Azincourt, Bérézina, Stalingrad, le sort de nombreuses batailles terrestres dans l’histoire a été fortement influencé par les conditions météorologiques. La pluie, la boue ou encore le froid ont été autant de facteurs de défaite, touchant à la fois les hommes et le matériel.
Depuis, les progrès technologiques dans l’armement ont réduit l’impact de ces phénomènes sur les forces armées. Mais ils constitueraient toujours des obstacles aux opérations militaires.
C’est en tout cas ce que soutenait la journaliste israélienne Chen Artzi Sror, le 24 mars, en se lamentant sur le sort de son mari. «Il est enlisé dans la boue libanaise. Je ne veux pas me mettre à pleurer à l’antenne, mais certains équipages de chars sont embourbés, leurs véhicules profondément enfoncés dans la boue, et ils restent vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous une pluie battante», affirmait-elle au micro de la radio israélienne 103 FM.
העיתונאית חן ארצי סרור (׳ידיעות אחרונות׳) על בעלה אוהד שנלחם כרגע על אדמת לבנון: ״שריונרים שהטנקים שלהם עמוק בבוץ, הם רטובים 24 שעות בגשם שוטף. לי לא היה איתו שום קשר כל השבועות האלה. הדבר הזה זה טירוף, והעובדה שאנשים קרוב לגיל 40, עם ארבעה ילדים, עושים את זה, זה טירוף״ | >>… pic.twitter.com/hJt2IMrELx
— 103FM (@radio103fm) March 24, 2026
À l’en croire, la pluie et la boue continueraient ainsi à entraver les armées les plus modernes, freinant la progression des chars. Pour autant, les armées sont équipées et entraînées à combattre sur différents terrains en prenant en compte les conditions météorologiques.
Des armées mieux préparées
Les guerres s’inscrivent généralement sur le temps long, impliquant naturellement les forces armées au cours des différentes saisons. Durant les périodes les moins favorables, elles subissent ainsi les mauvaises conditions météorologiques.
«Les vents importants et la pluie sont des conditions naturellement néfastes pour les soldats en opération», souligne à Ici Beyrouth Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, pour qui «ces conditions ont une influence sur les soldats eux-mêmes et sur les systèmes d’armes, ainsi que sur les appuis-feu aérien qui soutiennent les soldats».
Par exemple, la pluie peut diminuer la visibilité et les vents perturber le vol et la maniabilité des drones. Ainsi, sans appui aérien, certaines opérations terrestres peuvent être annulées ou repoussées. Le froid, les fortes chaleurs et la pluie peuvent également impacter le physique et le moral des troupes, comme ce fut le cas durant la guerre des tranchées pendant la Première Guerre mondiale.
Néanmoins, les armées sont désormais équipées pour fonctionner malgré les intempéries. «Les matériels militaires sont conçus pour opérer dans des conditions difficiles», confirme Dominique Trinquand, qui estime que «le terrain, notamment lorsqu’il est boueux, peut poser problème aux véhicules à roue, mais n’a pas tellement d’impact sur les véhicules chenillés».
Ainsi, il est peu probable que la boue constitue un rempart efficace contre les chars israéliens dans le Liban-Sud. D’autant que les armées modernes sont équipées pour la plupart d’un service météo pour appuyer 24h/24 les opérations militaires. Elles bénéficient également d'entraînements spécifiques pour gérer au mieux les différents terrains d’opération et les contraintes météorologiques.
Des environnements hostiles
Certains phénomènes météorologiques particuliers continuent cependant à entraver les opérations militaires terrestres. Propres à des régions du monde spécifiques, ils nécessitent ainsi une adaptation des forces armées. «Dans le cadre de grand froid, comme on a eu durant des interventions au Groenland, il faut préparer spécifiquement les forces aux températures, notamment le corps humain qui n’est pas habitué et le matériel car l’huile fige sous le froid», explique Dominique Trinquand.
Dans les zones désertiques comme au Moyen-Orient, c’est le sable qui peut poser problème. «Lorsqu’il y a beaucoup de sable et de vent, cela peut gêner le fonctionnement des pièces d’artillerie et de l’armement», confirme Dominique Trinquand.
Dans les zones tropicales, les fortes pluies et l’humidité permanente compliquent les opérations militaires. La végétation dense réduit la visibilité et rend les déplacements plus difficiles, tandis que les sols boueux peuvent ralentir la progression des troupes et du matériel. La chaleur et l’humidité favorisent également la fatigue, la déshydratation et certaines maladies, ce qui peut affecter la résistance physique et l’efficacité opérationnelle des soldats, et également favoriser la corrosion du matériel.
Dans le cas de la guerre en Ukraine, un autre phénomène météorologique vient impacter les opérations militaires. «En Ukraine, pendant la raspoutitsa, la boue peut empêcher la progression des véhicules et compliquer les déplacements des combattants à pied. Ce phénomène, lié au dégel, forme une couche épaisse susceptible d’entraver même les véhicules chenillés», souligne Dominique Trinquand.
La raspoutitsa désigne en effet un phénomène saisonnier qui touche notamment la Russie et l’Ukraine, lorsque le dégel au printemps ou les pluies d’automne transforment les sols en vastes étendues de boue. Les routes non goudronnées et les champs deviennent alors difficilement praticables, ralentissant fortement la progression des troupes et des véhicules militaires.
Une variable stratégique
Si la météo peut avoir un impact négatif sur les opérations militaires, elle peut également être un atout stratégique. En effet, avec la modernisation des armées et la création de centres de météorologie en leur sein, les conditions météorologiques sont désormais anticipées et peuvent être utilisées contre l’ennemi.
Un des exemples les plus connus est le débarquement des forces alliées en 1944. «Le débarquement du 6 juin 1944 a été fait dans une fenêtre de tir assez étroite entre deux tempêtes, c’était un moment extrêmement tendu», explique Dominique Trinquand. En raison des mauvaises conditions météorologiques, les Allemands ne s’attendaient pas à un débarquement à ce moment-là, ce qui a favorisé l’effet de surprise.
Cet effet de surprise peut amener les forces armées à privilégier des mauvaises conditions météorologiques, comme le témoigne un militaire de l’armée française dans une vidéo datée du 4 avril 2022.
«Les commandos, de par leur mission, ont parfois besoin d’avoir une mauvaise météo pour remplir la mission dans les meilleures conditions possibles, pour ne pas se faire déceler par l’ennemi, pour ne pas se faire déceler par les moyens aériens de l’ennemi. Une météo défavorable à souhait avec de la pluie, du vent, de la neige, finalement, favorise les possibilités d’infiltration et d’action sur l’adversaire», affirme ainsi le lieutenant-colonel Frédéric, chef de la cellule groupement commando parachutistes de l’état-major de la 11ème brigade parachutiste.
Ainsi, face aux conditions météorologiques, les armées doivent se préparer et s’adapter en conséquence. Pour mener à bien des opérations terrestres, elles doivent anticiper les difficultés et également tenter d’en tirer profit. Loin d’être uniquement une contrainte, la météo peut ainsi se révéler être un allié dans les opérations militaires.




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