Le salon horloger de Genève ouvre ses portes mardi en plein conflit au Moyen-Orient, dont les répercussions sur le secteur du luxe sont encore très difficiles à mesurer.
Jusqu’au 20 avril, 65 marques de montres et de joaillerie, dont Rolex, Patek Philippe, Cartier ou Bulgari, vont présenter leurs nouveautés au salon Watches & Wonders, le plus grand événement annuel de l’horlogerie.
Malgré les incertitudes concernant les voyageurs en provenance du Moyen-Orient et d’Asie, les organisateurs espèrent quelque 60.000 visiteurs durant la semaine, contre 55.000 l’an passé.
«Cette guerre va être un des grands sujets de discussion», prévient Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux. Avant les frappes israélo-américaines sur l’Iran, il tablait sur un rebond des exportations horlogères suisses en 2026, attendant une «croissance moyenne à un chiffre», soit de l’ordre de 5 %, a-t-il indiqué à l’AFP.
Mais avec les incertitudes autour du conflit, l’horlogerie suisse semble désormais s’orienter vers «une faible croissance», d’après lui.
Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, tablait pour sa part sur 4% de croissance en début d’année, mais penche désormais «plutôt vers une stagnation», précisant qu’il réviserait ses estimations pour 2026 à l’issue du salon.
Le Moyen-Orient représente un peu moins de 10% du marché horloger, «ce qui n’est pas marginal», d’autant qu’il s’agit d’une région «en forte croissance ces dernières années», avec notamment un engouement pour les montres «à grande complication», soit le segment le plus «haut de gamme» de l’horlogerie, a-t-il souligné lors d’un entretien avec l’AFP.
Mais les grandes inconnues se situent surtout au niveau de l’impact sur le climat de consommation et sur le tourisme, auquel le secteur du luxe est très sensible, les pays du Golfe étant d’importantes plateformes de transit avec l’Asie.
Prendre la température
Actuellement, il est «extrêmement difficile» de faire des prévisions, ajoute M. Bertschy, pour qui ce salon est le moyen de venir «prendre la température» du secteur.
Avec la disparition du salon horloger de Bâle dans le sillage de la pandémie de Covid-19, le salon de Genève s’est imposé comme le temps fort de l’année pour l’horlogerie en Suisse.
En moins de cinq ans, «le nombre d’exposants a presque doublé», soulignent les organisateurs dans un communiqué, l’édition 2026 accueillant onze nouvelles marques dont Audemars Piguet, l’une des plus prisées des collectionneurs.
Autrefois réservé exclusivement aux professionnels du luxe, le salon de Genève s’est peu à peu ouvert au public et métamorphosé en plateforme de communication autour des savoir-faire horlogers.
Après les journées professionnelles, trois jours ponctués d’animations, du samedi au lundi, sont désormais dédiés au grand public, les organisateurs cherchant en particulier à séduire les jeunes amateurs de montres afin d’assurer la relève.
L’an passé, un quart des billets ont été vendus «aux moins de 25 ans», soulignent-ils.
L’horlogerie est le troisième secteur d’exportations de marchandises de la Suisse, derrière la pharmacie et l’industrie. En 2025, ce secteur employait 64.807 personnes dans le pays alpin, selon la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse, les effectifs enregistrant toutefois leur première baisse depuis la période post-Covid, en repli de 1,3 %.
Le secteur avait rapidement absorbé le choc de la pandémie, battant record sur record trois années de suite grâce aux achats dits de revanche, une partie des consommateurs utilisant les économies réalisées durant les confinements pour s’offrir des montres de luxe.
Mais avec la chute de la demande en Chine, puis l’épisode des droits de douane américains, le secteur a connu deux années plus difficiles, les exportations horlogères suisses chutant de 2,8 % en 2024, puis de 1,7 % en 2025 pour retomber à 25,6 milliards de francs suisses (27,7 milliards d’euros).
Par Nathalie OLOF-ORS



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