Victimes d’Aïn Saadé: responsabilité partagée de l’État, du Hezbollah et d’Israël
©Ici Beyrouth

Pierre Moawad, son épouse, ainsi que les personnes tombées avec eux, sont en réalité les victimes conjointes du Hezbollah et d’Israël. Ils sont également les victimes d’un État défaillant, incapable d’imposer ses décisions — ou, lorsqu’il en dispose, réticent à les appliquer, au nom de la préservation de la sacrosainte «paix civile». Or, ce qui s’est produit à Aïn Saadé, dans la nuit de dimanche, a précisément failli faire voler en éclats cet équilibre fragile.

Sur le théâtre des opérations, la confusion a longtemps prévalu. Le flot contradictoire d’informations, combiné au retard des autorités compétentes dans la publication d’un communiqué officiel clarifiant les circonstances, a ouvert la voie à toutes les spéculations. Parmi celles-ci, la crainte que Pierre Moawad ait été la cible d’un assassinat, en raison de son appartenance politique aux Forces libanaises et de ses fonctions au sein de la résidence du chef du parti, Samir Geagea, à Meerab.

Dans ce contexte, la partie israélienne a devancé les autorités libanaises en communiquant ses propres éléments. Lundi matin, le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a annoncé qu’une frappe avait visé «une cible terroriste» dimanche dans la région de Beyrouth-Est, précisant que des informations faisaient état de blessés parmi des civils libanais non impliqués dans les combats, et que les circonstances étaient en cours d’examen. Il a ajouté que «le Hezbollah continue de se déployer au sein de la population civile, l’utilisant comme bouclier humain, en violation flagrante du droit international».

De sources sécuritaires libanaises, on confirme qu’une frappe israélienne avait été menée à l’aide de deux missiles guidés de type GBU. Ceux-ci ont perforé le toit de l’immeuble ainsi que celui de l’appartement situé au quatrième étage, avant que l’un d’eux n’explose au troisième étage, où se trouvaient les victimes. Selon ces mêmes sources, un membre du Hezbollah, affilié à la force al-Qods, avait effectivement loué un appartement dans cet immeuble. Il serait par ailleurs le suspect ayant pris la fuite à moto quelques minutes après la frappe.

Toujours selon ces informations, les Israéliens disposaient de renseignements confirmant la présence d’un individu lié au Hezbollah dans l’immeuble, mais une erreur serait intervenue dans l’identification précise de l’appartement visé. L’immeuble en question se compose en réalité de deux niveaux distincts: un premier bloc de quatre étages et un second de trois étages. La cible présumée résidait au deuxième étage du second bloc. Or, il semble que les renseignements israéliens aient considéré que le bâtiment ne comportait que trois étages, ajustant en conséquence les coordonnées des missiles pour une explosion après perforation de deux plafonds. En réalité, les projectiles ont traversé le toit du bloc de quatre étages, pénétré jusqu’au quatrième niveau, avant d’exploser au troisième — précisément dans l’appartement de Pierre Moawad.

Cet épisode illustre une nouvelle fois que le Hezbollah continue d’implanter ses cadres et éléments recherchés au cœur de zones civiles, au milieu de populations non impliquées dans les combats. Une pratique que les intéressés eux-mêmes semblent accepter, en dépit du danger évident qu’elle fait peser sur les habitants. Plusieurs civils ont déjà payé le prix de telles stratégies, notamment à Aïn Saadé et dans le quartier de Jnah. Si, dans la première localité, des habitants ont élevé la voix pour dénoncer ces agissements, dans la seconde, la peur et la pression exercées par le Hezbollah dissuadent toute contestation ouverte.

La responsabilité, dans cette affaire, incombe également à certains propriétaires qui acceptent de louer leurs biens à des individus suspects, attirés par l’appât du gain. Plus grave encore, certains contournent délibérément les procédures légales encadrant les contrats de location, transformant ces transactions en arrangements clandestins qui mettent en danger la vie d’autrui au profit de leurs intérêts personnels. Ce faisant, ils deviennent, eux aussi, parties prenantes d’un engrenage mortifère dont les conséquences se paient en vies humaines.

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