Les tensions au Moyen-Orient ont rapidement affecté les marchés de l’énergie. Les frappes qui ont visé des infrastructures stratégiques dans le Golfe, dont une installation majeure de liquéfaction au Qatar, ont provoqué une hausse immédiate des prix du gaz. En Europe, le mégawattheure a atteint jusqu’à 74 euros avant de redescendre autour de 62 euros, contre environ 35 euros avant le conflit en cours, soit une progression d’environ 35%. Plusieurs fournisseurs ont déjà commencé à ajuster leurs tarifs pour les nouveaux clients. Dans ce contexte, l’Égypte fait face à une pression directe sur ses approvisionnements et sur ses coûts.
Le gouvernement égyptien a annoncé une série de décisions pour réduire la consommation d’électricité. Le Premier ministre Moustafa Madbouli a fixé la fermeture des magasins, centres commerciaux, restaurants et cafés à 21 heures, avec une prolongation jusqu’à 22 heures les jeudis et vendredis.
Ces mesures entreront en vigueur le 28 mars pour une durée d’un mois, dans le cadre d’un plan de rationalisation énergétique. Une évaluation sera menée à l’issue de cette période pour décider de leur maintien ou non.
«Cette initiative vise à réduire la pression sur le réseau électrique, notamment durant les heures de pointe, tout en garantissant la stabilité du service et en évitant des mesures plus strictes à l’avenir», a déclaré Moustafa Madbouli. L’État prévoit également des contrôles sur le terrain pour s’assurer du respect des horaires imposés aux activités commerciales.
Par ailleurs, les autorités ont décidé d’éteindre les panneaux publicitaires sur les routes afin de limiter la consommation jugée non essentielle. Le quartier gouvernemental de la Nouvelle Capitale administrative fermera désormais à 18 heures.
Un système de télétravail est aussi à l’étude pour les administrations publiques, à raison d’un à deux jours par semaine, après les vacances de l’Aïd el-Fitr. Les secteurs productifs, industriels et sanitaires ne sont pas concernés.
Une hausse marquée des coûts énergétiques
Le Premier ministre a détaillé l’évolution des coûts pour justifier ces décisions. Avant la guerre, la facture mensuelle des importations de gaz naturel s’élevait à environ 560 millions de dollars. Elle atteint désormais 1,65 milliard de dollars pour des volumes équivalents.
Le prix du baril de pétrole a dépassé 108 dollars, contre environ 93 dollars auparavant. Le diesel suit la même tendance, avec une tonne désormais estimée à 1 604 dollars, soit une augmentation proche de 1 000 dollars. Le gaz domestique enregistre une hausse d’environ 33 %.
Malgré cette situation, le gouvernement indique ne pas vouloir imposer de nouvelles augmentations sur les prix de l’essence et du diesel à ce stade.
Une hausse des carburants a toutefois été appliquée le 10 mars dernier. Le ministère du Pétrole et des Ressources minérales a relevé les prix de 3 livres égyptiennes, soit une augmentation comprise entre 14% et 30%. Le ministère précise que «cette décision s’inscrit dans le cadre de la situation exceptionnelle résultant des développements géopolitiques au Moyen-Orient et de leurs impacts directs sur les marchés mondiaux de l’énergie».
Le ministère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur a également annoncé une augmentation du prix du pain non subventionné, en lien avec la hausse des coûts du carburant. Le prix du pain subventionné reste fixé à 20 piastres.
Moustafa Madbouli rappelle que le coût de production d’une galette se situe entre 155 et 160 piastres, tandis que l’État produit environ 270 millions de galettes par jour.
Des projets temporairement suspendus
Les autorités ont décidé de reporter pendant un mois les projets fortement consommateurs de diesel. Cette mesure vise à limiter la pression sur les ressources disponibles. L’ensemble des décisions annoncées s’inscrit dans une gestion à court terme de la consommation énergétique, en lien avec les évolutions du marché international.
Une demande européenne en forte hausse
En Europe, la hausse des prix du gaz reflète les tensions sur l’approvisionnement. Les perturbations dans le Golfe et les incertitudes autour du détroit d’Ormuz compliquent les flux habituels. Plusieurs pays européens cherchent à sécuriser rapidement de nouvelles sources d’approvisionnement.
Dans ce contexte, les exportations de gaz naturel liquéfié de l’Algérie ont fortement progressé depuis la fin février. Elles dépassent les 462 000 tonnes au cours des deux premières semaines de mars, soit une hausse de 74 % selon les données de l’Energy Research Unit, basée à Washington.
Cette augmentation intervient alors que les routes d’approvisionnement depuis le Golfe sont perturbées. La position géographique de l’Algérie, en Méditerranée, lui permet d’acheminer directement son gaz vers l’Europe sans dépendre du détroit d’Ormuz.
L’Espagne envisagerait d’accroître ses importations de gaz algérien pour faire face à la baisse des flux en provenance du Golfe.
Une accélération des livraisons vers l’Europe
Selon des sources citées par RFI, Radio France Internationale, les exportations de gaz algérien ont connu une hausse rapide ces dernières semaines. Elles sont passées d’environ 265 000 tonnes début février à plus de 462 000 tonnes début mars. Ces volumes supplémentaires ont été dirigés vers l’Espagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France.
La plateforme Energy Research Unit souligne que cette progression reflète «l’accélération de la demande de gaz algérien alors que la guerre dans la région entre dans un virage critique».
Par ailleurs, un rapport du Forum des pays exportateurs de gaz indiquait déjà une hausse de 22% des livraisons algériennes par gazoduc vers l’Union européenne en début d’année. Ces évolutions interviennent dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés mondiaux de l’énergie, marqué par une réorganisation des flux d’approvisionnement.




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