centrales des États-Unis. Cette présence remonte à 1948, à l'époque où l'installation était contrôlée par la Royal Navy britannique.
Environ 9 000 militaires et civils du département de la Défense sont présents sur le site. Le port en eaux profondes de Bahreïn est l'une des rares installations au Moyen-Orient capable d'accueillir des porte-avions et des navires d'assaut amphibies américains. La base héberge également des avions de patrouille maritime P-8 Poseidon, des appareils de reconnaissance EP-3E Aries II, des systèmes Patriot, ainsi qu'un escadron de garde-côtes américains comprenant six patrouilleurs rapides.
C'est pour l'instant l'installation la plus clairement touchée dans les rapports concordants. Des explosions et des panaches de fumée ont été signalés près du quartier de Juffair après la riposte iranienne.
Koweït
Le Koweït abrite plusieurs installations militaires américaines. Camp Arifjan constitue le quartier général avancé de l'US Army Central (ARCENT) sous l'autorité du CENTCOM. La base aérienne Ali al-Salem accueille la 386e escadre expéditionnaire aérienne, désignée comme «le principal hub de transport aérien et la porte d'entrée pour la projection de puissance de combat vers les forces interarmées et de coalition dans la zone de responsabilité du CENTCOM».
Le Koweït dispose également de la plus grande installation logistique aérienne américaine de la région, située à l'aéroport international de Koweït City. Camp Buehring, établi lors de la guerre d'Irak en 2003, sert de base de transit pour les unités de l'armée américaine déployées en Irak et en Syrie.
Téhéran affirme que la base Ali al-Salem fait partie des cibles visées simultanément.
Une attaque iranienne à la roquette samedi a causé «des dégâts importants» à la piste d'une base aérienne koweïtienne hébergeant du personnel de l'armée de l'air italienne, a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, cité par l'agence de presse ANSA.
«La piste a subi des dégâts importants, mais aucun membre du personnel italien n'a été blessé», a déclaré M. Tajani aux journalistes, expliquant que les membres de l'armée de l'air italienne s'étaient réfugiés dans un bunker de la base.
Émirats arabes unis
La base aérienne d'Al-Dhafra, au sud d'Abou Dhabi, abrite la 380e escadre expéditionnaire aérienne américaine, qui comprend dix escadrons d'aéronefs, dont des drones MQ-9 Reaper. Partagée avec l'armée de l'air émiratie, elle héberge également des appareils de commandement et de contrôle aéroportés (AEW&C), des avions de renseignement et de reconnaissance, et des ravitailleurs.
Al-Dhafra abrite par ailleurs le Gulf Air Warfare Center, qui propose des formations spécifiques à la région pour environ 2 000 participants par an. Les ports de Jebel Ali à Dubaï et d'autres ports émiratis assurent également un soutien logistique aux navires de la marine américaine.
Selon l'agence Fars, Al-Dhafra aurait été visée dans la même vague de missiles.
Arabie saoudite
La base aérienne Prince Sultan accueille la 378e escadre expéditionnaire aérienne, qui soutient environ 2 200 soldats et aviateurs, ainsi que les capacités de défense antimissile Patriot et THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) de l'armée américaine dans la région.
Au total, plus de 2 300 militaires américains sont stationnés dans le royaume, la majorité sur cette base, où sont également déployées des rotations d'avions de combat et des appareils ravitailleurs.
Riyad n'a pas été mentionné parmi les cibles de Téhéran.
Irak
Les États-Unis maintiennent des troupes sur plusieurs installations irakiennes, dont les bases aériennes d'Al-Assad et d'Erbil. Jusqu'à 2 500 soldats et contractants militaires étaient déployés à Bagdad, dans la région autonome kurde du nord et dans le désert occidental, dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe État islamique.
Le dispositif comprend des hélicoptères AH-64E Apache, MH-47G Chinook, MH-60M Black Hawk et des drones de surveillance.
La base d'Al-Assad avait déjà été ciblée en janvier 2020 par des missiles iraniens, en représailles à l'assassinat du général Qassem Soleimani. Conformément à un accord conclu entre Washington et Bagdad, le retrait des forces américaines des bases situées hors de la région kurde est en cours, avec une échéance fixée à septembre.
Jordanie
La base aérienne Muwaffaq al-Salti, située à 100 kilomètres au nord-est d'Amman, accueille la 332e escadre expéditionnaire de l'US Air Forces Central, et héberge des F-35 depuis 2023. Le site dit «Tower 22», proche de la frontière irako-syrienne et à proximité d'Al-Tanf en Syrie, héberge environ 350 militaires américains.
Au total, 3 188 militaires américains étaient stationnés en Jordanie selon les données transmises par l'administration Biden au Congrès en décembre 2023. Tower 22 avait été la cible d'une attaque de drone en janvier 2024, qui avait coûté la vie à trois soldats américains.
Syrie
La présence américaine en Syrie s'articule autour de la base d'Al-Tanf, dans le sud du pays, et de plusieurs sites dans le nord-est. Mais ces troupes sont en train d'être retirées du pays, et ce retrait devrait être bouclé d'ici un mois, ont récemment indiqué à l'AFP plusieurs sources.
Égypte et Yémen
La présence américaine en Égypte se limite au soutien à la Force multinationale et aux observateurs (MFO), chargée de superviser le traité de paix égypto-israélien, ainsi qu'à des exercices périodiques avec l'armée égyptienne, notamment sur la base du Caire-Ouest. Au Yémen, un «petit nombre» de militaires américains sont déployés pour conduire des opérations contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique et contre l'État islamique.
Au total, selon les données du CRS, les États-Unis disposent de huit bases permanentes et de onze sites d'accès dans la région du Moyen-Orient, répartis sur une dizaine de pays et placés sous l'autorité d'un CENTCOM dont la première mission déclarée est précisément la dissuasion de l'Iran.




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