L’Iran optera-t-il pour la fermeture du détroit d’Ormuz ?
©NASA Earth Observatory / AFP

Les États-Unis et Israël ont lancé samedi une attaque contre l’Iran. Face à cette offensive, Téhéran dispose d’une option redoutable : fermer le détroit d’Ormuz ou en entraver le passage.

La fermeture du détroit d’Ormuz reste un outil de riposte redoutable mais à double tranchant. Elle pourrait infliger un choc stratégique aux adversaires de l’Iran, tout en affectant gravement l’économie iranienne et ses partenaires. Dans ce contexte, une perturbation partielle ou ciblée semble plus probable qu’un blocage total, permettant à Téhéran de montrer ses muscles sans se tirer une balle dans le pied économique.

Des signes de préparation

Le rythme de chargement du pétrole iranien sur les pétroliers s’est accéléré ces derniers jours, suggérant des préparatifs face à une attaque américaine. Entre le 15 et le 20 février, 20,1 millions de barils ont été exportés depuis l’île de Kharg, soit près de trois fois le volume de la même période en janvier. Le coût du transport maritime a atteint son plus haut niveau en six ans, renforçant la pression sur les marchés avant toute escalade.

Ormuz : flambée des prix du pétrole   

Situé à l’entrée du golfe Arabe, le détroit est une artère vitale pour le transport d’environ un quart du pétrole maritime mondial. Bloquer ou perturber ce passage pourrait provoquer une flambée des prix du pétrole et déstabiliser l’économie mondiale. Selon plusieurs experts, même une fermeture d’une seule journée pourrait faire grimper le baril entre 120 et 150 dollars, contre un prix moyen de 66 dollars début février 2026.

En 2025, les pétroliers ont transporté en moyenne 16,7 millions de barils par jour à travers le détroit, provenant de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Koweït, des Émirats arabes unis et de l’Iran, dont la majorité était destinée à l’Asie. Le détroit est également stratégique pour le gaz naturel liquéfié : près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial transite par ce détroit, principalement depuis le Qatar.

Les moyens de riposte de l’Iran

Le détroit d’Ormuz, long de 161 kilomètres et large de seulement 34 kilomètres à son point le plus étroit, est particulièrement vulnérable. Les voies de navigation, limitées à trois kilomètres dans chaque sens, permettent à l’Iran de perturber le trafic même sans déployer sa flotte de guerre.

Plusieurs options s’offrent à Téhéran :

- Harcèlement naval : petites vedettes rapides pour ralentir ou intimider les navires commerciaux.

- Attaques ciblées : missiles ou drones pour rendre la traversée du détroit extrêmement risquée.

- Mines marines : efficaces mais risquées pour les propres navires iraniens.

- Brouillage GPS : tactique utilisée lors du conflit irano-israélien en juin dernier, affectant des milliers de navires.

Avantages et risques pour l’Iran

La fermeture du détroit constitue un levier stratégique majeur pour l’Iran. Celui-ci peut exercer une pression politique et économique sur les États-Unis, Israël et leurs alliés. Il peut envoyer un signal fort dans la région et sur les marchés mondiaux. Mais les risques restent considérables :

- L’Iran exporte lui-même 3,4 millions de barils par jour ; un blocage perturberait ses ventes.

- La Chine, qui dépend à 40 % des importations transitant par Ormuz, serait fortement pénalisée.

- Les perturbations prolongées pourraient déclencher des sanctions supplémentaires ou une intervention militaire internationale.

Les alternatives régionales

Pour certains pays du Golfe, il existe des solutions pour contourner Ormuz : 

- Arabie saoudite : oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge, capacité de 5 millions de barils/jour.

- Émirats arabes unis : oléoduc vers le golfe d’Oman, 1,5 million de barils/jour.

- Irak : oléoduc vers la Méditerranée (uniquement pour le Kurdistan).

- Koweït, Qatar, Bahreïn : totalement dépendants du détroit.

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