«La guerre nous poursuit»: récits de Libanais réfugiés à Chypre
Chypre un refuge proche désormais sous menaces. ©Shutterstock

Pour beaucoup de Libanais, l’exil à Chypre n’a jamais été un choix, mais une nécessité. Les guerres et les crises successives au Liban ont forcé des familles à fuir pour sauver leur vie et offrir un avenir à leurs enfants. Mais aujourd’hui, plusieurs d’entre eux constatent avec amertume que la guerre semble avoir franchi la mer Méditerranée.

On croyait être en sécurité

«Je suis une Libanaise, mère de famille et enseignante de langue arabe. L’année dernière, pendant la guerre, mon fils et moi avons fui le Liban pour rejoindre mon mari à Chypre. Nous pensions y être en sécurité, tout en restant proches de notre mère patrie», raconte cette mère de famille.

Mais les espoirs de stabilité se heurtent aujourd’hui à la réalité. L’université de son fils se trouve près d’une caserne récemment visée, et la peur est revenue. «C’est comme si la guerre et la peur nous poursuivaient», confie-t-elle à Ici Beyrouth.

Les souvenirs douloureux de la guerre qu’elle a vécue au Liban refont surface. Les parents hésitent à envoyer leurs enfants à l’école, et certains restent toute la journée à les attendre. La mère d’un de ces élèves confie: «J’ai fui le Liban pour ne pas avoir à expliquer à mes enfants ce qu’est la guerre. Et aujourd’hui, mes enfants me posent cette question».

La peur qui suit même loin du pays

Une jeune fille de dix-huit ans partage un sentiment similaire. Elle aussi a fui la guerre pour Chypre. «Avant, on s’inquiétait pour ma famille restée au Liban. Aujourd’hui, c’est ma famille qui s’inquiète pour moi», confie-t-elle.

Partie pour construire une nouvelle vie loin des drones et des missiles de la milice iranienne, elle pensait pouvoir exceller dans ses études et revenir un jour au Liban. Mais les menaces semblent la suivre dans son exil. Face à cette incertitude, elle envisage de se déplacer vers un autre pays, tout en sachant que plus elle s’éloigne, moins les chances de revenir vivre un jour au Liban sont grandes.

Reconstruire la vie, mais toujours avec la peur

Une autre mère de famille réfugiée à Chypre décrit elle aussi le poids de cette peur persistante: «Nous avons quitté notre pays à cause de la guerre et surtout à cause de l’explosion de Beyrouth pour reconstruire notre vie ici. Nous avons tout recommencé avec beaucoup de sacrifices dans un seul but: offrir à nos enfants un avenir sûr».

Mais l’incertitude revient, ravivant les traumatismes passés. «Nous ne voulons pas que nos enfants grandissent avec la même peur et les mêmes blessures que celles que nous avons connues. Nous avons déjà vécu trop de guerres, nous voulons simplement vivre en sécurité et espérer qu’un jour nous pourrons retourner au Liban, par amour pour notre pays, pour le visiter et non pas pour fuir un danger».

Une génération marquée par l’exil et la peur

Ces témoignages reflètent une inquiétude qui dépasse les générations. Pour les Libanais réfugiés, la guerre n’est plus seulement un souvenir: elle devient une réalité persistante qui hante même ceux qui ont traversé la Méditerranée pour s’éloigner du conflit. Et pour beaucoup, l’exil semble n’offrir ni refuge complet, ni certitude d’un retour au pays natal.

Dans ce contexte, Chypre devient à la fois un havre provisoire et un rappel cruel de la fragilité de la sécurité. Les familles libanaises réalisent que, malgré les efforts pour reconstruire une vie loin des violences, la peur peut les suivre partout, et que la guerre laisse des traces qui s’étendent bien au-delà des frontières du Liban.

 

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