Trump se déjuge et mise sur un changement de régime en Iran
Après la mort de Khamenei, Trump voit dans le peuple iranien «sa plus grande chance» de «reprendre» le contrôle du pays. ©Mandel Ngan / AFP

En lançant samedi une campagne militaire majeure aux côtés d'Israël contre l'Iran, qui a selon lui tué le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, le président américain a appelé les Iraniens au soulèvement, quitte à se départir de ses positions passées.

«Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir», a-t-il affirmé dans son message vidéo pour annoncer les frappes américaines, avant de dire ensuite, en annonçant la mort de Khamenei, que le peuple iranien tenait là sa «plus grande chance» de «reprendre» le contrôle du pays.

Depuis les manifestations de janvier réprimées dans le sang en Iran, le dirigeant républicain n'a cessé de dénoncer la mort de civils, citant le plus souvent le chiffre de 32.000 manifestants tués.

Pendant la contestation, il avait lancé aux Iraniens que «l'aide était en route» et déployé une armada massive au Moyen-Orient, le plus important dispositif américain dans cette région depuis l'invasion de l'Irak en 2003.

De façon visiblement coordonnée, le fils du dernier chah d'Iran, Reza Pahlavi, qui vit en exil dans la région de Washington, s'est dit confiant dans «la victoire finale» contre la République islamique, appelant ses compatriotes à descendre dans la rue «au moment opportun».

Une fois la mort de Khamenei annoncée, il est allé plus loin, affirmant sur X que la théocratie iranienne avait «pris fin» et serait «bientôt renvoyée dans les poubelles de l'Histoire».

«Stratégie» 

Jusqu'à samedi, le président américain avait soufflé le chaud et le froid sur ses intentions, disant préférer la voie diplomatique mais envisager des frappes «limitées» à défaut d'un accord sur le nucléaire iranien.

Mais il a visiblement changé de registre.

«Alors que cette guerre n'en est qu'à ses débuts, je pense que l'objectif ultime des États-Unis et d'Israël est sans aucun doute de voir le régime tomber. C'est leur stratégie», confie à l'AFP Alex Vatanka, de l'Institut du Moyen-Orient à Washington.

Le pouvoir clérical «est extrêmement impopulaire en Iran», ajoute l'expert, alors «si vous êtes assis à la Maison Blanche, vous pensez que c'est le moment pour vous d'entrer dans l'Histoire».

Dans un discours marquant en mai en Arabie saoudite, le dirigeant républicain s'était pourtant inscrit en rupture avec l'interventionnisme passé des États-Unis, tout en affichant sa volonté de mettre fin aux conflits.

Il avait dit que les États-Unis se garderaient désormais de dire à d'autres nations «comment vivre ou gouverner».

Les «interventionnistes se sont immiscés dans des sociétés complexes qu'ils ne comprenaient même pas eux-mêmes», avait-il relevé.

M. Trump s'est d'ailleurs toujours dit opposé au fait d'imposer un changement de régime de l'extérieur, comme en Irak en 2003.

«Trahison» 

Depuis lors, le président «faiseur de paix», comme il aime à se vanter, a ordonné des frappes contre des embarcations transportant selon Washington de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro dans une opération spectaculaire le 3 janvier et, déjà, ordonné des frappes en juin contre l'Iran qui ont selon lui «anéanti» le programme nucléaire de Téhéran, le tout sans consulter le Congrès.

D'aucuns s'interrogent cependant sur ce qui se passerait en Iran si le régime devait tomber, alors qu'au Venezuela le président américain joue la carte du pouvoir en place au détriment de l'opposition.

Fin janvier, lors d'une audition parlementaire, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, concédait que personne ne savait «ce qui se passerait en Iran si le guide suprême et le régime venaient à tomber, si ce n'est l'espoir qu'il y ait quelqu'un, au sein de leur système, avec qui vous pourriez travailler».

L'opposition démocrate fait valoir elle que les objectifs fixés par le président Trump – mettre fin au programme nucléaire de l'Iran, démanteler son arsenal de missiles, écraser son réseau d'affidés et changer le régime – ne correspondaient pas à une opération limitée.

«Ce sont les objectifs d'une guerre prolongée», a déclaré l'élu Gregory Meeks, ironisant sur le bilan «pas très heureux» des États-Unis en matière de changement de régime.

L'ex-élue républicaine Marjorie Taylor Greene, ancienne fidèle de Donald Trump, a parlé de «trahison» du président américain envers sa base, qui avait voté selon elle pour mettre fin aux interventions à l'étranger.

Par Léon BRUNEAU avec Anne LEBRETON AFP

 

 

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