La guerre au Moyen-Orient fait le jeu de la Chine face aux États-Unis, au moins provisoirement.
La guerre au Moyen-Orient rebat les cartes diplomatiques à l’approche d’un sommet sino-américain, renforçant temporairement la position de Pékin face à Washington, selon les experts. ©Envato

La guerre au Moyen-Orient renforce au moins à court terme la main de la Chine vis-à-vis des États-Unis à l'approche d'un sommet très attendu entre les présidents Xi Jinping et Donald Trump, estiment les experts.

Les hostilités au Moyen-Orient ont télescopé les préparatifs de ces entretiens aux lourds enjeux. Leur report à la demande des États-Unis, avec un argumentaire évolutif, n'a pas surpris les Chinois.

Initialement programmée du 31 mars au 2 avril, la rencontre aura lieu dans «cinq ou six semaines», a dit M. Trump mardi, donc plutôt vers la fin avril.

Dans les rues de Pékin, M Huang, un informaticien de 50 ans, lance: M. Trump «change d'avis tous les jours, vous savez, il est comme ça… On ne peut pas lui faire confiance». M. Huang espère la venue du président américain: «Après, les relations entre la Chine et les États-Unis se détendront peut-être».

Pékin a fait preuve de retenue dans ses commentaires sur l'ajournement de la visite, y compris quand M. Trump en a lié la date à une aide chinoise pour débloquer le détroit d'Ormuz.

C'est que ces retrouvailles sont vues comme l'occasion de poursuivre l'effort de détente amorcé en octobre en Corée du Sud. Les deux leaders s'étaient alors entendus sur une trêve dans la bataille commerciale livrée après le retour de M. Trump à la Maison Blanche.

La confrontation, aux retombées mondiales, a fortement affecté la Chine, malgré un excédent commercial record en 2025. Vers les États-Unis, les expéditions ont diminué de 20% en dollars.

Pékin veut à toute force éviter un nouveau bras de fer, alors que l'administration Trump travaille à de nouveaux droits de douane après l'annulation par la Cour suprême d'une grande partie de ceux qu'elle avait imposés.

Nouvelle donne

La guerre crée de nouvelles conditions autour du sommet, sans que son impact n'apparaisse précisément sur la teneur des discussions, a fortiori avec l'inconnue quant à la durée du conflit.

Les analystes mettent en garde contre des attentes trop élevées. Ils prédisent que les circonstances actuelles consolident à court terme les positions de M. Xi. Ils soulignent aussi que la Chine n'a pas intérêt à ce que dure la guerre.

Le conflit a pour la Chine l'avantage d'accaparer les États-Unis. M. Trump «doit se concentrer sur la gestion de la guerre car celle-ci aura des effets négatifs sur la politique intérieure et l'économie américaines», et donc potentiellement sur les élections de novembre, qui décideront de la majorité au Congrès et de la suite du mandat de M. Trump, commente Wu Xinbo, directeur du Centre d'études américaines de l'université Fudan à Shanghai.

«Ce qui se voulait une démonstration de force américaine destinée à intimider Pékin a eu au contraire pour effet de briser l'illusion de l'omnipotence des États-Unis», commente Ali Wyne, spécialiste des relations sino-américaines au sein du groupe de réflexion International Crisis Group.

«Washington a désormais besoin de son principal concurrent stratégique pour l'aider à gérer une crise qu'il a lui-même provoquée», observe-t-il.

L'administration Trump a dit jeudi envisager d'alléger certaines sanctions ciblant le pétrole iranien, afin de contrer la hausse des prix. L'un des grands gagnants dans l'affaire pourrait être la Chine, disent les experts.

Elle était destinataire en 2025 de plus de 80% des exportations de pétrole iranien, selon la société d'analyse Kpler. Elle pourrait mettre ce pétrole sur le marché. La contrepartie pourrait être qu'elle fasse pression sur l'Iran, conjecturent les analystes.

La Chine dispose d'un autre levier puissant si la guerre se prolonge: sa prédominance sur les terres rares, dit Jason Bedford, chercheur à l'Institut d'Asie de l'Est de l'Université nationale de Singapour.

Pas de vainqueur

Certaines sont essentielles à la production de matériel militaire. La demande américaine est forte, l'offre est contrainte. La Chine pourrait «paralyser la production de nouvelles armes», dit-il.

Les experts relèvent que la guerre présente aussi l'avantage de détourner l'attention ou les moyens américains du théâtre stratégique qu'est l'océan Pacifique.

Cependant, Pékin est conscient que le prix à payer pourrait être élevé si le conflit ne s'achève pas rapidement. «Il n'y a pas de vainqueur dans les guerres qui durent», a dit jeudi le chef de la diplomatie Wang Yi, selon l'agence Chine nouvelle.

«Le principal intérêt économique de la Chine dans la région réside dans la stabilité. (La guerre) constitue un problème majeur, non seulement pour les importations chinoises de sources d'énergie, mais aussi pour les exportations chinoises de véhicules électriques et de technologies vertes», dit Henry Tugendhat, expert auprès du Washington Institute for Near East Policy.

Avec ses réserves pétrolières, «la Chine a su très bien se préparer sur le plan intérieur à un scénario de ce type, mais ce sur quoi elle n'a pas le contrôle, ce sont les retombées de cette guerre sur le reste du monde», notamment en Europe, qui absorbe une part considérable de ses marchandises, prévient-il.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Par Peter CATTERALL / AFP.

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