Un «collabo» élevé au rang de dirigeant…
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Jamais la figure de Wafic Safa n’avait suscité autant d’interrogations que l’an dernier. Responsable de l’unité de coordination et de liaison du Hezbollah, son image oscille, selon les perceptions, entre celle d’un haut dirigeant et l’hypothèse, plus trouble, de collaboration.

Il demeure, à ce jour, le seul cadre du Hezbollah à avoir fait l’objet d’une tentative avortée d’assassinat, sans qu’aucune autre ne suive. Il ne s’agit pas ici d’une quelconque incitation, mais de simples questionnements sur sa position, d’autant que celui qui échappe à une tentative d’élimination cherche généralement à se faire discret, et non à afficher une posture ostentatoire, comme se pavaner tout détendu sur le rocher de Raouché lors de la cérémonie d’illumination des portraits de Hassan Nasrallah.

Après cet épisode et son intervention au cours de laquelle il affirmait que son seul veto présidentiel visait Samir Geagea, Wafic Safa a de nouveau disparu de la scène publique, ravivant les spéculations. Certains évoquent des divergences internes au sein du Hezbollah, entre plusieurs courants, dont celui auquel il serait associé. D’autres vont jusqu’à affirmer qu’il serait détenu dans l’un des centres du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth.

Autant d’hypothèses qu’il a tenté de dissiper par une sortie médiatique, sous forme d’entretien, qui est surtout apparentée à une démonstration de force destinée à rassurer sa base.

Deux points, en particulier, ont été abordés avec une audace ostentatoire frôlant la provocation. Le premier concerne l’alignement sur l’Iran, avec l’idée que les tirs de roquettes s’inscriraient en réponse à l’assassinat du guide suprême, reprenant ainsi les propos du secrétaire général Naïm Qassem. L’objectif semble clair: remodeler le narratif, banaliser l’événement et offrir à ses partisans de quoi se vanter.

Le second point, sans doute le plus crucial, vise à rehausser le moral d’une base fragilisée, tiraillée entre camps d’accueil rejetés dans plusieurs régions et des conditions d’accueil précaires dans les écoles publiques.

Dans ce contexte, Naïm Qassem, coutumier d’une rhétorique de menaces et d’intimidation, a affirmé que le gouvernement doit revenir sur ses décisions concernant les armes du Hezbollah une fois la guerre terminée, assurant une victoire qu’il présente comme inéluctable.

Il n’existe plus de zone grise dans ce conflit: ce sera vainqueur ou vaincu. Car le maintien du Hezbollah dans sa pleine puissance signifierait, pour ses détracteurs, une volonté de prise de contrôle de l’État et de la légitimité institutionnelle. Partant, Wafic Safa en vient à incarner, pour certains, le spectre d’une défaite de l’État libanais.

Dans cette équation, il apparaît à certains comme Al-Sahhaf, ministre de l’Information irakien d’un autre temps, ou rappelle les menaces de Jamal Bacha: «Soit vous êtes des nôtres, soit vous serez exécutés.»

Dans un tel scénario, la mort semblerait presque plus clémente.

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