Pierre Achkar: «La guerre a fait chuter l’occupation des hôtels à 7-11%»
De 90% à à peine 7%: le choc est brutal pour les hôtels au Liban. Pierre Achkar dresse un constat alarmant après trois semaines de guerre. ©Pierre Achkar

Alors que la guerre au Liban est entrée dans sa quatrième semaine, le secteur hôtelier s’effondre. Pierre Achkar, président de la Fédération des syndicats touristiques et du syndicat des hôteliers, alerte sur une chute brutale de l’activité, des tensions financières croissantes et l’urgence de mesures de soutien.

Quel a été l’impact immédiat de la guerre sur l’activité hôtelière et touristique?

La guerre a porté un coup brutal à un secteur qui s’apprêtait à vivre une période particulièrement dynamique. Avant le déclenchement du conflit, les hôtels de Beyrouth tablaient sur des taux d’occupation de 80 à 90% à l’occasion des fêtes de l’Aïd el-Fitr et de Pâques. Les stations de ski, soutenues par une saison exceptionnellement enneigée, affichaient complet.

Cette dynamique a été interrompue par le déclenchement des hostilités. Pendant une dizaine de jours, les hôtels ont principalement accueilli des familles déplacées du Liban-Sud, dans une phase transitoire avant leur relogement en appartements. Ces ménages n’ont pas les moyens financiers d’y rester plus longtemps, surtout en famille.

Cette situation n’a toutefois pas compensé la perte d’activité touristique. Aujourd’hui, les taux d’occupation oscillent entre 7% et 11%, avec une clientèle composée essentiellement d’employés d’ambassades et de journalistes internationaux, concentrée à Beyrouth.

Comment le syndicat accompagne-t-il les hôteliers face à cette nouvelle crise?

Le choc est d’autant plus violent qu’il intervient dans un contexte économique déjà très fragilisé. Le secteur hôtelier ne bénéficie ni de financements bancaires ni de soutien financier direct de l’État, lui-même en grande difficulté.

Dans ce contexte, le syndicat multiplie les démarches auprès des autorités afin d’obtenir des mesures d’urgence. Il demande notamment un échelonnement des paiements ainsi qu’un délai de grâce sur les charges fixes, notamment l’électricité, l’eau et les cotisations à la sécurité sociale, à maintenir jusqu’à la fin du conflit. Un travail de lobbying est en cours, même si les services publics restent accaparés, voire dépassés, par la gestion de multiples crises.

Quelles sont les perspectives pour le tourisme libanais dans le contexte actuel?

La guerre constitue un double choc, à la fois sécuritaire et économique, qui frappe directement le tourisme. Elle affecte non seulement l’activité sur le terrain, mais aussi l’image du Liban en tant que destination.

Le secteur, déjà affaibli, espérait une reprise portée par la saison hivernale et les périodes festives. Cette dynamique a été interrompue, et les conséquences pourraient être durables. «Le gros du problème est le Hezbollah», qui pèse lourdement sur la stabilité du pays et, par ricochet, sur le tourisme.

Malgré tout, certains acteurs espéraient encore que cette période marque un tournant, voire «le début de la fin» de la crise, un espoir désormais suspendu à l’évolution du conflit.

Econ

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