Avec son allié stratégique, le Courant patriotique libre (CPL), le Hezbollah cherche à raviver les craintes des Libanais face aux mouvements de troupes syriennes le long de la frontière orientale. La manœuvre est transparente: entretenir un climat d’inquiétude afin de justifier le maintien de son arsenal.
Le Hezbollah a tourné le dos à la Déclaration de Baabda, issue d’un dialogue national présidé à l’époque par le président Michel Sleiman. En s’engageant dans la guerre syrienne, la formation pro-iranienne a bafoué le principe de neutralité auquel le Liban s’était officiellement engagé. Elle a participé aux combats contre les opposants au régime d’Assad sur l’ensemble du territoire syrien, occupant les premières lignes et prenant un rôle actif dans les opérations militaires.
Cette implication a eu des conséquences considérables: destruction de régions entières, déplacements massifs de populations et pertes humaines importantes. Le Hezbollah n’a jamais dissimulé son engagement dans cette guerre. Son ancien secrétaire général, Hassan Nasrallah, avait même affirmé être prêt à se rendre personnellement en Syrie pour combattre si cela s’avérait nécessaire, preuve que le Hezbollah considérait sa participation à ce conflit comme une mission stratégique.
Au départ, le Hezbollah pensait mener une bataille sans risque, convaincu que l’opposition syrienne était incapable de renverser l’équilibre militaire. Ses calculs se sont révélés erronés: l’ordre établi autour du régime d’Assad a fini par vaciller, et le mouvement a été contraint de battre en retraite, redoutant la réaction d’une population syrienne profondément marquée par son intervention.
L’inquiétude qui traverse aujourd’hui le Hezbollah découle directement de ses propres choix. Le mouvement sait pertinemment que les Syriens ne lui pardonneront pas et qu’ils n’hésiteront pas, à la première occasion, à lui demander des comptes. S’imaginer le contraire relèverait d’une grave erreur d’appréciation. De la même manière que le Hezbollah affirme ne pas tolérer qu’Israël «porte atteinte» à ses intérêts, les Syriens ne peuvent accepter que le groupe agisse contre eux comme si de rien n’était.
L’intervention du Hezbollah en Syrie a en outre créé pour le Liban un problème nouveau et majeur, dont nul ne peut faire abstraction. Tant que le Hezbollah conserve son arsenal, les autorités syriennes demeurent préoccupées, redoutant que ses armes servent à déstabiliser leur sécurité intérieure ou fragiliser le pouvoir en place. Dès lors, la question du désarmement du Hezbollah ne relève plus seulement d’exigences libanaises, israéliennes, arabes ou internationales: elle est aussi devenue une priorité pour la Syrie, qui refuse toute menace à ses frontières.
Cette réalité a par ailleurs été instrumentalisée par le CPL pour influencer une partie de l’opinion chrétienne libanaise, en laissant entendre que l’intervention en Syrie protégeait la communauté des groupes extrémistes et fondamentalistes. Le parti continue d’entretenir cette rhétorique pour servir des calculs politiques étroitement liés à son chef, Gebran Bassil. Celui-ci cherche à renouer avec le Hezbollah et à retrouver sa faveur. À ses yeux, quoi de plus utile que de présenter l’arsenal de la formation pro-iranienne comme une nécessité stratégique — et comme la clé d’un rapprochement politique.




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