Liban-Israël: Washington Acte I

On se souvient tous d’un moment où, en regardant un film, on a l’impression de l’avoir déjà vu, mais on a oublié la fin. C’est un peu ce qui s’est passé mardi aux États-Unis. La photo en elle-même est déjà historique. Les ambassadeurs du Liban, d’Israël et le secrétaire d'État américain, réunis pour parler face à face de l’avenir du Liban, de ses relations avec Israël. Et de paix. Et ça, c’est déjà une victoire. Le Liban a réussi à sortir de sa vassalité vis-à-vis de Téhéran en ouvrant des négociations, seul, avec Israël.

Il ne faut pas sous-estimer la rupture qu’il y a eu mardi entre ce qui se passe au Liban et ce qui se passe dans la région. Les Iraniens ont vu leur otage depuis les années 80 leur glisser entre les doigts. 

Depuis le début du cessez-le-feu de 14 jours entre Washington et Téhéran, l’Iran n’a plus prononcé le mot Liban où les combats se poursuivent. Le parrain perse, qui avait poussé le Hezbollah dans la guerre, l’a tout simplement lâché. 

Le fait qu’il y ait eu un communiqué commun entre les États-Unis, le Liban et Israël était déjà en soi une indication positive.  Cela voulait dire que les trois pays sont sur la même longueur d’onde pour ce qui est du désarmement des milices illégales et sur le fait que le Liban ne peut plus être la base de lancement de guerres pour les autres.

Alors bien sûr, la paix est encore loin, mais elle est dans les têtes. Ce qui est déjà beaucoup. Mardi à Washington, une dynamique vertueuse a été lancée.

La route est semée d’embûches. Première, et de taille, la réaction du Hezbollah. La milice illégale s’est déchaînée au moment même où la photographie était prise, en lançant des dizaines de missiles sur Israël. Mais on s’attendait à cette fuite en avant.

Les prochains jours seront décisifs. Impuissant, contrairement à ce qu’il affirme, face aux Israéliens, le Hezbollah pourrait être tenté de s’attaquer aux plus faibles, c’est-à…nous ! L’intérieur, le peuple, Beyrouth…

Mais cette réaction est tellement prévisible qu’il n’est pas impossible que l’État l’ait déjà anticipée. En tout cas, il faut l’espérer !

Et puis il y a le discours, la propagande plutôt, qui consiste à inverser la charge. Ceux qui veulent la paix sont désignés comme traîtres, ceux qui critiquent la milice sont estampillés « agents d’Israël ». Ceux qui, sur ordre de Téhéran, ont plongé le Liban dans la mort, l’exode et la destruction, sont… les « vrais patriotes » !!! Il fallait oser, mais plus le mensonge est gros et mieux il passe. Sans parler de l’invraisemblable récit qui consiste à crier victoire malgré tout ce que nous voyons sur le terrain. De cela, nous avons l’habitude. 

Mais quelqu’un croit-il encore à ces sornettes ? Il semble que oui. Chez certains, le cerveau a été tellement bien « lavé » par 47 ans de mythes, qu’il est perméable à toutes les histoires farfelues.

Ce mercredi, l’Union européenne, d’habitude plus timide, a franchi, elle aussi, un pas supplémentaire en estimant que le Hezbollah constituait une « menace existentielle » pour le Liban lui-même. Quand Bruxelles dit tout haut ce que les Libanais vivent depuis longtemps, l’isolement de la milice illégale devient mondial.

Le Liban a pris le virage de la souveraineté réelle. Une route, enfin, différente de la voie mortelle tracée par Téhéran.

Dans quelques jours, il est probable qu’un nouveau round de négociations s’ouvre entre les États-Unis et l’Iran. Il ne faudrait pas, mais alors pas du tout, que les Perses nous rattrapent dans un virage et nous ramènent au point de départ.

Churchill disait: « Ce n’est pas la fin, ce n’est même pas le début de la fin, mais c’est peut-être la fin du début ».

Nous y sommes.

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