Les stocks stratégiques de pétrole, levier pour amortir les crises
Une photo prise le 17 février 2026 montre le navire Folegandros (C), un pétrolier battant pavillon des Îles Marshall, amarré dans le port de Bilbao, dans la ville basque espagnole de Zierbena. ©Ander Gillenea / AFP

De nombreux pays constituent des stocks stratégiques pour amortir les chocs pétroliers et économiques, notamment les membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), et pourraient y recourir si la guerre au Moyen-Orient venait à durer.

Le recours aux réserves stratégiques pétrolières est une «option envisagée», qui devrait être discutée lors d'une réunion des ministres des Finances du G7, a indiqué lundi une source au sein de l'exécutif français.

Pourquoi stocker du pétrole?

Le pétrole fait rouler les voitures, voguer les bateaux et voler les avions. Couvrant près du tiers des besoins d'énergie dans le monde, il est aussi une matière première de nombreux objets du quotidien, à base de plastique notamment.

Il est donc essentiel à l'économie, et joue aussi un rôle crucial en cas de conflit, rappelait fin janvier Yves Jégourel, co-directeur du cercle CyclOpe. Le professeur au Conservatoire national des arts et métiers en faisait, avec d'autres matières premières comme l'aluminium, une des «conditions de déroulement» d'une guerre.

Les Etats, surtout ceux qui ne produisent pas de pétrole, et certaines organisations internationales, s'efforcent de s'assurer une réserve de sécurité en cas de bouleversement géopolitique ou de rupture dans la chaîne d'approvisionnement.

Quel rôle pour l'AIE?

L'Agence internationale de l'énergie (AIE), créée en 1974 après le choc pétrolier, a pour rôle d'assurer la sécurité de l'approvisionnement en énergie.

Elle compte une trentaine de pays membres, dont l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande ou les États-Unis.

Chaque membre a «l'obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole», mobilisables en cas de crise.

Cela «peut inclure des stocks détenus exclusivement pour les situations d'urgence ainsi que des stocks détenus à des fins commerciales», que ce soit du pétrole brut ou des produits raffinés, précise l'AIE. Elle tolère aussi «des stocks conservés dans d'autres pays» via des accords bilatéraux.

L'objectif est d'«atténuer les impacts économiques négatifs» de pénuries ou de perturbations de l'approvisionnement.

Quels précédents?

L'AIE décide d'une action collective de cet ordre «après une évaluation de la perturbation et des conditions actuelles du marché».

C'est arrivé à cinq reprises: à l'approche de la Guerre du Golfe en 1991, après les ouragans Katrina et Rita en 2005, à l'occasion de la guerre civile libyenne en 2011, et deux fois après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022.

Vendredi, le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, se voulait rassurant: «il y a beaucoup de pétrole sur le marché» et «aucune action collective» n'est prévue, même si «toutes les options» sont envisagées.

Entretemps, le prix du brut a franchi les seuils des 100 puis 110 dollars le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain).

Quelle quantité aujourd'hui stockée?

Le marché mondial du pétrole est en surplus depuis le début de l'année 2025, rappelle l'AIE.

En 2025, les stocks mondiaux observés ont atteint plus de 8,2 milliards de barils, constituant un «important coussin de sécurité face à d'éventuelles perturbations», selon l'AIE. La planète consomme environ 100 millions de barils d'or noir chaque jour.

Quant aux membres de l'AIE, ils détiennent «plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d'urgence», ainsi qu'«environ 600 millions de barils supplémentaires de stocks détenus par l'industrie sous obligation gouvernementale».

En France, le gouvernement a martelé qu'il n'y avait pas de risque de pénurie à ce stade. Le pays détient au total l'équivalent de 118 jours d'importations nettes, selon Bercy.

Quid des pays non-membres?

En Asie, plus exposée aux importations de pétrole moyen-oriental, la situation peut être plus tendue.

Au Japon, le quotidien Nikkei a rapporté que les autorités ont demandé aux détenteurs de stocks, de l'ordre de 400 millions de barils en décembre (environ 254 jours de consommation domestique), de se préparer à les libérer. Le gouvernement a dit lundi qu'aucune décision n'avait été prise.

La Chine a, selon Bloomberg, demandé début mars à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence.

Enorme consommateur de pétrole, notamment en provenance du Moyen-Orient, la Chine a accumulé depuis plusieurs années des réserves significatives de brut, environ 1,2 milliard de barils, selon Kpler. Soit «environ 115 jours de ses importations de pétrole brut par voie maritime».

Autre grand consommateur, l'Inde a été autorisée pour un mois par les États-Unis à se fournir en pétrole russe, malgré les sanctions internationales.

AFP

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