Un mois après le début de la guerre contre le Hezbollah, l'armée israélienne progresse lentement dans le sud du Liban, suscitant les craintes d'une nouvelle occupation près d'un quart de siècle après son retrait.
Israël a annoncé vouloir établir une «zone de sécurité» pour mettre fin à la menace du mouvement pro-iranien contre le nord de son territoire.
Pour Beyrouth, il s'agit d'une «intention claire d'imposer une nouvelle occupation du territoire libanais», selon les termes de son ministre de la Défense, Michel Menassa.
En 1982, l'armée israélienne avait envahi le Liban, parvenant jusqu'à Beyrouth pour neutraliser les combattants palestiniens. Mais l'invasion avait donné le jour à un adversaire plus radical d'Israël, le Hezbollah.
Jusqu'où Israël pourrait-il aller cette fois?
Que se passe-t-il sur le terrain?
Quatre divisions sont actuellement déployées au Liban, selon une source au sein de l'armée israélienne.
«Les Israéliens avancent sur un axe à la fois» et détruisent systématiquement les villages frontaliers, affirme à l'AFP une source militaire occidentale basée dans le sud du pays, ajoutant qu'ils ont notamment envahi la ville stratégique de Khiam.
Le Hezbollah, qui revendique des attaques répétées contre les soldats israéliens, n'empêche pas leur avancée «mais cherche des victoires symboliques comme la destruction de chars Merkava», explique la même source, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
David Wood, expert de l'International Crisis Group, estime qu'«à mesure qu'Israël progresse davantage au Liban, il s'engage dans un type de combats qui pourrait en réalité mieux convenir au Hezbollah, notamment une guérilla basée sur des attaques éclair».
L'armée libanaise a de son côté annoncé que ses troupes «se repositionnaient et se redéployaient» dans plusieurs localités du sud où progressent les troupes israéliennes, de crainte d'être encerclée ou visée.
Elles sont montées jusqu'à 10 km au nord de la frontière en certains endroits, précise une source militaire libanaise.
Les Casques bleus de l'ONU, dont trois soldats indonésiens ont été tués depuis dimanche, sont impuissants à arrêter les combats.
Que veut Israël?
Le ministre de la Défense, Israël Katz, avait dit la semaine dernière que son pays contrôlerait le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani, à 30 km au nord de la frontière.
Il a aussi prévenu que des centaines de milliers d'habitants de cette région ne retourneraient pas chez eux tant que la sécurité du nord d'Israël ne serait pas garantie.
Ces propos inquiètent le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Tom Fletcher, qui craint la possible création d'un nouveau «territoire occupé» au Liban.
L'armée israélienne a émis des ordres d'expulsion sans précédent pour de vastes zones du sud, forçant les habitants de cette région considérée comme un bastion du Hezbollah à fuir.
Le mouvement a « recruté des gens originaires des villages du sud » ces dernières décennies, donnant au groupe une légitimité locale dont Israël craint qu'il ne tire partie en cas de retour des habitants, explique à l'AFP l'analyste militaire et général à la retraite de l'armée libanaise, Khalil Helou.
Pour Eyal Zisser, spécialiste du Liban à l'université de Tel-Aviv, il ne faut cependant pas prendre les propos de M. Katz pour argent comptant.
«Il est bon pour faire des déclarations, mais il faut toujours vérifier si elles sont en accord» avec celles du Premier ministre israélien, analyse-t-il.
Benjamin Netanyahou, qui a donné l'ordre aux troupes d'«élargir» la «zone tampon» dans le sud du Liban, n'a pas mentionné de manière explicite une occupation à long terme du sud et le déplacement massif prolongé de ses habitants.
Est-ce viable?
Israël a dans le passé tenté de créer une zone tampon dans le sud du Liban et occupé une partie du sud pour la première fois en 1978, avant d'envahir le pays en 1982.
Il a progressivement battu en retraite tout en continuant d'occuper une zone allant jusqu'à 20 km au nord de la frontière jusqu'en 2000, d'où il s'est retiré sous les coups de boutoir du Hezbollah.
Lors de sa dernière guerre contre le groupe et même après le cessez-le-feu de novembre 2024, les troupes israéliennes ont détruit une majeure partie des villages frontaliers et ont rasé de larges zones agricoles.
Une nouvelle occupation pourrait créer «de nouvelles menaces pour la sécurité» d'Israël, avertit David Wood.
«Si Israël nie le droit au retour des habitants sur leurs terres ancestrales, alors des groupes de résistance armée émergeront et continueront à mener ce combat», conclut-il.
AFP



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