Entre guerre et décisions gouvernementales… les Libanais affrontent la bataille du quotidien
Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, préside une session, le 9 mars 2026. ©FADEL ITANI / AFP

Le ministère de l’Économie se montre ferme: tout établissement pris en flagrant délit d’infraction aux règles de vente sera sanctionné, qu’il s’agisse de pratiques monopolistiques, de manipulation des prix ou de refus de vendre certaines marchandises. Les citoyens sont invités à signaler les abus via l’application officielle, afin de renforcer les contrôles et protéger les consommateurs contre toute exploitation.

Depuis plusieurs semaines, la pression économique s’intensifie. Les décisions financières adoptées par l’État se superposent aux développements sécuritaires, avec des répercussions directes sur les marchés et les prix des produits de base. Déjà fragilisé par une érosion constante de son pouvoir d’achat, le citoyen libanais se retrouve confronté à une nouvelle flambée des prix touchant les denrées alimentaires, les légumes, les fruits et les produits du quotidien.

Parmi les mesures récentes, l’augmentation du prix du bidon d’essence d’environ 300.000 livres libanaises et la hausse d’un point de la TVA ont marqué les esprits. Ces décisions ont mécaniquement alourdi les coûts de transport et d’exploitation, répercutés sur un large éventail de marchandises.

La situation s’est aggravée avec l’entrée du Liban dans une seconde guerre contre Israël, entraîné par le Hezbollah. Ce climat d’instabilité et d’inquiétude a nourri les tensions sur les marchés, où certains commerçants ont profité de l’atmosphère pour gonfler les prix, malgré la poursuite des importations et l’absence de rupture d’approvisionnement.

Au cours des dix derniers jours, les consommateurs ont constaté une hausse brutale des prix des produits alimentaires, des légumes et des fruits. Paradoxalement, les rayons restent fournis et aucune crise réelle d’approvisionnement n’a été signalée. Pour de nombreux observateurs, cette situation illustre une exploitation manifeste des difficultés nationales par certains acteurs du marché.

Dans ce contexte, faire ses courses est devenu pour les familles un fardeau quotidien. Les prix évoluent à une vitesse vertigineuse, le pouvoir d’achat s’effrite, et les ménages réduisent leurs achats, parfois au détriment de produits essentiels. Les appels à une intervention urgente de l’État se multiplient: réguler les marchés, mettre fin au désordre des prix et empêcher que la crise ne se transforme en opportunité de profit pour quelques-uns.

Ministère de l’Économie: pas de pénurie et des mesures pour encadrer le marché

Dans ce contexte économique tendu, le ministre de l’Économie et du Commerce, Amer Bsat, assure que les marchés restent sous surveillance quotidienne afin de garantir la disponibilité des produits de base et la stabilité des prix dans toutes les régions du Liban. Selon lui, les stocks actuels de denrées alimentaires, de blé et de carburants suffisent à couvrir plusieurs mois de consommation locale, écartant ainsi tout risque immédiat de pénurie.

Le ministère affirme travailler en étroite coordination avec les importateurs et les fournisseurs pour maintenir la continuité des flux de marchandises. Les acteurs du secteur sont encouragés à sécuriser des quantités supplémentaires à l’avance, afin de prévenir toute rupture éventuelle dans un contexte régional instable. Une collaboration est également engagée avec les compagnies de transport maritime pour accélérer l’arrivée des cargaisons via le port de Beyrouth et les passages terrestres, tandis que les procédures logistiques et administratives sont simplifiées pour garantir une distribution rapide et efficace.

Une attention particulière est portée aux produits stratégiques. Le dossier du blé fait l’objet d’un suivi quotidien pour assurer son acheminement vers les minoteries et garantir l’approvisionnement en farine des boulangeries. Quant au mazout, sa distribution privilégie les institutions essentielles: hôpitaux, boulangeries et centres de production.

Sur le plan des prix, Amer Bsat souligne que le ministère s’appuie sur un mécanisme électronique permettant de suivre presque en temps réel l’évolution des carburants et des produits de base. Ce système facilite l’identification des hausses injustifiées et permet une intervention rapide. Le Conseil national de la politique des prix renforce parallèlement les contrôles sur les marchés.

Sur le terrain, la direction de la protection du consommateur a intensifié ses inspections dans les supermarchés, les marchés et les entrepôts. Des procès-verbaux ont été dressés contre les contrevenants et plusieurs dossiers transmis à la justice. Le ministre réaffirme que le ministère n’hésitera pas à fermer tout établissement reconnu coupable de pratiques illégales, qu’il s’agisse de monopole, de manipulation des prix ou de refus de vente. Enfin, il appelle les citoyens à signaler toute infraction via l’application électronique du ministère, insistant sur le fait que cette démarche vise à renforcer les contrôles et à protéger les consommateurs contre toute exploitation des conditions économiques difficiles que traverse le pays.

Le cri de la population: assez de l’exploitation des crises

Malgré les annonces officielles et les mesures affichées par le ministère de l’Économie, la rue libanaise attend toujours des résultats tangibles. Entre la hausse du prix du carburant et des taxes d’un côté, et les répercussions de la guerre et des tensions sécuritaires de l’autre, les citoyens affirment ne plus pouvoir supporter une nouvelle flambée des prix.

Le message est désormais sans équivoque : les crises successives que traverse le Liban ne doivent pas se transformer en opportunité pour les « commerçants de crise » de réaliser des profits supplémentaires. Ce que réclame la population, c’est un contrôle réel et efficace des marchés, ainsi que la responsabilisation de tous ceux qui exploitent la situation au détriment du pouvoir d’achat et du quotidien des familles.

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