Les drones iraniens mettent en évidence la vulnérabilité des infrastructures
Les drones iraniens à longue portée, comme le modèle Shahed , ont mis en évidence les failles des systèmes de défense aérienne dans plusieurs régions du monde. ©Sergei Supinsky / AFP

Les pays européens devraient ouvrir le débat sur l'implication d'acteurs privés dans la protection des infrastructures essentielles, estime un chercheur spécialisé dans les technologies de défense, soulignant que les drones iraniens ont mis en évidence les lacunes des systèmes antiaériens.

Dans le nord de l'Europe, caractérisé par de vastes étendues, protéger les infrastructures indispensables comme les plateformes pétrolières ou les centres de données s'avère particulièrement difficile, explique dans un entretien à l'AFP Fabian Hoffman, spécialiste des technologies de défense à l'université d'Oslo.

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir frapper «les centres économiques et les banques» dans le Golfe, tandis que l'agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de «futures cibles» de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.

Jeudi, un drone est tombé près du quartier financier de Dubaï et vendredi un bâtiment de ce quartier a été touché par des débris provenant d'une attaque interceptée.

«Comment allons-nous défendre toutes les infrastructures essentielles contre une éventuelle attaque de drone à longue portée?», s'interroge M. Hoffman.

Il cite comme exemple l'importante infrastructure gazière et pétrolière de la Norvège en mer du Nord.

Une discussion s'impose pour les compagnies telles que le géant de l'énergie Equinor sur la question de savoir si elles devront «déployer une forme de système de défense contre les drones à longue portée».

«Parce que la marine norvégienne ne peut tout simplement pas être partout à la fois», argue-t-il.

Fabian Hoffmann relève que l'idée d'autoriser les aéroports d'abattre des drones a déjà été discutée après une vague d'incursions de ces engins qui avait provoqué la fermeture de plusieurs aéroports en Europe.

Selon lui, ce débat devrait être élargi à d'autres types d'infrastructures.

«Pas assez rapides» 

Dans le Golfe, la plupart des systèmes de défense aérienne actuellement déployés ont été conçus principalement pour contrer les missiles balistiques volant à haute altitude.

Mais les frappes de l'Iran reposent sur l'utilisation de drones à longue portée bon marché, à l'image du Shahed, qui vole à basse altitude et contre lequel les défenses aériennes de cette région sont mal adaptées.

Ces États «n'ignoraient pas complètement la menace, ce n'était pas le cas, mais ils n'ont tout simplement pas été assez rapides» pour se doter de systèmes capables de contrer les drones, explique le chercheur.

La plupart sont donc neutralisés par une «première barrière» constituée d'appareils pilotés: avions de chasse et hélicoptères.

Si la plupart sont interceptés, leur destruction entraîne un coût plus élevé que celui du drone, et certains parviennent à «passer entre les mailles du filet», développe M. Hoffman.

Et quand cela arrive, «le problème c'est que ces États, y compris les États-Unis, autour de leurs bases militaires, ne disposent souvent pas de systèmes de défense antimissile adaptés pour y faire face de manière adéquate».

La géographie de la région du Golfe complique encore plus les choses. L'Iran est proche de plusieurs pays et les cibles potentielles sont nombreuses, ce qui rend les vecteurs d'attaque imprévisibles.

Le même principe s'applique à l'Europe, soutient le chercheur. «Il faut couvrir de nombreuses trajectoires».

«Il existe de multiples cibles potentielles, qu'il s'agisse d'infrastructures militaires ou d'infrastructures civiles critiques», dit-il.

Nombre d'armées européennes sont par ailleurs assez petites comparées à celles du Moyen-Orient, ce qui est particulièrement problématique pour des pays comme la Suède et la Norvège, vastes et peu peuplés.

Quelques pays sont en train de développer leur défense pour les optimiser face aux drones à longue portée, mais le seul pays européen disposant aujourd'hui de systèmes véritablement efficaces est l'Ukraine, note Fabian Hoffman.

L'Ukraine doit repousser quotidiennement des salves d'attaques de drones de type Shahed lancées par la Russie, alliée de Téhéran.

Lundi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit que onze pays, dont certains frontaliers de l'Iran et de l'Europe, l'avaient sollicité pour savoir comment contrer ces attaques. Il n'a pas précisé de quels pays il s'agissait.

Par Johannes LEDEL/AFP

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