L'Iran mène depuis samedi des frappes sur la plupart des monarchies du Golfe, faisant au moins deux morts aux Émirats arabes unis, en riposte à une attaque des États-Unis et d'Israël qui fait craindre un embrasement de la région.
Des responsables iraniens avaient multiplié ces dernières semaines les menaces de frapper des infrastructures américaines installées chez leurs alliés du Golfe en cas d'attaque de Washington.
Dimanche matin, des journalistes de l'AFP ont été témoins de nouvelles explosions à Doha au Qatar, à Dubaï aux Émirats arabes unis, ainsi qu'à Manama, la capitale du Bahreïn.
Seul Oman, médiateur dans les négociations reprises début février entre l'Iran et les États-Unis, n'a pas été visé.
Deux morts aux Émirats
Au moins une personne a été tuée et sept autres blessées dans un «incident» à l'aéroport d'Abou Dhabi, a annoncé ce dernier. À Abou Dhabi également, un civil a été tué par des débris de missiles, a affirmé le ministère émirati de la Défense, selon qui son pays a été soumis «à une attaque manifeste de missiles balistiques iraniens». Les défenses aériennes des Émirats ont réussi «à intercepter un certain nombre de ces missiles».
À Dubaï, quatre personnes ont été blessées dans un incendie, ont annoncé les autorités locales après que deux témoins ont indiqué à l'AFP avoir entendu une explosion et vu une colonne de fumée s'élever de l'emblématique île artificielle The Palm. Un «léger incendie» a par ailleurs été provoqué par les débris d'un drone intercepté, à l'hôtel de luxe Burj Al Arab, selon le Bureau des médias de Dubaï. Un feu s'est aussi déclaré dans le port à la suite d'une attaque de missiles iranienne sans faire de blessé, a annoncé l'émirat.
Deux personnes ont dit avoir vu de la fumée s'élever de la base d'Al Dhafra, dans la capitale émiratie, qui accueille des troupes américaines, dont la 380e escadre expéditionnaire de l'US Air Force. Selon un autre témoin, les entreprises opérant dans la zone ont demandé à leurs employés de partir.
Les Émirats ont été visés par 137 missiles et 209 drones tirés par l'Iran, majoritairement détruits ou interceptés, a annoncé dans la nuit de samedi à dimanche le ministère de la Défense. Le pays a affirmé se réserver le droit de répondre à ces attaques, dénonçant «une escalade dangereuse».
Douze blessés au Koweït
Le Koweït, qui a fermé son espace aérien, a indiqué que 12 personnes avaient été blessées à la suite de frappes, sans détailler ce bilan.
L'armée a, elle, fait état de trois militaires blessés dans une attaque de missiles visant la base aérienne d'Ali Al-Salem, accueillant du personnel américain et d'autres étrangers, notamment italiens.
Selon le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, un missile iranien a causé des «dégâts importants» sur la piste de la base, «mais aucun membre du personnel italien n'a été blessé».
Un drone a aussi frappé l'aéroport international du Koweït, selon l'Autorité de l'aviation civile, blessant légèrement des employés et provoquant «des dégâts matériels limités au terminal passagers».
Le Qatar dénonce «une violation flagrante» de sa souveraineté
Huit personnes ont été blessées dans des attaques iraniennes menées samedi à l'aide de 44 missiles et huit drones contre le Qatar, a annoncé un diplomate à l'AFP sous le couvert de l'anonymat. Un système radar à longue portée a été endommagé sur la base militaire américaine d'Al-Udeid, la plus grande installation militaire américaine de la région, d'après la même source.
L'émir du riche émirat gazier, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a appelé à contenir une «dangereuse escalade» au Moyen-Orient, lors d'un appel avec le président américain Donald Trump.
Le Qatar considère l'opération iranienne comme «une violation flagrante de sa souveraineté nationale» et se «réserve le droit total de répondre à cette attaque», a annoncé son ministère des Affaires étrangères.
La base aérienne d'Al-Udeid accueille les composantes avancées du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), ainsi que ses forces aériennes et d'opérations spéciales dans la région.
L'Iran avait tiré des missiles sur Al-Udeid en juin à la suite des frappes américaines visant ses installations nucléaires.
L'Arabie saoudite condamne «l'agression iranienne»
L'Arabie saoudite, poids lourd régional, a affirmé avoir repoussé des frappes iraniennes contre sa capitale Riyad et sa province orientale.
Le pays a exprimé «sa plus vive condamnation des attaques iraniennes» contre son territoire et plus largement de «l'agression iranienne» dans la région.
Le royaume a affirmé «qu'il prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre sa sécurité et protéger son territoire, ses citoyens et ses résidents, y compris l'option de répondre à cette agression».
Son dirigeant de facto, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a eu des entretiens téléphoniques avec les dirigeants émirati, bahreïni, qatari, du Koweït et de la Jordanie, a indiqué la diplomatie saoudienne.
Il les a assurés de «la pleine solidarité du Royaume et son soutien» et de la disponibilité de son pays «à mettre toutes ses capacités à leur disposition».
Quatre blessés au Bahreïn
L'agence officielle Bahrain News Agency a indiqué sur X que 45 missiles et neuf drones iraniens avaient été abattus, citant l'armée. Quatre personnes ont été blessées, selon l'agence, qui cite les hôpitaux publics.
Le Bahreïn a déclaré avoir évacué un quartier de sa capitale Manama abritant le siège de la Cinquième flotte américaine, visé plus tôt par des missiles iraniens, et l'ambassade des États-Unis a annoncé sa fermeture dimanche, «compte tenu des frappes de missiles en cours» contre le petit État.
Trois bâtiments résidentiels de la capitale et de ses alentours ont été endommagés par des frappes de drones et des débris de missiles, d'après le ministère de l'Intérieur.
L'aéroport international du Bahreïn a été visé par un drone, ce qui a entraîné des dégâts matériels, mais n'a fait aucun mort, selon le ministère.
Les autorités ont aussi annoncé que les écoles et universités passeraient, jusqu'à nouvel ordre, à l'enseignement à distance.
AFP



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