Benjamin Hassan a remporté ce weekend, le titre du double au Murcia Open, en Espagne, aux côtés de l’Autrichien Sebastian Ofner. Le duo libano-autrichien a dominé en finale les Polonais Karol Drzewiecki et Piotr Matuszewski en deux sets, 6-3, 6-4, pour s’offrir un trophée Challenger et 75 points ATP. Un succès net, solide, et loin d’être anodin pour le tennis libanais.
Dans un Liban où le sport apprend trop souvent à composer avec la guerre, les reports et l’incertitude, Benjamin Hassan a offert une éclaircie. Pas un vacarme. Pas un coup d’éclat tapageur. Plutôt un signal propre, clair, dense: sur la terre battue espagnole, le numéro un du tennis libanais a remis le drapeau rouge et blanc dans la lumière d’un circuit international qui ne fait de cadeaux à personne. Son titre au Murcia Open n’a pas le poids symbolique d’un Grand Chelem ni l’écho universel des Jeux, mais il raconte quelque chose de précieux: le tennis libanais continue d’exister, de voyager, de gagner, et de s’installer dans le paysage.
Ce sacre n’est d’ailleurs pas tombé du ciel. En finale, Hassan et Ofner ont livré une copie propre, sans bavure, dominant les deuxièmes têtes de série polonaises en moins d’une heure. Selon Tennis TourTalk, le tandem a remporté 59 % des points du match et a décroché son deuxième titre ensemble après leur succès à l’Open Menorca l’an dernier. Une association qui fonctionne, un duo qui se comprend, et un Libanais qui, même quand il ne va pas au bout en simple, sait encore trouver l’ouverture pour frapper juste en double. Hassan avait d’ailleurs quitté le tableau du simple plus tôt dans la semaine, battu en trois manches par le Néerlandais Jesper de Jong. ([Tennis TourTalk][1])
Un pionnier qui avance encore
Benjamin Hassan n’est plus une promesse. À 31 ans, il est devenu depuis quelque temps déjà le visage le plus visible du tennis libanais masculin. L’ATP rappelle qu’il a été le premier joueur représentant le Liban à entrer dans le Top 200 mondial, avant d’atteindre un meilleur classement en simple de 143e mondial en juin 2024. Son parcours a pris une dimension historique l’été dernier, lorsqu’il a reçu une place d’universalité pour les Jeux de Paris, devenant le premier joueur de tennis à représenter le Liban aux JO en simple. Et il ne s’est pas contenté d’y participer: il y a battu l’Américain Christopher Eubanks, offrant au Liban sa première victoire olympique en tennis.
Paris, déjà, avait servi de tremplin symbolique. Puis est venu Roland-Garros 2025. Là encore, Hassan a forcé une porte que personne n’avait encore ouverte sous pavillon libanais: en sortant des qualifications, il est devenu le premier Libanais à intégrer le tableau principal de Roland-Garros dans l’ère Open. Même battu au premier tour par Matteo Gigante, il avait laissé derrière lui autre chose qu’une défaite: une trace. Ici Beyrouth parlait alors d’un rêve brisé mais d’une fierté intacte. La formule reste juste. Benjamin Hassan perd parfois, comme tous les joueurs du circuit Challenger, mais il avance souvent en pionnier.
Le tennis libanais ne vit plus en marge
Ce titre de Murcia s’inscrit aussi dans une séquence plus large. Depuis deux ans, le tennis libanais donne des signes de densité nouvelle. Hassan a ouvert des brèches, Hady Habib en a ouvert d’autres, et la Coupe Davis a rappelé, elle aussi, que le Liban n’était plus seulement un figurant. En septembre 2025, Hassan avait offert le premier point au Liban face à la Barbade; en février 2026, les Libanais ont même échoué aux portes de l’élite en Coupe Davis. Le tableau général est là: un tennis encore modeste à l’échelle mondiale, certes, mais bien plus vivant, ambitieux et structuré qu’il ne l’était il y a quelques années.
Dans ce contexte, le trophée de Murcia vaut davantage qu’une simple ligne au palmarès. Il confirme une continuité. Hassan ne surgit pas de nulle part pour disparaître ensuite dans les marges du classement. Il s’inscrit dans la durée, entre exploits ponctuels, percées historiques et présence régulière sur le circuit. Son activité ATP en 2026 témoigne d’ailleurs d’un début de saison fait d’allers-retours entre qualifications, tableaux Challenger et doubles, avec un classement en simple autour de la 290e place au mois de mars, loin de son sommet mais toujours dans la bataille. Murcia ne règle pas tout, mais Murcia relance.
Une victoire qui tombe juste
Il y a enfin le moment. Le timing. L’effet. Dans un pays où l’actualité plombe tout, les victoires sportives n’ont pas seulement une valeur comptable. Elles servent aussi de respiration. Celle de Benjamin Hassan n’a rien d’un triomphe qui changera le monde, mais elle a la saveur de ces succès qui tombent juste. Pas pour faire oublier le reste. Pour rappeler simplement qu’au milieu du vacarme, il existe encore des athlètes libanais capables d’aller chercher, raquette en main, des raisons de tenir debout.
Benjamin Hassan n’a pas conquis Murcia comme on conquiert une capitale du tennis. Il a fait mieux, à sa manière: il a confirmé qu’il restait, semaine après semaine, l’un des passeurs les plus crédibles du sport libanais vers l’extérieur. Et en ces temps de frontières mentales, de guerre et de repli, ce n’est déjà pas si mal.




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