L'accord conclu mardi entre l'Iran et les États-Unis sur un cessez-le-feu de deux semaines devrait donner un peu d'air à l'économie mondiale, largement perturbée depuis le déclenchement du conflit le 28 février, même si tous les secteurs ne pourront pas repartir au même rythme.
Un effet attendu rapidement sur les prix
Le prix du baril de pétrole s'effondrait et retombait sous les 100 dollars.
De quoi envisager une répercussion rapide sur les prix à la pompe, dont la flambée a contraint ces dernières semaines plusieurs pays à prendre des mesures pour réduire la consommation et protéger les plus exposés.
En France, les prix des carburants pourraient baisser de « 5 à 10 centimes » le litre « très rapidement », a estimé auprès de l'AFP le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) Olivier Gantois.
Vers un desserrement progressif du détroit d'Ormuz
Deux premiers navires, appartenant à un armateur grec ou battant pavillon du Liberia, ont franchi le détroit d'Ormuz depuis que l'Iran a accepté de rouvrir ce passage stratégique, par lequel transite en temps normal environ 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Donald Trump a assuré que les États-Unis allaient «aider à désengorger le trafic dans le détroit d'Ormuz».
Le passage «reste soumis à une coordination avec les forces armées iraniennes, ce qui suggère un maintien du contrôle et de l'influence de l'Iran» avec des conditions de transit «qui devraient rester encadrées et potentiellement restrictives», a commenté la société de sécurité maritime Vanguard.
Sauf prolongation rapide du cessez-le-feu, «il est peu probable qu'un afflux important de navires vers le golfe Persique se produise», a anticipé Niels Rasmussen, analyste en chef pour Bimco, principale association mondiale de transporteurs maritimes.
«De nombreux navires se sont déjà redéployés vers d'autres régions et ils ne souhaitent pas risquer d’être à nouveau bloqués après la fermeture de cette fenêtre», a-t-il ajouté.
Le ciel du Golfe encore très restreint
L'Irak est pour l'instant le seul pays de la région à avoir annoncé la réouverture complète de son espace aérien.
Les espaces aériens des Émirats arabes unis et du Qatar, où se trouvent les plateformes de Dubaï, Abou Dhabi et Doha utilisées pour les vols long-courrier, restent très largement restreints.
Par ailleurs, le retour à la normale de l'approvisionnement en kérosène du secteur aérien et une décrue des prix des hydrocarbures prendront « plusieurs mois », même en cas de réouverture durable du détroit d'Ormuz, «compte tenu des perturbations des capacités de raffinage», a averti le directeur général de l'Iata, principale association mondiale de compagnies aériennes.
Par conséquent, «le levier le plus immédiat» est de «répercuter la hausse des coûts sur les prix des billets. C'est inévitable», a-t-il insisté.
Pétrole et gaz, une disponibilité réduite pour longtemps
La détente des cours ne signifie pas qu'il y aura rapidement plus de pétrole « physique » disponible pour franchir le détroit d'Ormuz.
«Le principal défi est désormais celui de la confiance : la disponibilité des pétroliers reste limitée, les coûts de fret sont élevés, et de nombreux armateurs hésitent à revenir dans la région en raison de la fragilité de la trêve», souligne à l'AFP Simone Tagliapietra, chercheur à l'institut européen Bruegel.
«Le redémarrage des champs pétroliers et la réparation des infrastructures endommagées sont des processus progressifs, et les producteurs feront preuve de prudence avant d'augmenter leur production sans disposer de routes d’exportation fiables», a-t-il ajouté.
«Soixante-quinze infrastructures énergétiques ont été attaquées et endommagées et plus d’un tiers d’entre elles sont gravement ou très gravement touchées. La remise en état prendra beaucoup de temps», avait indiqué mardi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, dans une interview au Figaro.
Effet incertain sur la croissance mondiale
L'annonce du cessez-le-feu a fait grimper les marchés boursiers et baisser fortement les taux d'emprunt des États européens. «Si on revient rapidement (aux niveaux de février), l'impact macroéconomique et l'impact sur les budgets ne sera pas très important, je dirais presque nul», a commenté à l'AFP Claudia Panseri, Chief Investment Officer d’UBS Wealth Management France.
D'autant qu'avant le conflit, « l'économie était bien orientée » en Europe et aux Etats-Unis, selon elle.
«Si par contre dans deux semaines, on se retrouve dans la situation où il n'y a pas d'accord, que le prix du pétrole la repasse à 100 dollars le baril, que le gaz reste à des niveaux élevés», l'impact sur l'inflation et sur la croissance sera plus marqué, a-t-elle tempéré.
AFP



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