Nicolas Chammas: «Aujourd’hui, deux tiers de l’activité commerciale sont quasiment à l’arrêt»
«Deux tiers des commerces sont à l’arrêt au Liban», alerte Nicolas Chammas, président de l’ACB, au 16ᵉ jour du conflit. ©Nicolas Chammas

Au 16ᵉ jour de la guerre entre le Hezbollah et Israël, l’économie libanaise subit un nouveau choc alors qu’elle restait fragile. Nicolas Chammas, président de l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB), décrit une activité en chute libre et alerte sur un coût économique qui s’alourdit de jour en jour.

Pourquoi cette guerre porte-t-elle un coup aussi violent à l’économie libanaise aujourd’hui?

Cette guerre intervient à un moment où la situation est déjà très dégradée. Le Liban avait à peine repris son souffle en 2025. Et encore: à la mi-2025, juste avant la fête de l’Adha, il y a eu des frappes sur la banlieue sud, suivies de la guerre des 12 jours entre l’Iran et Israël, qui avait empêché les compagnies aériennes internationales de venir au Liban et plombé la saison estivale.

Ce n’est qu’à la fin de l’année, à Noël et au Nouvel An, que l’économie avait tourné à un bon régime. Mais quelques semaines plus tard, nous sommes revenus à la case départ, et même en dessous.

Je rappelle qu’en 2024, le PIB s’était contracté (une diminution durable de l'activité économique) de 7% et qu’en 2025, il n’a augmenté que de 5% au mieux: nous sommes donc encore en deçà du niveau de 2024.

L’économie était déjà essoufflée, et la guerre a accentué ce phénomène. La consommation représente près de 100% de la valeur ajoutée, c’est-à-dire du PIB: c’est de loin le moteur principal. Or aujourd’hui, seuls les produits de première nécessité, qui représentent environ un tiers de l’activité commerciale, tiennent, tandis que les deux autres tiers sont quasiment à l’arrêt. On enregistre, selon les secteurs, des baisses de 70%, 80% voire 90%. Cela se traduit par une forte contraction du PIB, estimée entre -7% et -10 % pour l’année en cours.

Comment les commerçants et les entreprises vivent-ils cette situation?

Les commerçants sont en première ligne. Dans le secteur commercial, certains segments se maintiennent à l’équilibre, mais ils sont minoritaires. Les deux tiers de l’activité sont en forte baisse, ce qui donne une moyenne pondérée d’environ -50%.

Le problème le plus grave aujourd’hui est celui de la liquidité. Les revenus des entreprises chutent fortement, alors que les charges continuent d’augmenter. On pense notamment à la hausse liée au tarif exceptionnel sur les carburants, de 300 000 LL, qui pèse lourdement sur les coûts.

Dans ces conditions, il devient difficile de maintenir les effectifs. Les revenus des ménages vont donc également se contracter, avec des licenciements à prévoir.

À cela s’ajoute la dislocation de la population: près d’un million de personnes sont déplacées, donc temporairement hors du circuit économique, tout en générant de nouvelles charges. Pour les finances publiques, cela crée un effet de ciseau très préoccupant: baisse des recettes et hausse des dépenses, alors même que le budget était à peine à l’équilibre.

Quel coût cette guerre représente-t-elle déjà et comment l’Association des commerçants de Beyrouth accompagne-t-elle le secteur ?

Le coût économique est considérable. En 2024, sur 66 jours de conflit, il avait atteint 14 milliards de dollars entre pertes économiques et dégâts matériels, soit environ 225 millions de dollars par jour, selon la Banque mondiale.

Aujourd’hui, en restant prudents, nous estimons le coût à environ 100 millions de dollars par jour, soit 45% à 50% du niveau de 2024. Concrètement, tous les huit à dix jours, l’économie libanaise supporte une perte supplémentaire d’environ un milliard de dollars.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre sont très limitées. Le pouvoir d’achat est fortement réduit, les expatriés ne viennent pas et l’atmosphère ne se prête pas à la consommation: les ménages dépensent le strict minimum.

L’Association des commerçants de Beyrouth assure pour sa part un rôle de suivi, d’accompagnement et de lobbying auprès des parties prenantes. Elle agit surtout comme relais des préoccupations du secteur, dans une logique de solidarité professionnelle. Mais elle ne dispose pas de moyens matériels pour soutenir directement les commerçants: toute aide concrète ne peut venir, à ce stade, que de l’État.

 

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