Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé vendredi avoir forcé trois porte-conteneurs à faire demi-tour dans le détroit d'Ormuz, en précisant que cette route stratégique était désormais fermée aux navires venant ou à destination de ports liés à «l'ennemi».
«Le passage de tout navire provenant ou à destination de ports appartenant aux alliés et aux soutiens des ennemis américano-sionistes est interdit», ont affirmé sur leur site Sepah News les Gardiens, armée idéologique de la République islamique.
Les armateurs des trois navires forcés de faire demi-tour n'ont pas été précisés par les Gardiens. Deux porte-conteneurs géants du transporteur maritime chinois Cosco, bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, ont dû rebrousser chemin, a de son côté précisé la plateforme de suivi maritime Kpler.
Cette décision soulève de nouvelles interrogations quant à la capacité des navires à emprunter cette voie maritime stratégique, par où transitent en temps normal 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz, ainsi que d'autres produits essentiels.
Cela «laisse penser que la situation demeure très instable», a déclaré Rebecca Gerdes, analyste de données chez Kpler, dans un communiqué.
Selon les analystes de la revue spécialisée dans l'information maritime Lloyd's List, 34 navires - la plupart appartenant à des armateurs grecs, chinois, indiens, pakistanais ou syriens - ont récemment été autorisés par l'Iran à traverser le détroit en empruntant un itinéraire contournant l'île de Larak, située au large des côtes iraniennes. Lloyd's List surnomme ce système le «péage de Téhéran».
Le président américain Donald Trump avait assuré jeudi que l'Iran avait laissé passer «dix navires» par le détroit d'Ormuz, y voyant un «cadeau» de Téhéran.
«Nous ne constatons rien de tel» dans les services spécialisés dans le suivi des navires, a indiqué vendredi à l'AFP Bridget Diakun, analyste senior chez Lloyd's List. «À moins qu'il ne parle des navires de la flotte clandestine transportant du pétrole iranien sous sanctions, je n'ai aucune idée de ce dont il parle».
Menace en Mer Rouge
Les États-Unis ont adressé des propositions à l'Iran par l'intermédiaire du Pakistan cette semaine pour trouver une issue au conflit, mais aucune discussion directe n'a été confirmée.
Certains analystes estiment que ces propositions sont vouées à l'échec, ou pourraient n'être qu'un écran de fumée avant une éventuelle offensive terrestre américaine pour rouvrir le détroit par la force ou s'emparer des ressources pétrolières iraniennes.
Selon des médias américains, la Maison Blanche et le ministère de la Défense envisagent d'envoyer au moins 10.000 soldats de combat supplémentaires au Moyen-Orient dans les prochains jours.
En cas d'attaque terrestre, l'Iran a indiqué qu'il ciblerait la navigation en mer Rouge par l'intermédiaire des Houthis, ses alliés au Yémen, ouvrant ainsi un nouveau front dans une guerre aux multiples répercussions économiques, politiques et militaires.
Abdul Malik al-Houthi, chef de ce mouvement rebelle, a averti jeudi qu'une «riposte militaire» serait envisagée si le conflit l'exigeait.
Les Houthis avaient considérablement réduit le trafic en mer Rouge et dans le canal de Suez en octobre 2023 en attaquant les navires dans l'étroit détroit de Bab el-Mandeb, en représailles aux bombardements israéliens sur Gaza.
Le trafic dans le détroit d'Ormuz a chuté de 95% par rapport à la normale entre le 1er et le 26 mars, selon Kpler.
Depuis le 1er mars 2026, 24 navires commerciaux, dont 11 pétroliers, ont été attaqués ou ont signalé des incidents dans le Golfe, le détroit d'Ormuz ou le golfe d'Oman, selon l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO.
AFP



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