Le détroit d’Ormuz, principal couloir maritime pour le transport mondial du pétrole, a été fermé jusqu’à nouvel ordre par une décision des Gardiens de la révolution iraniens, tandis que Téhéran a menacé d’ouvrir le feu sur tout navire tentant de le franchir. Face à l’élargissement du conflit au Moyen-Orient, les prix du pétrole ont accentué leur progression, bondissant de plus de 8 % pour dépasser les 80 dollars le baril, sur fond de craintes d’interruption des approvisionnements depuis la région, alors que l’Iran continue de viser les infrastructures énergétiques locales.
Plusieurs experts et analystes des marchés pétroliers anticipent une nouvelle hausse du prix du baril, qui pourrait dépasser les 100 dollars si l’escalade se poursuit. Le cabinet Bernstein avait déjà relevé ses prévisions pour le Brent cette année à 80 dollars le baril contre 65 dollars auparavant, tout en estimant que les prix pourraient atteindre entre 120 et 150 dollars en cas de conflit prolongé.
Pour l’instant, l’administration américaine exclut de puiser dans ses réserves stratégiques de brut. Selon Reuters, des responsables américains ont indiqué que les marchés pétroliers mondiaux restent correctement approvisionnés, écartant ainsi la nécessité d’un recours immédiat aux stocks d’urgence.
Ces réserves, concentrées sur les côtes de Louisiane et du Texas, constituent le plus important stock pétrolier d’urgence au monde, avec plus de 415 millions de barils de pétrole brut actuellement disponibles. Par ailleurs, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a annoncé que les États-Unis envisagent des mesures pour contenir la hausse des prix de l’énergie provoquée par la flambée des cours du pétrole provoquée par le conflit avec l’Iran.
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran au nord et Oman et les Émirats au sud, demeure le passage maritime stratégique par excellence du commerce mondial de l’énergie. Large de 50 kilomètres à ses deux extrémités, il se resserre à 33 kilomètres en son point le plus étroit. Sa profondeur permet le passage des plus grands pétroliers, desservant l’ensemble des principaux producteurs.
Selon les données de l’Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA), près de 20 millions de barils de pétrole en provenance d’Iran, d’Irak, du Koweït, du Qatar, d’Arabie saoudite et des Émirats ont transité quotidiennement par le détroit d’Ormuz en 2025, pour une valeur annuelle d’environ 600 milliards de dollars. Environ 3 000 navires marchands y circulent chaque mois. La montée des risques, conjuguée à la hausse des cours, a entraîné une flambée des primes d’assurance et des coûts de transport, qui atteignent des niveaux record.
Des informations font également état d’environ 150 pétroliers immobilisés à la suite des attaques ayant visé trois navires à proximité du détroit le week-end dernier, ainsi que de la décision iranienne de le fermer.
L’expert international en énergie, Roudi Baroudi, affirme qu’aucun État n’a le droit de fermer le détroit d’Ormuz. Selon lui, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 est explicite à ce sujet, en particulier l’article 44, qui garantit explicitement le «droit de passage libre» à tous les navires étrangers.
Il précise que le chenal de transit mesure environ deux milles nautiques de large, soit près de trois kilomètres, et qu’il est destiné au passage de tous types de bâtiments, qu’il s’agisse de pétroliers, de navires commerciaux ou de cargos transportant des denrées alimentaires. Ces navires bénéficient du droit de franchir le détroit sans entrave, inspection ou toute restriction abusive.
M. Baroudi rappelle qu’Oman a ratifié la Convention sur le droit de la mer et s’y conforme, et qu’un accord de délimitation maritime lie le sultanat à l’Iran depuis 1974, accord qui ne saurait être violé. L’Iran et les Émirats arabes unis ont également signé la Convention, bien que toutes ses dispositions ne soient pas pleinement appliquées à ce jour.
La fermeture du détroit ne provoquerait pas seulement une flambée des prix du pétrole et du gaz; elle aurait un impact direct sur le coût de la vie à l’échelle mondiale, avec des conséquences potentiellement désastreuses non seulement pour les pays du Golfe, mais pour l’économie mondiale dans son ensemble. Selon M. Baroudi, un baril à 100 dollars n’a rien d’improbable si l’escalade se prolonge.
Il insiste sur la dimension stratégique du détroit d’Ormuz, qui dessert l’ensemble des États du Golfe, représentant près de 200 millions d’habitants. Malgré l’existence de frontières maritimes entre l’Iran, les Émirats arabes unis et Oman, plusieurs accords de délimitation ont été signés, notamment en 1974 et en 2016. Par ailleurs, deux petites îles appartenant aux Émirats arabes unis demeurent sous contrôle iranien.
Il rappelle enfin que l’article 44 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer consacre le principe du passage inoffensif et interdit toute entrave à la navigation dans les détroits servant au trafic international. Selon les données actuelles des routes maritimes internationales issues du système Navionics, la majorité des navires entrant dans le détroit d’Ormuz naviguent principalement dans les eaux territoriales omanaises.
Quelles alternatives au détroit?
La menace persistante de la fermeture du détroit d’Ormuz a poussé les pays du Golfe à développer des voies alternatives au cours des dernières années. L’Arabie saoudite dispose ainsi d’un oléoduc de 1 200 kilomètres capable d’acheminer jusqu’à 5 millions de barils par jour depuis l’est du royaume vers la mer Rouge ; un gazoduc a également été temporairement converti pour le transport de pétrole. Les Émirats arabes unis, pour leur part, relient leurs champs pétrolifères au port de Fujaïrah, sur la mer d’Oman, grâce à un oléoduc d’une capacité d’au moins 1,5 million de barils par jour. Toutefois, malgré ces solutions de rechange, les estimations font état d’un risque de contraction de l’offre mondiale compris entre 8 et 10 millions de barils par jour en cas de blocage prolongé.




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