Après les frappes, la question qui obsède Washington: où est l’uranium iranien?
Des personnes se tiennent à côté d'une maquette de missile et de centrifugeuses d'enrichissement nucléaire lors d'un rassemblement devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, alors que les Iraniens commémorent le 46e anniversaire du début de la crise des otages en Iran, le 4 novembre 2025. ©Atta Kenare 100326

Le paysage nucléaire iranien a connu des bouleversements radicaux lors des derniers mois. Entre les frappes aériennes massives de juin 2025 et la reprise des hostilités par la coalition américano-israélienne la semaine dernière, la question du stock d'uranium hautement enrichi est devenue le point névralgique du conflit.

Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et les récentes révélations diplomatiques, l'Iran dispose toujours d'une réserve de matière fissile suffisante pour basculer dans la dimension de l'arme nucléaire.

Le bastion d'Ispahan et l'intégrité des stocks

Malgré les déclarations de l'administration Trump en juin 2025 affirmant que le programme nucléaire iranien avait été «oblitéré», les faits sur le terrain dépeignent une réalité plus complexe. Selon Rafael Grossi, directeur de l'AIEA, cité par Reuters lundi, près de la moitié de l'uranium iranien enrichi à 60 % est actuellement stockée dans un complexe de tunnels à Ispahan. Ce site est d'autant plus stratégique qu'il semble être la seule installation majeure à avoir survécu aux bombardements de l'été dernier sans subir de dommages structurels invalidants.

Les estimations de l'agence onusienne sont précises: avant les attaques de juin, l'Iran possédait 440,9 kg d'uranium enrichi à 60%. Lors d'une conférence de presse à Paris, Rafael Grossi a précisé qu'une quantité «un peu supérieure à 200 kg» se trouverait toujours à Ispahan. Le reste du stock, initialement réparti sur d'autres sites comme Natanz, pourrait avoir été en partie détruit, bien que l'AIEA soupçonne qu'une fraction non négligeable demeure intacte dans les débris des installations de Natanz.

Capacités militaires: de 60% au seuil des 90%

L'inquiétude de la communauté internationale repose sur la proximité technique entre le niveau d'enrichissement actuel de l'Iran et la «qualité militaire» requise pour une bombe. Actuellement, l'uranium iranien est enrichi à environ 60%, alors que le seuil nécessaire pour une arme nucléaire se situe autour de 90% (Anadolu, 10 mars 2026).

En termes de puissance de feu, le calcul de l'AIEA est sans appel. Si la totalité des 440,9 kg d'uranium à 60% identifiés avant la guerre était enrichie à 90%, l'Iran disposerait de la matière explosive nécessaire pour fabriquer 10 ogives nucléaires. Le stock résiduel d'Ispahan (environ 200 kg) permettrait à lui seul la production de plusieurs bombes si le processus d'enrichissement était mené à son terme. L'AIEA précise toutefois qu'elle n'a aucune indication crédible de l'existence d'un programme de militarisation coordonné, bien que les sites de production de Natanz et Fordow aient été lourdement endommagés en juin.

L'option terrestre: le dilemme stratégique de Washington

Face à l'impossibilité de détruire ces stocks par de simples frappes aériennes – les tunnels d'Ispahan étant dépourvus de conduits de ventilation vulnérables – la Maison Blanche envisage désormais une opération au sol inédite. Des sources militaires citées par CNN indiquent que le président Donald Trump réfléchit à une mission de saisie ou de sécurisation du stock d'uranium.

Une telle opération marquerait une escalade majeure. Contrairement à un raid chirurgical, la récupération de tonnes de matériaux hautement radioactifs au cœur d'un territoire hostile nécessiterait un déploiement massif. Les experts militaires soulignent qu'au-delà des unités d'élite comme la Delta Force ou les SEAL Team 6, il faudrait le soutien de régiments entiers (82e Division aéroportée ou 75e Régiment Ranger) pour sécuriser le périmètre face à une armée iranienne qui garde le contrôle de la zone. Des mouvements d'avions de transport MC-130J à la base de RAF Mildenhall, au Royaume-Uni, suggèrent que les préparatifs logistiques pour une infiltration de commandos sont déjà en cours.

Un programme civil entre survie et expansion

Parallèlement à ces tensions militaires, l'infrastructure civile de l'Iran tente de se maintenir. Selon la World Nuclear Association, le réacteur de Bushehr 1 reste opérationnel, produisant environ 6 TWh par an, ce qui permet à l'Iran d'économiser l'équivalent de 11 millions de barils de pétrole pour l'exportation. Téhéran a même affiché ses ambitions à long terme en signant, en septembre 2025, un contrat de 25 milliards de dollars avec la Russie pour la construction de quatre nouveaux réacteurs sur le site de Hormoz.

Cependant, la rupture définitive du Plan d'action global commun (JCPOA) en octobre 2025 a levé toutes les restrictions sur l'enrichissement. L'Iran justifie ses activités par des besoins énergétiques croissants (+4 % par an), mais le maintien de stocks de 60 % à proximité de zones de combat rend la distinction entre civil et militaire de plus en plus ténue. Sans un effondrement du régime ou une percée diplomatique, le stock d'uranium d'Ispahan demeure la «boîte noire» d'un conflit dont l'issue pourrait redéfinir l'équilibre géopolitique mondial.

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