Dilemmes de guerre 
©Ici Beyrouth

Les récits divergents sur la guerre qui se déroule dans les différents théâtres opérationnels reflètent les intrications des conflits et de leur dénouement éventuel. Certains analystes les attribuent aux équivoques militaires et politiques des guerres en cours, d’autres les rattachent à la dynamique de la guerre déclenchée après le 7 octobre 2023. Quoi qu’il en soit, les analystes ne peuvent éluder les faits établis d’un conflit intentionnel initié par le Hamas. Israël est également déterminé à mettre un terme à ses multiples enjeux ainsi qu’aux menaces durables posées par l’islamisme palestinien et ses opérateurs iraniens.

Nous sommes confrontés à un conflit hautement structuré, à ses leviers circonstanciels ainsi qu’aux terrains militaires et acteurs politiques en mutation. L’hypothèse d’un processus conflictuel arbitraire induit par un cabinet israélien belliciste est une interprétation à connotation idéologique et non avérée. L’ampleur du pogrom du 7 octobre 2023 est considérable et dépasse les limites conventionnelles du conflit israélo-palestinien. L’intervention américaine était devenue inévitable pour des raisons stratégiques d’intérêt commun aux deux parties. L’internationalisation du conflit a été amorcée dès le départ, comme l'est son règlement. Si nous ne comprenons pas les logiques sous-jacentes des conflits en cours, il nous sera ardu d’aborder aussi leurs modes de régulation.

L’engagement diplomatique ne peut négliger les conséquences du conflit, qui ont conduit à la destruction des plateformes opérationnelles de la politique impériale iranienne tant au niveau régional qu’international. Le positionnement stratégique du régime iranien est irrémédiablement altéré, et l’hypothèse de sa réhabilitation est hors de propos. La destruction systématique des piliers stratégiques patiemment édifiés par le régime iranien autour d’une hypothétique « plateforme stratégique intégrée » à travers le Moyen-Orient constitue un élément décisif. De même, l’anéantissement des infrastructures militaires, l’éradication de la chaîne de commandement et l’annihilation de ses capacités de projection militaire le sont tout autant. Ils permettent de circonscrire la nature et les paramètres des négociations futures.

Ils relèveraient vraisemblablement de la catégorie d’une capitulation négociée plutôt que celle d’une parité stratégique. En outre, la délégitimation du régime meurtrier et de ses propensions génocidaires (80 000 victimes en l’espace de 2 à 4 jours) affaiblit son levier politique, sa capacité à éluder ses responsabilités pénales, ainsi que celles de sa déchéance morale. La capacité de ce régime à surmonter ses défaites militaires cumulées, son récit entièrement déconstruit et sa légitimité politique érodée paraît peu vraisemblable.

Néanmoins, la coalition américano-israélienne est tenue de fixer la fin des opérations après l’atteinte des objectifs militaires qui devraient sceller la fin d’une ère impériale et prévenir sa répétition. Elle doit également créer un environnement propice à des traités de paix négociés, à des dynamiques de réforme endogènes et à un changement politique démocratique en Iran. La réédition d’anciens scénarios de conflit, ainsi que la réhabilitation des élites politiques et religieuses meurtrières qui contrôlent les pouvoirs civil, social et économique, et la remise en place de leurs institutions et de leur base de pouvoir, sont contreproductives et fatales. Ce constat vaut tant sur la scène intérieure qu'internationale. Le régime islamique iranien devrait être engagé soit sur la trajectoire d'une défaite immédiate, soit sur celle d’un déclin irréversible.

Le schéma politique ne peut revenir à une étape antérieure selon laquelle le coût de la paix devrait se payer au prix de la défaite des dynamiques transformatrices impulsées par la guerre et ses dividendes multiples. Les visions cyniques et le charabia idéologique islamo-gauchiste sont enclins au révisionnisme politique, aux élucubrations pseudo-pacifistes et à la remise en cause de l’ordre démocratique occidental et de ses présupposés intellectuels. Le régime iranien est déterminé à remettre en question la paix civile, régionale et internationale et à intensifier sa politique de répression interne. Il en va de même pour la coalition américano-israélienne : elle est contrainte à l’anéantissement du totalitarisme belliciste et de ses visées stratégiques. Les perspectives d’une guerre totale sont impératives si l’on veut éviter les dérives et les aléas des conflits prolongés. De plus, le choix de la retraite constitue une erreur injustifiée, reflétant une vision politique étriquée et pessimiste, ainsi qu'un échec présomptif alimenté par les agendas islamistes, ceux de l’extrême gauche occidentale et les faux prophètes d'un pacifisme fallacieux.

Les cas du Liban et de Gaza illustrent les exemples typiques de la politique de subversion iranienne. Il s'agit notamment des scénarios de guerres civiles endémiques, des schémas du chaos institutionnalisé, de la réédition des séquences de la guerre froide, et du récit islamo-gauchiste et de ses tropismes idéologiques totalitaires. Ces dernières comportent des dérives nihilistes incarnées par la course aux armements chimiques et nucléaires et leurs répliques conventionnelles. Il est urgent d’achever ces guerres par des défaites définitives et la prise en main par un conseil transnational intérimaire de gouvernance.

Les dérives nihilistes des islamistes et de la militance palestinienne, dans son ensemble, doivent finalement être vaincues si ces conflits sont susceptibles de conduire à de réelles politiques de paix, de démocratisation et de réformes progressives en Iran. Les analogies injustifiables avec la guerre du Vietnam ne sont pas plausibles malgré le chemin cahoteux pour parvenir à des négociations effectives. Un regard pessimiste ne parvient pas à voir les retournements stratégiques qui s’opèrent et leurs retombées dans les différents théâtres opérationnels. La paix est peu probable à moins que la perception de ces conflits et de leurs incidences géopolitiques ne change.

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