Quand il est arrivé samedi à Islamabad pour des négociations avec l’Iran, le vice-président américain JD Vance a été accueilli par le puissant chef d’état-major de l’armée pakistanaise, une illustration, selon nombre d’experts, du rôle croissant du maréchal Asim Munir dans la politique étrangère de son pays.
«C’est un soldat, un homme d’État et un diplomate», a déclaré à l’AFP Qamar Cheema, un analyste politique travaillant à Islamabad.
«Munir a insufflé une dynamique au Pakistan sur la scène internationale, contribuant à modifier l’image du pays», a-t-il poursuivi.
La volonté d’Islamabad d’organiser des pourparlers irano-américains de haut niveau en vue de mettre fin à des semaines de guerre a suscité des éloges internationaux mais aussi une certaine surprise.
Le «maréchal préféré» de Trump
Dans la capitale pakistanaise, le maréchal a été au centre de l’attention : non seulement il a accueilli les deux délégations, faisant à cet égard montre d’une étonnante bonhomie avec JD Vance, mais, pendant les discussions trilatérales, lui et le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, ont joué les médiateurs.
Le chemin parcouru est considérable pour un pays dont les relations avec Washington ont connu des hauts et des bas.
Les États-Unis ont en effet souvent critiqué Islamabad lorsque les militaires ont renversé des gouvernements civils, même s’ils ont parfois collaboré avec eux.
Donald Trump appelle fréquemment Asim Munir son «maréchal préféré», depuis que les deux hommes ont noué une relation de confiance quand les Américains ont agi pour désamorcer un bref mais intense conflit armé entre le Pakistan et l’Inde l’année dernière.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a alors même été jusqu’à proposer le président américain pour le prix Nobel de la paix, tandis que l’Inde a relativisé l’implication de Washington dans cette affaire.
Les discussions de ce week-end se sont terminées par l’annonce du départ de JD Vance, sans qu’un accord ait été conclu, mais le Pakistan a assuré qu’il continuerait de faciliter le dialogue.
«Grâce à ses efforts inlassables, le maréchal Munir a joué un rôle clé et historique pour apaiser les tensions et amener les deux parties à la table des négociations», avait de son côté clamé M. Sharif à la télévision quelques heures avant le début des pourparlers.
Ascension
L’ascension d’Asim Munir, devenu la figure de proue de la défense des intérêts du Pakistan sur la scène internationale, a coïncidé avec un renforcement du pouvoir de l’armée, qui occupe une place prépondérante dans ce pays.
Le maréchal a ainsi bénéficié d’un mandat prolongé.
Les critiques et l’opposition politique dénoncent pour leur part l’érosion de la démocratie que ce processus a entraînée.
Et l’ancien Premier ministre Imran Khan, connu pour ses critiques acerbes des militaires, est désormais emprisonné.
L’armée, qui nie toute ingérence dans les affaires civiles, «exerce aujourd’hui une influence et un contrôle sans précédent sur l’économie et le système judiciaire», souligne Shuja Nawaz, du groupe de réflexion Atlantic Council.
Le Pakistan a été directement gouverné par les militaires pendant près de la moitié de son existence, à la suite d’une série de coups d’État depuis son indépendance en 1947.
Et Asim Munir, un ancien chef du renseignement qui a pris ses fonctions de chef d’état-major en 2022, «semble bien plus impliqué dans les questions de gouvernance et de politique étrangère que ses prédécesseurs», a confié à l’AFP Nawaz Sharif.
«Il a démontré son influence sur la scène internationale, avant tout grâce à sa capacité à défendre avec conviction les intérêts du Pakistan», a-t-il ajouté, précisant que les liens étroits qu’il a tissés avec les puissances régionales que sont l’Iran et l’Arabie saoudite avaient impressionné Donald Trump.
Asim Munir a d’ailleurs accompagné en juin M. Sharif à Washington, où il a déjeuné avec le président américain.
Les Pakistanais «connaissent très bien l’Iran, mieux que la plupart», avait à cette occasion répondu M. Trump lorsqu’on lui avait demandé s’il avait sollicité l’avis du maréchal sur ce pays et Israël, à l’époque en plein conflit armé.
Le statut diplomatique d’Asim Munir a dès lors été consolidé, juge Hassan Abbas, un spécialiste pakistano-américain de la région.
D’après lui, «les photos de lui et son déjeuner avec le président Trump ont été les éléments qui ont transformé son image internationale».
Au départ des délégations américaine et iranienne, Asim Munir s’est à nouveau déplacé pour les saluer.
Elles n’ont peut-être pas conclu d’accord mais toutes deux ont chaleureusement remercié leurs hôtes, et en particulier le maréchal.
Par Sameer Mandhro and Charlotte Greenfield / AFP



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