À Damas, une célébration sobre des Rameaux après des tensions dans une ville chrétienne
Le patriarche Joseph Absi, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour les catholiques melkites grecs, marche en procession lors de la messe des Rameaux à la cathédrale Notre-Dame de la Dormition, siège du patriarcat melkite grec catholique, à Damas, le 29 mars 2026. ©Louai Beshara / AFP

Dans la cathédrale catholique de Damas, des fidèles assistent, inquiets, à la messe des Rameaux: les processions de cette fête chrétienne ont été annulées après des tensions dans une ville à majorité chrétienne du centre de la Syrie.

Devant l'église, Fadi Shamas, 27 ans, tient dans ses bras sa petite fille Nala, vêtue d'une robe blanche: «c'est son premier dimanche des Rameaux et nous aurions souhaité que l'ambiance soit plus détendue et que les gens n'aient pas peur», a-t-il confié à l'AFP.

Vendredi soir, des tensions ont éclaté à Souqaylabiya, l'une des principales villes à majorité chrétienne du centre de la Syrie, entre des habitants et des hommes armés venus de villages voisins qui ont pris d'assaut la localité, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), et des habitants: des commerces ont été vandalisés et des voitures brûlées.

Des forces de sécurité étaient déployées dimanche devant l'entrée de la cathédrale Notre-Dame de la Dormition à Damas, et certaines rues menant à la vieille ville ont été fermées.

À l'intérieur, les fidèles remplissent peu à peu les bancs, où sont accrochés des rameaux d'oliviers, et allument des bougies en silence.

«Nous restons optimistes pour l'avenir, mais il faudra encore un peu de temps pour que les gens se sentent plus à l'aise», poursuit M. Shamas.

Le dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte, commémore la dernière montée du Christ à Jérusalem, où il avait été reçu par une foule en liesse à quelques jours de sa crucifixion et de sa résurrection le matin de Pâques, selon les Évangiles.

Dans les ruelles sinueuses de la vieille ville de la capitale syrienne, les scènes de processions auxquelles les habitants sont habitués n'auront pas lieu cette année.

Le patriarcat grec catholique d'Antioche a pris la décision samedi de limiter les célébrations de Pâques aux messes à l'intérieur des églises après les tensions à Souqaylabiya.

«Garder espoir»

«Dans les circonstances douloureuses que nous traversons, fatigue, tristesse, détresse et douleur, le dimanche des Rameaux nous invite à garder espoir», a dit à l'assemblée le patriarche Youssef Absi lors de son sermon.

Dans la cour de l'église, le silence n'est rompu que par les enfants qui courent et jouent dehors, pendant que leurs parents les prennent en photo.

«La situation est instable cette année, et il n'est pas opportun que les scouts défilent dans les rues», comme ils le font habituellement à cette occasion, estime Milad al-Sabaa, avocate de 36 ans qui surveille d'un coin de l’œil de son fils de cinq ans, Akram, en train de jouer.

«Nous nous sommes contentés de la messe, et nous espérons que la situation sera plus calme l'année prochaine», a-t-elle ajouté.

Après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, les autorités islamistes se sont engagées à protéger les minorités, dont les chrétiens, mais les craintes de ces derniers se sont aggravées depuis un attentat suicide contre une église en juin dernier à Damas, qui a fait 25 morts.

Les violences communautaires, qui ont touché aussi d'autres groupes minoritaires comme les alaouites et les druzes, ont fait des milliers de morts en 2025, sapant la confiance dans les autorités.

Elles se sont ajoutées à près de 14 ans d'une guerre civile dévastatrice qui s'est achevée en 2024.

«Il y avait de la peur pendant les années de guerre, et il y en a encore aujourd'hui (...): les gens veulent de la stabilité et vivre en paix», a souligné Nabil Samara, 57 ans, à la sortie de la messe.

AFP

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