La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a vu son périmètre s’élargir considérablement, allant désormais de Chypre au large du Sri Lanka en passant par la Turquie et l’Azerbaïdjan, interrogeant le positionnement de nombreux pays qui ne souhaitent pas être entraînés.
Le développement le plus spectaculaire a eu lieu mercredi avec l’attaque d’une frégate iranienne par un sous-marin américain au large du Sri Lanka, tuant des dizaines de marins iraniens dans ce qui est une première pour les Etats-Unis depuis 1945.
L’attaque a eu lieu tout près de l’Inde, géant d’Asie dont la posture diplomatique est parfois qualifiée de «multi-alignement», consistant à entretenir des relations avec de nombreux pays, y compris ceux qui sont en guerre entre eux. La frégate iranienne revenait ainsi d’une série d’exercices avec la marine de l’Inde, pays proche de Washington et d’Israël.
Quelques heures après, c’est la Turquie, pays membre de l’OTAN, qui annonçait que des systèmes de défense aérienne de l’Alliance atlantique avait abattu un missile balistique en provenance d’Iran qui faisait route vers son territoire.
Il n’est pas certain que la Turquie ait été délibérément ciblée, mais le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré à son homologue iranien que «toute mesure susceptible d’entraîner une escalade du conflit devait être évitée».
Le secrétaire à la Défense américain a écarté l’idée que cet incident puisse déclencher une riposte de l’OTAN.
Jeudi, c’est la région de Nakhitchevan en Azerbaïdjan qui a été touchée par deux drones iraniens, dont l’un sur un aéroport.
Bakou a promis que cette attaque ne resterait pas «sans réponse», alors que Téhéran a démenti être responsable.
Ces élargissements sont les derniers de la croissance rapide de la zone de conflit depuis samedi: outre le Golfe ciblé par l’Iran, Chypre, pays de l’UE, a vu des drones viser une base britannique sur son sol et le Liban a été entraîné dans la guerre par des attaques du Hezbollah, allié de l’Iran contre Israël, qui a répliqué avec une incursion terrestre.
Escalade horizontale
L’action du Hezbollah en coordination avec l’Iran «laisse supposer une volonté d’étendre le champ de bataille et d’accroître la pression sur Israël», estime le centre de recherche américain Soufan Center.
Ce phénomène est parfois appelé «escalade horizontale» par les spécialistes: la guerre s’étend soit par l’ouverture de nouveaux théâtres, soit par celle de nouveaux types d’action, comme par exemple le blocage du détroit d’Ormuz.
L’escalade est dite verticale quand le conflit se durcit par l’engagement de nouveaux moyens.
La plupart des extensions géographiques de la zone de conflit ont été décidées par l’Iran.
«C’est curieux que l’Iran frappe urbi et orbi, ciblant de potentiels alliés ou de potentiels pays neutres. Peut-être que le calcul est d’adopter une stratégie indirecte pour paralyser l’économie mondiale et élever le coût de la guerre pour les États-Unis », s’interroge une source militaire européenne.
Mais cette stratégie risque d’amener de nouveaux belligérants.
Plusieurs pays de l’UE (Royaume-Uni, Grèce, France, Espagne) ont dépêché des moyens militaires pour soutenir Chypre.
«Mécanismes d’alliances»
La France, dont une base militaire aux Émirats arabes unis a aussi été attaquée, est «entraînée de fait car ses intérêts sont touchés», selon une source de l’entourage d’Emmanuel Macron, qui a annoncé mardi envoyer le navire amiral français, le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée, évoquant «une guerre en train de s’étendre».
C’est le risque que tous veulent éviter: être entraînés dans la guerre.
«Il peut y avoir des mécanismes d’alliances qui font entrer de nouveaux pays dans la guerre par ricochet et rebond», selon la source militaire européenne, «un peu comme lors de la Première Guerre mondiale».
C’est pour éviter cette escalade horizontale que la France martèle que sa démarche est «strictement défensive». Elle est liée par des accords de défense avec plusieurs pays du Golfe, qui peuvent être activés à différents degrés, laissant dans le flou jusqu’où peut aller Paris pour les honorer.
Parmi les possibilités d’extension géographique reste le Yémen, dont les rebelles Houthis ont ciblé Israël pendant la guerre à Gaza et pourraient tenter d’entraver la navigation dans le détroit de Bab-el-Mandeb ou attaquer d’autres pays.
«Il n’y a pas d’extension dans le secteur pour l’instant, c’est à surveiller», estime la source militaire européenne.
«Les prochains jours indiqueront si les Houthis resteront fidèles à leur idéologie ou se replieront sur eux-mêmes», estime Ibrahim Jalal du Stimson Center.
Par Fabien ZAMORA/AFP



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