À quoi sert le président iranien?
Le président iranien Massoud Pezeshkian prend la parole lors du débat général de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU à New York, le 24 septembre 2025. ©Angela Weiss / AFP

Depuis 1979, la République islamique joue une comédie électorale. Des scrutins présidentiels organisés à intervalles réguliers, des candidats soigneusement triés par un conseil nommé par le Guide suprême, et au bout du processus, un président élu sans pouvoir réel. La mise en scène est rodée : elle donne l'illusion d'une démocratie tout en verrouillant chaque rouage du système. Quarante-cinq ans d'histoire institutionnelle, et le conflit en cours en apporte la démonstration définitive.

Une subordination inscrite dans le marbre

Le texte fondateur ne laisse aucune place au doute. L’article 110 de la Constitution de la République islamique place le Guide suprême au sommet absolu de l'État : il commande les forces armées, contrôle le pouvoir judiciaire, détermine les grandes orientations de la politique étrangère, et dispose d'un droit de regard sur l'ensemble des institutions. 

Le président, lui, est constitutionnellement défini comme le second de l'exécutif – tenu d'exécuter les décrets du Guide et d'exercer ses fonctions en conformité avec ses directives. C'est le Guide suprême qui exerce la plus grande influence — et non le président ni le parlement.

Cette subordination est redoublée par un mécanisme de filtrage électoral qui transforme chaque scrutin présidentiel en mise en scène contrôlée. Le Conseil des gardiens, dont six membres sur douze sont directement nommés par le Guide, valide ou invalide les candidatures avant chaque élection.

Quarante-cinq ans d'éviction progressive

L'histoire de la présidence iranienne est celle d'un effacement méthodique. Le premier président de la République islamique, Abolhassan Bani-Sadr, a découvert dès 1981 l'étendue réelle de son impuissance : lorsqu'il a tenté d'exercer son autorité sur la crise des otages américains, il s’est rendu compte que les décisions appartenaient aux institutions révolutionnaires loyales au Guide, pas à lui. Il fut destitué par le parlement et contraint à l'exil. Le principe était posé : la légitimité électorale ne saurait l'emporter sur l'autorité révolutionnaire.

Les décennies suivantes confirment le schéma. Mohammad Khatami, élu en 1997 sur une vague réformiste historique, se heurte immédiatement aux limites structurelles de sa fonction. Le pouvoir réel demeure concentré dans les institutions contrôlées par le Guide – le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les services de renseignement, le judiciaire – largement hors d'atteinte du gouvernement élu.

Hassan Rouhani, qui négocie le JCPOA en 2015, offre l'illusion d'une présidence agissante – mais comme le note la chercheuse Roxane Razavi de l'université de Princeton, la durabilité de cet accord restait contingente de décisions prises au-delà de la présidence, tant sur le plan international que domestique. Quand Trump claque la porte du JCPOA, Rouhani est impuissant. Ce n'est pas lui qui décide si l'Iran reprend l'enrichissement.

Le tournant décisif intervient en 2017. En excluant Mahmoud Ahmadinejad de la course présidentielle via le Conseil des gardiens, Khamenei envoie un signal sans équivoque : la présidence pouvait subsister, mais elle cesserait de fonctionner comme un centre de décision et de pouvoir autonome.

Le CGRI, vrai gouvernement de la République islamique

Derrière la présidence fantoche, c'est le CGRI qui gouverne. Les Gardiens de la révolution ne se contentent pas de diriger la politique militaire et étrangère – ils contrôlent une part considérable de l'économie iranienne, soit plus de deux tiers du PIB selon le CSIS : construction, pétrochimie, télécommunications, secteur bancaire, etc.

Le conflit déclenché en février n'a rien inventé – il a simplement rendu visible ce que les analystes documentent depuis des décennies. Lorsque Massoud Pezeshkian s'excuse publiquement auprès des États du Golfe pour les frappes iraniennes et annonce leur suspension, il est immédiatement contredit par le CGRI et les factions dures. 

Dans la foulée, il est contraint de se rétracter avant d'être réduit à un rôle de figure de proue ne faisant que des remarques occasionnelles sur la guerre. Ses tentatives de nommer un ministre du Renseignement sont bloquées par le commandant du CGRI Ahmad Vahidi. Son rôle se limite désormais à tenter d'atténuer les effets des bombardements américains et israéliens sur la population civile.

Ce n'est pas la faiblesse d'un homme mais la logique d'un système. La croyance selon laquelle il serait possible de conclure un accord avec un «modéré» iranien masque – et peut-être ignore délibérément – le degré auquel les fanatiques du CGRI monopolisent la structure du pouvoir. Bani-Sadr le découvrait en 1981; Pezeshkian en 2026.

Commentaires
  • Aucun commentaire