Le baril de pétrole repasse les 100 dollars malgré un déblocage massif des réserves stratégiques
Un camion-citerne passe devant le centre de distribution de carburant Mobil dans la banlieue de Melbourne, à Yarraville, le 12 mars 2026, alors que la demande et les prix de l'essence et du diesel montent en flèche en raison du conflit au Moyen-Orient. ©WILLIAM WEST / AFP

Le baril de pétrole a repassé jeudi la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché qui n'a pas suffi à rassurer sur les approvisionnements, perturbés par la guerre au Moyen-Orient.

Le baril de Brent, qui a connu une importante progression depuis le début du conflit le 28 février, grimpait de 9,3% à 100,50 dollars vers 03H00 GMT, tandis que celui du WTI, référence américaine sur le marché, atteignait 94,92 dollars en hausse de 8,8%.

«Les pays de l'AIE (l'Agence internationale de l'énergie, ndlr) vont mettre 400 millions de barils de pétrole (...) à la disposition du marché pour compenser la perte d'approvisionnement due à la fermeture effective du détroit» d'Ormuz, dans le Golfe, a annoncé le directeur exécutif de l'agence de l'énergie de l'OCDE, Fatih Birol.

Cette décision a été prise «à l'unanimité» mercredi par l'institution, dont sont membres 32 pays parmi lesquels ceux du G7 (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada) mais aussi l'Australie ou le Mexique.

Les Etats-Unis, gros consommateurs et producteurs d'or noir, vont apporter à eux seuls 172 millions de barils, soit 40% de leurs réserves.

Les barils américains arriveront progressivement sur le marché pendant environ trois mois.

L'engagement pris par l'AIE représente «environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d'Ormuz», a dit Emmanuel Macron à l'ouverture d'une visioconférence avec ses homologues du G7, présidé cette année par la France. Le président français a salué «un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux».

«Dans le même temps, nous allons engager avec plusieurs pays pour éviter toutes les mesures de restriction à l'export», a encore dit Emmanuel Macron, déplorant des «mesures qui ont un peu gêné le commerce mondial» ou «envoyé de mauvais signaux».

Il s'agissait du premier G7 au niveau des dirigeants sur ce conflit.

«Libre circulation»

La guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran a provoqué la fermeture de facto du détroit d'Ormuz, par lequel transite, en temps de paix, un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié.

Téhéran mène des représailles contre des cibles dans plusieurs pays de la région, visant en particulier des infrastructures pétrolières du Golfe.

Les cours du brut ont flambé ces derniers jours, atteignant jusqu'à près de 120 dollars le baril lundi et entraînant les prix des carburants à la pompe dans le monde entier. Après une accalmie mardi provoquée par des propos jugés rassurants de Donald Trump, ils sont repartis à la hausse, peu convaincus par la mobilisation des stocks stratégiques.

«Libérer les réserves stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix peut sembler être une solution rapide, mais l'histoire montre que ce n'est souvent qu'un soulagement temporaire», prévient John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement de Cité Gestion Private Bank.

«Le déblocage de barils provenant de stocks d'urgence est moins une solution qu'un geste symbolique (...) Dans le jargon des traders, la décision de l'AIE équivaut à diriger un tuyau d'arrosage vers l'incendie d'une raffinerie», juge aussi Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.

Sanctions sur Moscou maintenues

La militarisation du détroit d'Ormuz est au cœur des préoccupations au regard de son rôle crucial pour l'acheminement d'hydrocarbures.

Le président français a assuré qu'il n'avait «pas la confirmation» de la part du renseignement français ou allié de l'utilisation de mines navales par Téhéran.

Il a cependant assuré que le G7 avait acté «la nécessité de mettre en place un travail, qui prendra plusieurs semaines», de «coordination de plusieurs marines pour pouvoir escorter au moment voulu» des navires dans le détroit «et assurer la libre circulation».

Mais «les conditions aujourd'hui ne sont pas remplies», a-t-il prévenu.

Emmanuel Macron a également assuré que les dirigeants du G7 avaient «acté» que la situation tendue sur le front pétrolier «ne justifie en aucun cas de lever les sanctions qui existent à l'égard de la Russie» pour sa guerre en Ukraine.

Il y a eu un «consensus», a-t-il répondu au sujet de l'accord sur ce point de Donald Trump, qui avait semblé suggérer lundi qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole «afin de réduire les prix».

AFP

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