Iran: Mojtaba Khamenei succède à son père
Mojtaba Khamenei figure parmi les prétendants à la succession de son père, Ali Khamenei, à la tête de l’Iran après sa mort dans des frappes américano-israéliennes. ©Ici Beyrouth

L’Assemblée des experts en Iran a annoncé dimanche l’élection de Mojtaba Khamenei comme troisième guide suprême de la République islamique. Il succède ainsi à son père Ali Khamenei, assassiné lors de frappes américano-israéliennes le 28 février 2026.

Mojtaba Khamenei est considéré comme l’une des figures les plus mystérieuses du pouvoir iranien. Contrairement à son père, il a longtemps maintenu une présence très limitée dans la vie publique: il n’a occupé aucun poste gouvernemental, prononce rarement des discours publics et accorde très peu d’entretiens aux médias. Seules quelques photos et vidéos de lui ont été diffusées.

Un religieux issu d’une famille influente

Mojtaba Hosseini Khamenei est né le 8 septembre 1969 à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran. Il est le deuxième fils d’Ali Khamenei et l’un de ses six enfants.

Il a grandi dans un environnement à la fois religieux et politique après la révolution islamique de 1979. Sa famille est bien connue dans les cercles religieux iraniens: son frère est le religieux Mostafa Khamenei et l’un de ses proches est le religieux Hadi Khamenei. Il est également lié à des figures conservatrices influentes: il est marié à Zahra Haddad, fille du responsable conservateur Gholam-Ali Haddad-Adel, ancien président du Parlement iranien.

Il a effectué ses études secondaires dans une école religieuse à Téhéran. En 1999, il s’est installé à Qom, l’un des principaux centres d’études chiites du monde, pour poursuivre ses études religieuses au séminaire. Il n’a revêtu l’habit religieux qu’à cette période, à l’âge d’environ 30 ans, ce qui est considéré comme relativement tardif par rapport au parcours habituel des étudiants en théologie.

Il y a étudié le droit islamique et d’autres sciences religieuses, mais ne s’est pas imposé comme une grande autorité religieuse. Il est généralement considéré comme un religieux de rang intermédiaire, ce qui pourrait constituer un obstacle à son accession au poste de guide suprême.

Un représentant de la «génération de la guerre»

Mojtaba Khamenei appartient à la génération qui a grandi durant les premières années de la République islamique, marquées par la guerre Iran-Irak (1980-1988), un conflit qui a profondément façonné les élites politiques et sécuritaires iraniennes.

À l’âge de 17 ans, il aurait participé brièvement au service militaire durant cette guerre, selon des médias iraniens. Plusieurs sources indiquent qu’il aurait combattu dans les rangs des forces de mobilisation populaire Basij, une organisation paramilitaire liée aux Gardiens de la Révolution.

Cette expérience de guerre est souvent mentionnée dans les récits sur sa biographie comme un élément marquant de la génération révolutionnaire, qui nourrit une forte méfiance envers les États-Unis et l’Occident, accusés par Téhéran d’avoir soutenu l’Irak pendant le conflit.

Une figure discrète

Mojtaba Khamenei apparaît rarement dans les médias. Il ne donne pratiquement pas d’interviews et se montre peu lors d’événements politiques publics. Ses apparitions se limitent le plus souvent à des cérémonies religieuses ou à quelques activités officielles.

Son nom apparaît parfois dans des rapports évoquant ses activités à Qom, où il serait impliqué dans l’enseignement religieux avancé ou dans des initiatives liées à certaines causes régionales.

Cette discrétion a contribué à renforcer l’image d’un homme opérant en coulisses au sein du pouvoir iranien.

Des accusations d’ingérence politique

Le nom de Mojtaba Khamenei est apparu pour la première fois dans le débat public lors de l’élection présidentielle iranienne de 2005, remportée par Mahmoud Ahmadinejad.

Dans une lettre ouverte adressée à Ali Khamenei, le candidat réformateur Mehdi Karroubi l’avait accusé d’intervenir dans le processus électoral avec l’aide d’éléments des Gardiens de la Révolution et des Basij. Ces accusations n’ont jamais été officiellement confirmées par les autorités iraniennes.

En 2009, le journal britannique The Guardian le décrivait comme «une personnalité austère souvent perçue comme plus radicale que son père».

En 2019, le United States Department of the Treasury l’a inscrit sur une liste de sanctions visant des personnalités liées au bureau du guide suprême.

Un rôle au cœur du débat sur la succession

Dans les débats sur la succession au sommet du pouvoir iranien, certains observateurs estiment que Mojtaba Khamenei pourrait poursuivre la ligne dure associée au règne de son père.

D’autres considèrent que les pertes subies par sa famille lors des frappes américano-israéliennes pourraient le rendre moins enclin à répondre aux pressions occidentales.

Il devra néanmoins relever d’importants défis: garantir la stabilité du régime, convaincre l’opinion publique de sa capacité à diriger le pays et faire face aux crises politiques et économiques.

Par ailleurs, l’idée d’une succession familiale pourrait alimenter le mécontentement populaire dans un système qui affirme officiellement reposer sur un choix religieux et politique plutôt que dynastique.

Commentaires
  • Aucun commentaire