Eau et nourriture commencent à être rationnées à bord de bateaux immobilisés depuis trois semaines dans le Golfe par la guerre et le blocus du détroit d'Ormuz par l'Iran, témoignent des marins.
«Jusqu'à hier, nous avions de l'eau potable ainsi que de l'eau douce pour nous laver et tout le reste», a raconté à l'AFP lors d'un appel vidéo un marin indien coincé sur un petit bateau de ravitaillement au large de l'Irak, en vue des côtes iraniennes.
«Mais maintenant que l'eau potable est épuisée, nous avons contacté le propriétaire pour en avoir et j'espère qu'ils en obtiendront aujourd'hui ou demain», a ajouté ce jeune marin qui a demandé à n'être identifié que par son nom de famille, Pereira. «D'ici là, nous faisons bouillir l'eau pour la boire».
Le capitaine d'un navire, joint par téléphone, a raconté que son bâtiment était bloqué au mouillage au large du Qatar, près de la grande usine de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan, touchée jeudi par une attaque iranienne.
«Si le port ferme complètement, alors il ne sera pas possible de débarquer l'équipage. C'est donc un sujet d'inquiétude», a déclaré ce capitaine indien qui a requis l'anonymat.
«Un autre sujet concerne les réserves de nourriture, d'eau et tout ce qui doit être fourni à l'équipage», a-t-il souligné.
Il s'est confié à l'AFP alors qu'il se trouvait à terre dans le cadre d'une rotation: un autre capitaine commande son navire mais il reste en contact régulier avec ses hommes. Selon lui, 25 membres d'équipage ont quitté le navire, et 95 restent à bord.
«Il faudrait refaire les provisions tous les 10 à 15 jours», a-t-il estimé. «La semaine dernière, nous avons réussi, mais qu'en sera-t-il dans une semaine?»
Au cas où l'approvisionnement serait coupé, l'équipage a réduit les quarts et les repas. «Nous commençons à rationner la nourriture et l'eau, simplement pour pouvoir tenir au cas où la nourriture, l'eau et le carburant viendraient à manquer».
Évacuation recommandée
Jacqueline Smith, coordinatrice maritime à la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), basée à Londres, a reçu ces derniers jours de nombreux messages alarmants de marins concernant les approvisionnements.
«Nous recevons des messages de marins nous disant qu’ils commencent à manquer de vivres, de carburant, d'eau, de nourriture», a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'ITF a appelé les pays où les navires sont immatriculés, comme le Panama et le Libéria, à publier des recommandations à l'intention des armateurs et des marins afin d'organiser leur rapatriement.
«J'espère (…) que les gouvernements commenceront à coordonner leur approche à ce sujet lorsqu'il s'agit du bien-être des gens de mer», a ajouté Mme Smith.
«Les employeurs disent n'avoir rencontré aucun problème pour commander des provisions et que, donc, les marins qui nous ont contactés doivent se trouver sur des navires dont les employeurs ne sont pas sérieux», a-t-elle poursuivi.
L'Organisation maritime internationale (OMI), l'agence maritime de l'ONU, a réclamé jeudi la création d'un couloir maritime sécurisé dans le Golfe pour évacuer les navires et les marins bloqués.
Panique
Environ 20.000 marins sont bloqués à bord d'environ 3.200 navires à l'ouest du détroit d'Ormuz, selon l'OMI qui a recensé au moins huit marins ou dockers décédés lors d'événements survenus dans la région depuis le début du conflit, le 28 février.
«Depuis le début des attaques, il y a beaucoup de panique. Même nos familles ont paniqué», a raconté le jeune Pereira qui était entré dans les eaux irakiennes en novembre à bord d'un navire ravitaillant des pétroliers en carburant, son premier voyage en tant que marin.
Cinq de ses huit camarades d'équipage étaient Irakiens et sont repartis chez eux. Lui essaie de se faire évacuer par les diplomates indiens «depuis le début» du conflit.
«Nous voulons juste partir et rentrer chez nous. Je ne retournerai plus en mer après ce que j'ai vu. Ce premier voyage a été vraiment horrible.», a-t-il conclu.
Par Laetitia COMMANAY / AFP



Commentaires